La production est arrêtée, mais l’usine, elle, ne peut pas simplement être laissée sans surveillance. Trois semaines après la liquidation judiciaire de Fibre Excellence Provence, prononcée fin juillet par le tribunal de commerce de Toulouse, la question de la sécurisation de cet immense site industriel de Tarascon prend désormais le devant de la scène. La décision concerne environ 270 salariés.
Jusqu'à présent, selon la CGT, ce sont des salariés de Fibre Excellence qui assurent la surveillance et la mise en sécurité des installations. Une situation appelée à changer dès le vendredi 28 août : une entreprise spécialisée dans le traitement et la gestion des déchets doit alors prendre le relais, affirme l'organisation syndicale.
Un choix que la CGT juge particulièrement préoccupant au regard de la complexité des installations. « Gérer des déchets ne signifie pas savoir conduire et sécuriser une papeterie de plusieurs dizaines d’hectares, classée Seveso », fait valoir le syndicat dans un communiqué diffusé ce jeudi 20 août.
Des installations qui nécessitent une surveillance
Protection contre les incendies, installations électriques, pompes, compresseurs, équipements contenant de l'amiante ou encore produits chimiques : la CGT dresse la liste des équipements qui, selon elle, rendent indispensable la présence de personnels connaissant parfaitement le site.
« Comment imaginer qu’en quelques jours des personnels qui ne connaissent ni les installations, ni les procédures, ni les risques spécifiques du site puissent remplacer des salarié·es qui en maîtrisent le fonctionnement parfois depuis plusieurs décennies ? », interroge l'organisation.
La question environnementale n'est pas nouvelle autour de l'usine tarasconnaise. Avant même sa liquidation, le site faisait l'objet d'une attention particulière concernant notamment ses nuisances. En 2025, Atmosud avait recensé 358 signalements d'odeurs à Tarascon, dont 227 mentionnant directement Fibre Excellence, tandis que la direction affirmait avoir investi plus de quatre millions d'euros pour réduire les nuisances olfactives et sonores.
La CGT demande aujourd'hui à l'État de préciser qui sera responsable de la sécurité des installations après le départ des salariés et qui devrait répondre d'un éventuel incident industriel ou environnemental.
La CGT veut empêcher le démantèlement du site
Derrière l'enjeu immédiat de la sécurité se joue aussi celui de l'avenir industriel de Tarascon. Pour la CGT, maintenir les installations en état doit permettre de conserver une possibilité de reprise, et non simplement préparer la fermeture définitive de l'usine.
Cette position rejoint une préoccupation déjà exprimée par les collectivités après la liquidation. Les Régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur avaient notamment demandé à l'État d'empêcher le démantèlement du site afin de préserver la possibilité d'une reprise industrielle ultérieure.
La CGT réclame ainsi la création, sous l'égide de la préfecture, d'un comité associant l'État, les collectivités, les représentants des salariés et les différents acteurs du dossier. Objectif affiché : travailler à la poursuite d'une activité industrielle, notamment à partir d'un projet défendu par des salariés.
Le syndicat avance également le chiffre de 500 millions d'euros pour la dépollution. Un montant qui mérite toutefois d'être précisé : cette estimation a précédemment été avancée pour la dépollution cumulée des sites de Tarascon et de Saint-Gaudens, et non pour la seule usine provençale.
Saint-Gaudens suspendu à une reprise
Le dossier dépasse en effet les frontières de Tarascon. À Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, l'autre usine de pâte à papier du groupe se trouve elle aussi en liquidation judiciaire, mais bénéficie d'une poursuite d'activité jusqu'au 15 septembre dans l'espoir de trouver un repreneur.
Les candidats ont jusqu'au 24 août à midi pour déposer une offre. Celles-ci doivent être examinées le 8 septembre, avant une décision attendue au plus tard le 15 septembre. Une première proposition indicative a déjà été accompagnée d'un dépôt de deux millions d'euros.
Pour la CGT, les deux dossiers posent finalement la même question : comment préserver des installations industrielles lourdes et les compétences nécessaires à leur fonctionnement pendant la période d'incertitude ?
Le syndicat met enfin en avant le rôle de la filière papetière dans la transformation du bois, particulièrement après les incendies de l'été. Il estime que conserver des capacités françaises de production constitue un enjeu industriel autant qu'environnemental.
À Tarascon, l'urgence est désormais plus immédiate. À huit jours de la date annoncée pour le changement d'équipe chargée de la surveillance, la CGT demande des garanties à l'État sur la sécurisation du site et entend maintenir la pression pour qu'une perspective industrielle reste ouverte malgré la liquidation.