Place aux Herbes, à Nîmes, il y a la cathédrale. En plus d’y aller pour des motifs religieux ou patrimoniaux (elle vient de subir une sublime campagne de restauration), arrêtez-vous et entrez. Si vous y allez le 17 janvier, c’est une audition par Adam Bernadac, organiste titulaire, qui sera à entendre. Organisé par l’association des Amis de la cathédrale de Nîmes, le temps spirituel et musical nommé Orgue à midi se déroule le troisième jeudi du mois et propose des musiques variées fabuleusement interprétées. Ce samedi 17 janvier, le programme sera consacré à Darius Milhaud (1892-1974) avec la « Petite Suite op. 348 : Entrée, Prière et Cortège », la « Pastorale op. 229 » et « Neuf Préludes op. 231b.»
Darius Milhaud
Darius Milhaud est un compositeur français né à Marseille, le 4 septembre 1892. Il passe son enfance à Aix-en-Provence et débute l’apprentissage du violon à 7 ans auprès de Léo Bruguier. Cinq ans plus tard, il intègre le quatuor à cordes de son maître. Il s’y familiarise avec le répertoire classique et romantique, et y découvre les quatuors de Franck et Debussy.
Arrivé à Paris en 1909, il s’enthousiasme pour la musique contemporaine grâce aux spectacles des Ballets russes et aux concerts de la Société musicale indépendante (SMI). Au Conservatoire, il étudie l’harmonie et la fugue mais, surtout, il fait la rencontre capitale d’André Gedalge, son professeur de contrepoint, de composition et d’orchestration, dont l’attention soutenue à la continuité mélodique le marque. Il tisse des liens durables avec plusieurs jeunes compositeurs : Honegger, Ibert, Cliquet et Wiéner.
En 1914, il fait la connaissance de Koechlin, avec qui il prend l’habitude, pendant quelques années, d’analyser des œuvres contemporaines. En raison de problèmes de santé, Milhaud n’est pas mobilisé lors de la Première Guerre mondiale. En 1917, il part pour le Brésil comme secrétaire de Paul Claudel, qui y est nommé ministre plénipotentiaire, et y découvre une musique qui le marque profondément.
Il rentre après la guerre et un groupe de jeunes musiciens prend l’habitude de se retrouver chez lui tous les samedis. En même temps, ils prennent possession d’un atelier de peinture de la rue Huyghens, où ils donnent des concerts de musique contemporaine qui rencontrent un succès extraordinaire. À la suite de l’un d’entre eux, Henri Collet fait paraître son plus célèbre article dans la revue Comoedia du 16 janvier 1920 : « Les Cinq Russes, les Six Français et Erik Satie ».
Le Groupe des Six est né ! Tous ont souligné ce que leur groupement avait de libre sur le plan esthétique. Le Groupe des Six est avant tout amical et beaucoup de ces amitiés sont restées vives tout au long de leur vie. Mais, formidable caisse de résonance, le groupe sert également leur carrière.
Grâce à l’activité infatigable de Jean Cocteau – qui distille des idées plus poétiques que réellement théoriques –, la reconnaissance du Groupe des Six est bien plus importante sur le moment que celle à laquelle chacun aurait pu accéder seul. Rapidement, les musiciens sont « lancés ». Durant l’entre-deux-guerres, le jazz exerce une influence importante sur la musique française, à distance souvent, peu de compositeurs ayant l’occasion d’aller l’écouter directement aux États-Unis.
Grâce à une tournée de concerts en 1922, Milhaud est l’un des rares à découvrir le « vrai » jazz. La musique qu’il entend est pour lui une révélation bouleversante. Durant quelques années, le Brésil et les États-Unis exercent alors sur lui une influence forte et passagère, qui donne naissance à certaines de ses œuvres les plus populaires.
Les années 1920 sont extrêmement riches pour Milhaud, qui compose avec régularité et un succès grandissant, et qui entreprend également plusieurs tournées internationales – USA (1922 et 1927), URSS (1926). Il occupe alors une place importante dans le paysage musical français. En 1925, il épouse sa cousine Madeleine. Dans les années 1930, il compose énormément pour le cinéma, mais sa vie est perturbée par des crises de rhumatisme de plus en plus violentes, qui l’invalident jusqu’à le forcer à ne se déplacer qu’en chaise roulante à partir de la fin de la décennie suivante.
