Publié il y a 1 h - Mise à jour le 14.05.2026 - propos recueillis par Anthony Maurin - 8 min  - vu 41 fois

TOROS Mathias Sauvaire poursuit son rêve

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Le novillero sans picadors Mathias Sauvaire est en train de faire le nécessaire pour que Matías devienne un futur grand nom de la tauromachie. Il sera à l'affiche du mano a mano d'Alès, ce samedi 16 mai à 11h. Interview.

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)
Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Objectif Gard : Qui est Mathias Sauvaire ou Matías ?

Mathias Sauvaire : Je suis un jeune, né en 2006 à Marseille, actuellement novillero sans picadors de l'école taurine de Madrid après celle d’Arles car j’ai grandi à Lançon avec la moitié de ma famille à Alès et je suis le premier de trois triplés.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans les toros ?

Ça vient de mon père. Quand j’avais huit ans, il m’a emmené voir une corrida car il avait l’habitude d’y aller. Nous sommes allés à une corrida de rejon au domaine de Méjanes, ça m'a plu et j'ai eu envie d'y retourner. C'était mon premier contact avec le milieu taurin. Ensuite, je suis allé, toujours avec mon père, voir une novillada piquée aux arènes d'Arles avec Manolo Vanegas et c'est là que le déclic est arrivé, le virus m'a attrapé et en sortant de la course j'ai dit à mon père que je voulais ressembler aux personnes que j'avais vues sur piste.

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)
Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Et pour passer des tribunes à la piste…

À huit ans, la réponse de mes parents a été de dire « on verra plus tard » car à cet âge tu veux être un jour pompier, le lendemain policier, footballeur... Ils se sont dit que ça me passerait jusqu'au jour où, à Lançon, village où il y a encore des traditions taurines camarguaises dans les rues, des vaches sont accessibles pour les amateurs. Je m'étais fabriqué, avec un vieux drap rouge et un manche à balai cassé, une sorte de muleta. Je me mettais aux barrières des abrivados et je faisais passer les taureaux. À la fin, il y avait des veaux pour les enfants et j'y suis allé mais je me suis fait prendre et j’ai fait un beau soleil ! Mes parents étaient là et regardaient… Ils m'ont vu retomber au sol, être transporté en-dehors des arènes dans les bras des gens et ma mère a dit à mon père qu’il fallait m’inscrire dans une structure un peu plus cadrée.

Vos parents ont toujours été là, une rareté, une chance ?

Oui ! J'ai toujours eu cette chance que mes parents m’accompagnent et me soutiennent dans tout ce que je faisais. Je suis conscient de cela !

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Mais il fallait donc vous inscrire dans une école taurine ?

Exactement. L'école taurine la plus proche était celle d'Arles. Je pense que la suite ça peut faire rire. Mes parents regardent pour m'inscrire à l'école taurine mais ils ne me disent plus rien. Jusqu'à ce jour où je suis dans mon salon, je fais des passes avec une serviette et un chat ou un chien et voilà… jusqu'au dernier moment, c'était une surprise ! Un après-midi, ma mère me dit qu’elle va inscrire mon frère à un club de badminton à Arles et elle me demande si je veux l’accompagner, j’accepte. J’ai compris quand j’ai vu l'entrée de l'école avec un toro en fer forgé. Nous étions non pas dans un club de badminton, mais bien à l’école taurine, j’avais 12 ans !

Et ?

On venait pour essayer, voir un peu comment je me comportais. Ça n’était pas un entraînement avec toute l'école, c'était une séance d’une heure ou deux avec l'ancien directeur Augustin Losada et Fabien Castellani, qui était alors élève. On m'a enseigné quelques rudiments techniques, les premières bases. On m’a expliqué que la tauromachie va me demander beaucoup de rigueur, de discipline et que c'est quelque chose à prendre au sérieux, les toros, ça tue. Je ne l'ai pas entendu mais ma mère m'a dit que quand Augustin m’a vu toréer de salon, il lui a dit qu’elle était dans la m… !

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)
Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Ah… les toros, ça forge un Homme !

