La candidate déclarée à la présidentielle a visité le site du Pont du Gard, puis la commune de Valliguières avant de rencontrer des maires du territoire et d’échanger notamment sur le projet de Parc naturel régional. Interview.
Objectif Gard : On est en pleine vague de chaleur aujourd’hui, ce qui rappelle les enjeux de lutte contre le réchauffement climatique. Quels sont ces enjeux selon vous ?
Delphine Batho : On a 20 ans de retard. En fait, on est aujourd'hui dans une situation d'insécurité climatique qui nous concerne tous et qui concerne tous les territoires de France. Ce territoire du Gard comme le mien dans les Deux-Sèvres, où aujourd'hui il doit probablement faire plus chaud qu'ici. Et nos corps, notre santé, la nature, l'agriculture sont dans une situation de danger face à l’accélération de ces évènements extrêmes. Or, on sait ce qu'il faut faire. On sait depuis la canicule de 2003 qu'il faut isoler les maisons, les bâtiments publics comme les écoles. On sait qu'on doit aider notre agriculture à s'adapter aussi à ce changement climatique. Les messages de l'État et des gouvernements successifs, ce sont des messages qui renvoient à une sorte de responsabilité individuelle : hydratez-vous, mettez-vous à l'ombre, ne faites pas de sport. Par contre ce qu'on doit organiser collectivement, pour être en sécurité pour pouvoir faire face à ces vagues de chaleur, n'est pas fait.
Il faut mettre des moyens financiers sur la table.
Il y a une question de moyens, mais il y a un levier qui est à mes yeux fondamental, qui est celui de libérer la capacité d'action des communes et des collectivités territoriales. Et ce que je veux porter dans la campagne présidentielle, c'est la voix d'une écologie qui défend la ruralité, qui défend les capacités d'action des collectivités territoriales face à tous ces enjeux de sécurité et de résilience. Parce qu’on sait grosso modo ce qu'il faut faire, mais aujourd'hui on a des procédures qui sont hyper tatillonnes, on a une bureaucratie, on a un manque de moyens. Parce qu'en fait dans bien des domaines aujourd'hui la capacité d'agir et d'investir des collectivités, elle a été supprimée. Tout dépend des subventions de l'État. Et surtout actuellement à l'échelle nationale, il y a des décisions qui sont un contresens historique. Et il y a un projet de loi qui vient d'être déposé par le gouvernement qui démantèle l'ADEME. L'ADEME, c'est l'agence qui aide les élus locaux qui financent leurs projets. Il y a des choix budgétaires qui ont été remis en cause : le Fonds vert ou Ma prime rénov’. Ma prime rénov’, ce n'est pas juste pour isoler les maisons pour faire des économies de chauffage l’hiver, c'est aussi pour isoler les maisons par rapport aux vagues de chaleur. Ce sont des choix à courte vue qui ne tiennent pas compte de la réalité du changement climatique.
Voulez-vous dire qu’on ne prend pas le problème au sérieux ?
En fait, on le prend au sérieux pendant trois jours chaque fois qu'il y a soit une vague de chaleur, soit une inondation. Puis une actualité chasse l'autre. Et du coup il n'y a pas de constance, il n'y a pas de vision, il n'y a pas d’anticipation, mais ça renvoie aussi au fait qu'aujourd'hui le poids électoral de l'écologie en France n'est pas suffisamment fort, qu’il faut faire émerger une nouvelle écologie républicaine qui s'adresse à tout le monde, qui ne porte pas seulement un discours dirigé vers un public très engagé, très militant, mais qui s'adresse au grand public et en particulier aux catégories populaires.
On a le sentiment que l'écologie a perdu du terrain face à d'autres tendances politiques comme l’extrême droite, par exemple, où il y a un climatoscepticisme qu'on voit de plus en plus émerger.
Alors il y a un phénomène trumpiste qui est international, qui nie les faits, qui nie la science et qui nie même parfois ce que l'on peut ressentir. Cette réalité-là existe, mais l'immense majorité des Françaises et des Français sont tout à fait conscients de ce qui se passe. Et en sont inquiets. La mécanique du climatoscepticisme est une tentation par laquelle on peut tous passer parce qu'en fait ça nous confronte à une angoisse existentielle, il peut y avoir un mécanisme de refoulement qui est de se dire qu’en fait tout ça n'existe pas. Et le remède à cette peur, c'est de dire qu'il y a des solutions parce qu’on les connaît. Vous voyez ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz. Et ce qui se passe sur nos déplacements tous les jours pour aller au travail, parce qu'on n'a pas d'autre solution que de se déplacer en voiture dans les territoires comme les nôtres qui sont des territoires ruraux. Il y a un lien entre ce qui nous frappe aujourd'hui en termes de santé et ce qui nous frappe en termes de pouvoir d’achat. On a une capacité d'agir si on se retrousse les manches et qu'on embarque toute la société française dans cette transformation, et ça, ça donnerait aussi un sens à la République. Je crois que le pays est en manque d'une capacité de projection dans l'avenir. Il est traversé par des polémiques inutiles, des divisions parce qu’on n’est pas au clair sur le but à atteindre tous ensemble et un de ces buts est d'organiser notre sécurité climatique.
Localement, vous rencontrez des élus qui sont favorables au projet de Parc naturel régional des Garrigues. D'après vous en quoi ce projet est-il bénéfique pour un territoire comme le nôtre ?
Les Parcs naturels régionaux, ce sont des territoires de vie qui se fédèrent et se rassemblent autour de la protection de leur paysage, de leur culture, de leur tradition, et qui en font un atout. Ce n’est pas du tout une façon de mettre la nature sous cloche. Ce sont des territoires habités, dans lesquels il y a une activité économique. Moi-même actuellement je travaille dans les Deux-Sèvres sur la création du projet de Parc naturel régional de Gatine poitevine. On veut y maintenir le bocage, l’aider à s'adapter aux changements climatiques. Ce n’est pas la même chose que la garrigue, mais c'est une problématique comparable. Nous, on voit arriver chez nous aujourd'hui un risque incendie, on n'a jamais été confronté à ça. On a des communes qui ont envie de travailler ensemble, et qui considèrent que d'avoir un projet de parc naturel régional leur permet d'avoir des moyens communs en terme d'ingénierie de projet, d'avoir un conseil scientifique, c’est un plus pour le territoire.
Et donc c'est un outil adapté à la lutte contre le réchauffement climatique ?
Ça peut être une capacité d'agir en plus.