La Deuxième Guerre mondiale le frappe de plein fouet. Il assiste encore à la création de sa Médée à l’Opéra de Paris en mai 1940, puis l’Occupation le contraint à s’exiler aux États-Unis. Henri Sauguet et Roger Désormière mettent ses partitions en sécurité chez Arthur Honegger et Désormière paie le loyer de Milhaud pendant toute l’Occupation. Peu après son arrivée aux États-Unis, Milhaud commence à enseigner au Mills College près de San Francisco. Il ne rentre en France qu’en 1947.
La dernière partie de sa vie est partagée à peu près également entre les deux côtés de l’Atlantique : à son retour, il est nommé professeur de composition au Conservatoire de Paris. Mais, jusqu’en 1971, il conserve son poste au Mills College et donne également des cours à l’académie d’été d’Aspen dans le Colorado. Créatif jusqu’à la fin de sa vie, il s’éteint à Genève le 22 juin 1974, laissant quatre cent quarante-trois œuvres achevées.
Adam Bernadac
Né à Paris en 1992, Adam Bernadac est organiste, pianiste et compositeur. Il se forme d’abord auprès d’Éric Lebrun au Conservatoire à rayonnement régional (CRR) de Saint-Maur-des-Fossés où il obtient son diplôme d’études musicales (DEM) en 2013. Il intègre ensuite le Pôle supérieur d’enseignement artistique de Paris Boulogne-Billancourt (PSPBB) pour étudier l’orgue avec Christophe Mantoux et la basse continue avec Frédéric Michel.
Au terme de son parcours au PSPBB, il obtient le diplôme national supérieur professionnel de musicien (DNSPM), une licence de musicologie et le diplôme d’État de professeur d’orgue. Titulaire de la carte professionnelle d’organiste pour la province ecclésiastique de Paris, il est nommé en 2021 organiste titulaire de la cathédrale de Nîmes. En 2023, il est nommé professeur d’écriture et d’orchestration au Conservatoire à rayonnement régional Darius Milhaud d’Aix-en-Provence.
Après avoir été initié à l’écriture par Stéphane Delplace et Thibault Perrine, il est admis en 2014 au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) en cycle supérieur d’écriture. Il y obtient les prix d’harmonie, de contrepoint, de fugue et formes et d’orchestration. Entre 2015 et 2017, il est élève en improvisation de Paul Goussot au Conservatoire de Rueil-Malmaison, avant d’intégrer la classe de Thierry Escaich et Laszlo Fassang au CNSM de Paris. Dans cet établissement, il se forme en musiques médiévales (lecture sur les sources, contrepoint médiéval et polyphonies improvisées) auprès de Raphaël Picazos.
En tant qu’interprète et improvisateur, il se produit principalement en France, mais aussi en Italie et en Allemagne dans des répertoires et sur des instruments variés. En parallèle de son activité de soliste, il a formé un duo avec la mezzo-soprano Jeanne Pâris, le violoniste Frederik Camacho et la percussionniste Amélie Chambinaud. Au piano, il accompagne une conférence-concert autour de Jacques Offenbach au théâtre du Ranelagh à l’occasion du festival « Les folies Offenbach » le 1ᵉʳ décembre 2019.
Organiste invité des journées du patrimoine 2020 à la cathédrale de Nîmes, du festival du Vigan, du festival « Les orgues chantent au cœur de Rodez » et de la saison de musiques sacrées à la cathédrale d’Aix-en-Provence. Entre 2020 et 2022, il est directeur artistique du festival Voix d’orgues de Bédarieux (34) où il a à cœur de promouvoir la création et la transversalité. Premier prix et prix du public au concours international d’improvisation à l’orgue de Schwäbisch Gmünd (2021), il obtient le deuxième prix au concours d’orgue Gaston Litaize (2022).
Compositeur, il participe à différentes créations artistiques, parmi lesquelles « Je me suis rappelé cent fois » installation de Sophie Kitching (École nationale supérieure des arts décoratifs, 2014) et « Récif » court-métrage d’Assia Piqueras (Studio national des arts contemporains du Fresnoy, 2017). En 2021, il est lauréat de l’académie de composition Léo Delibes (Festival des Forêts, Compiègne, 2019) pour laquelle il compose une Petite suite pour le quatuor de saxophones « Ellipsos ». En tant qu’arrangeur, il collabore avec l’atelier lyrique angevin sur le « Voyage en Chine », opéra-comique de François Bazin qui a été joué en 2022.
Biographie de Darius Milhaud source Ircam-Centre Pompidou, 2019.