Mes parents diront qu’au moment où Augustin a dit ces mots-là, je les ai pris au pied de la lettre. Tous les soirs, en rentrant de l'école, je m'entraînais. Pas autant qu'aujourd'hui, pas avec autant d'intensité, naturellement, mais je m’entraînais. J'ai commencé par la petite demi-heure tous les soirs où je touchais les capes, puis je suis passé à 1h… et aujourd’hui je dois m'entraîner six et huit heures par jour.

À partir de quel moment vous êtes-vous senti torero ?

Contrairement à ce que l’on pense, je me suis senti toro le premier jour où j'ai mis le costume de lumières et ce n'était pas à Alès pour mes débuts mais à Fontvieille ! J’étais un gamin qui rêvait de gloire. Avec ce costume, j’ai senti de la responsabilité de tout ce qu’il implique. C’est un état d'esprit différent et lors de cette classe pratique j’ai coupé les deux oreilles et la queue symbolique de mon toro en recevant aussi le prix du triomphateur de la journée alors que j’étais le plus jeune dans le métier ! Avant cela, je comptais les jours, j'avais hâte, j'avais beaucoup de rêves, d’attentes et je voulais découvrir cette sensation. Il fallait en profiter, il fallait que tout sorte. J'ai eu la chance, j’ai été très bien accompagné par mon valet d'épée, Medhy Gabriel, qui m'a parfaitement préparé.

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)
Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Et vos parents ?

En vérité, mon père a eu beaucoup de doutes parce qu'avant cette période il s'est écoulé quelques années, des moments de creux, ce qui est normal avec du recul. Cela faisait partie de mon apprentissage mais j'avais du mal à le comprendre, je m'énervais contre moi-même parce que pour moi ça n’était pas normal que je ne progresse pas assez vite, je prenais beaucoup de cartouches, je me faisais désarmer, je partais en courant devant les animaux et mon père a eu beaucoup de doutes. Il pensait que c’était peut-être fini, que je ne pouvais pas aller plus haut. Mais ma mère savait ! Elle voyait mes entraînements malgré mon jeune âge et elle lui a dit que ça se réglerait dans le temps. Mon père a compris.

Aujourd’hui vous avez fait un choix fort : partir à Madrid. Pourquoi ?

Je n’ai pas quitté la France par dégoût ! Je suis allé à Madrid pour intégrer l’école taurine, la plus grande du monde. Je ne renie pas du tout mon pays, mais c’est mon maestro, Denis Loré, qui est toujours avec moi et qui m'accompagne, qui a eu l'opportunité de m'envoyer dans cette école. Au-delà du prestige d'y être élève, là-bas on t'offre des structures, des entraînements quotidiens, une préparation qui est parfaite et je suis avec un autre Français même s’il n’a quasi jamais vécu en France, Léo Palatier.

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)
Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Vous êtes donc devenu le petit français ?

Quand je suis arrivé en novembre 2025, c’est une autre réalité du monde que j’ai trouvée. L’école a quasiment 100 élèves, 100 gamins comme moi, je suis conscient que nous poursuivons le même rêve mais il faut s'accrocher, faire des efforts.

L’école de la rigueur...

Je n’ai que trois mots à dire. Effort, travail et silence. Certains ne le voient pas, mais je m'entraîne tous les jours de 17 à 20h avec les jeunes, mais aussi les matins avec les professionnels de 10h à 14h. On a un préparateur physique avec qui je fais des séances et tous les jours je suis accompagné de Sanchez Vara. C'est beaucoup d'efforts, j'essaye d'être à 100 % tous les jours, même si parfois c'est compliqué à cause de la fatigue, je ne suis pas un robot.

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)
Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Et le silence ?

J'ai quitté tout le monde, je suis à 1 200 km, je suis seul ici, je suis venu pour réaliser mon rêve donc je mets toutes les choses de mon côté, je ne suis pas venu vous passer des vacances. Certains doivent me prendre pour le petit Français un peu fou, parfois on essaye de me faire un peu la misère, c'est le jeu mais j’ai du caractère et je me fais respecter. Madrid, ça m'a coûté d'être loin des miens, de repartir de zéro, je n'ai pas encore vu un animal au campo, rien du tout. Je suis sur le banc, j'attends mon tour, c'est une situation normale. Il me faut faire mes preuves parce que voilà. J'ai démarré ma saison à Fourques en février mais le dernier toro que j'ai vu c'était à Bouillargues, en octobre. Et puis, je n'ai pas honte de le dire, à Fourques, ce premier toro de Colombo m'a coûté. S'entraîner est une chose mais je manquais de rythme parce que j'avais passé un hiver sans voir une bête et ça s'est ressenti. Il fallait être là, il fallait faire l'effort et je n'avais pas le droit de baisser les bras et j'ai été présent.

Le silence peut aussi se cacher dans d’autres aspects de la vie.

Le sacrifice de partie à Madrid m'a aussi coûté une relation amoureuse. Tout le monde n’est pas prêt à faire ça ni même à le comprendre. Se faire quitter parce que tu pars vivre ta passion, ça te fait mal. J'ai passé des moments où j’étais abattu, en pleurs jour comme nuit, mais je devais aller m'entraîner quand même et dire que tout allait bien. Certains ne se rendent pas compte de tout cela. Et dans les toros, me voyant partir à Madrid, les gens se sont dit que j’allais vite m'améliorer alors qu’en fait j’ai régressé ! C’est évidemment faux mais j'ai passé des moments difficiles dans le silence. Je m'entraîne en silence, je souffre en silence, je ne suis pas expansif sur les réseaux sociaux, je ne suis pas comme ça, je ne montre pas tout ça. Je fais ma vie avec mes armes, ma muleta et mon épée.

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Qu'attendez-vous de cette saison 2026 ? Comment se passe la préparation déjà ?

Je m’entraîne du lundi au samedi entre six et huit heures par jour pour un mois de mai important avec deux dates en France, à Vauvert le 8 et à Alès la semaine suivante. Je ressens réellement quelque chose, c'est un retour à la maison, je retourne chez moi parce que c’est à Alès que j’ai officiellement débuté. Ici on m'a vu évoluer en technique et en maturité, même dans mon comportement en piste, mais Mathias restera Mathias à jamais !

L'engagement est constant chez vous. Au cours d'une lidia, qu'affectionnez-vous en particulier ? Dans quel secteur avez-vous encore de la marge ?

Un moment dans lidia durant lequel je me sens extrêmement à l'aise, mais c’est avec l’épée. Je suis en sans picadors, j'apprends mon métier et je sais que tout n’est pas parfait, loin de là mais c'est le moment de l'estocade qui me convient bien et c’est grâce à Denis Loré qui m'a enseigné cette entrée a matar, qui m'a donné son expérience, qui m'a entraîné, m'a préparé. Et maintenant, je sais que quand je vais porter l'épée, je n'ai aucun doute dans ma tête, c'est clair, ça ne va pas durer longtemps et le toro va tomber rapidement.

Novillada sans picadors de la Journée de l'Avenir avec un exemplaire de Barcelo pour Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)
Mathias Sauvaire (Photo Anthony Maurin)

Mais avant d'en arriver là, il faut faire tout le reste…

Je dirai que ce qui me manque c'est le capote. C'est quelque chose d'extrêmement beau, esthétique, mais pas seulement. Être quelqu'un qui peut réajuster les toros, être un bon lidiador plutôt !

Et à la muleta, que n’aimez-vous pas faire ?

C'est compliqué et ça peut paraître peut-être bête, mais c'est de devoir changer de terrain un toro. C’est inesthétique de lui coller la muleta sous le mufle et de courir devant lui, ça casse quelque chose.

Maintenant, une carte blanche !

Dans un premier temps, je voudrais remercier l'ensemble de l’aficion française qui m'a toujours soutenu et aidé depuis mes débuts et je peux vous dire que de se sentir épaulé, se sentir aidé et se sentir aimé, c’est important ! C’est ce qui apporte de la sérénité en piste. Je veux aussi remercier le maestro Denis Loré pour ce qu’il fait pour moi, même s’il ne me fait pas de cadeaux. Je sais qu'il veut le meilleur pour moi. Tout cela donne une meilleure version de moi-même.

Que peut-on vous souhaiter ?

Que l’aficion vienne à Vauvert, puis à Alès car j'aborde ce mois de mai avec beaucoup de rêves, beaucoup de responsabilités, mais une chose est sûre, même si je ne sais pas comment cela se passera, je peux vous dire que je donnerai tout ce que j'ai à donner ! Je me prépare tous les jours pour ça, donc j'offrirai la meilleure version de moi-même.

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propos recueillis par Anthony Maurin

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