À Arles
"Manque de personnels, de plus en plus de détenus, plus de 5 000 agressions à l'année..." Le tableau du milieu pénitentaire à l'échelle nationale, dressé par Thomas Forner, secrétaire régional adjoint de l'UFAP-UNSA Justice PACA Corse, est noir. Comme la fumée qui s'échappe du feu allumé devant les portes de la maison centrale d'Arles. Comme la colère de ses agents qui pointent une dégradation de leurs conditions de travail. "Les politiques se sont succédé et ne souhaitent pas vraiment donner les moyens, il y a une sous-dotation administrative d'un côté et une surpopulation de l'autre. Notre Président actuel, avait promis des milliers de places de prison, il n’a pas tenu la moitié de ses engagements", déplore Thomas Forner.
"Sur le premier trimestre, la maison centrale d'Arles avoisine les 9 000 heures supplémentaires"
Toujours à l'échelle nationale, le syndicat UFAP-UNSA, à l’origine de la journée « Prisons bloquées », estime le déficit d’effectifs à 4 000 postes dont 3 000 de surveillants, "un métier peu attrayant au vu des contraintes", reconnaît le syndicaliste, bien que le sujet de la rémunération ne fasse pas, à proprement parler, partie des revendications du jour. À la maison centrale d'Arles qui compte 140 détenus, "il nous manque plusieurs postes d'officiers mais aussi 13 postes de surveillants, ce qui correpond à une équipe complète. Les nuits, par exemple, ne sont pas faites à effectif complet", insiste Thomas Forner. Conséquence de quoi, "les agents tournent comme des avions. Sur le premier trimestre, la maison centrale d'Arles avoisine les 9 000 heures supplémentaires. Des agents se retrouvent avec 90 heures supplémentaires au mois." Au-delà des effets sur le taux d'absentéisme, cette cadence impacte directement le travail des personnels et les risques qui en découlent.
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Si l'établissement arlésien n'est pas confronté à une surpopulation, un autre problème est soulevé par Laurent Jessu, secrétaire local UFAP, concernant la mixité de la population carcérale, "des personnes 'psy' mélangées avec des détenus radicalisés, de droit commun, du banditisme, narcotrafic, etc. Comment voulez-vous que ça fonctionne ? Ça devient de plus en plus compliqué à gérer et c'est le personnel de surveillance qui ramasse les coups", ajoute-t-il. Et Thomas Forner de rappeler "des tentatives de meurtres en 2020, des agressions graves, en 2022", ainsi qu'une prise d'otage le 3 janvier 2025. Le mouvement pourrait être reconduit, "le but, c'est de faire plier l'administration." À noter que le centre de détention de Tarascon a également été bloqué ce lundi.
À Nîmes
Ils étaient une soixantaine, réunis devant la maison d’arrêt de Nîmes. Des agents pénitentiaires qui avaient répondu à l’appel national de l’UFAP. Le grand portail était bloqué par des objets divers et le un feu était alimenté par des palettes et des matelas.
« 230% avec 779 détenus pour 341 places et 170 matelas au sol »
À Nîmes la surpopulation est extrême : "Elle est de 230% avec 779 détenus pour 341 places et 170 matelas au sol", explique Anaïs. La surveillante brigadière et adjointe UFAP-UNSA Justice demande des renforts : "170 postes sont vacants sur la direction interrégionale et une vingtaine à Nîmes. On demande un désencombrement massif de la maison d’arrêt pour descendre en dessous de 200% de surpopulation. On demande que certaines présentations devant la juge soient faites en visio car, parfois, les détenus sortent pour cinq minutes d’entretien. Ça limiterait les déplacements et la mise en danger des agents."
Les agents nîmois dénoncent également des conditions de travail insalubres. "Il y a des punaises de lit, des souris, des rats et des cafards, des moisissures dans les cellules et, pour les agents, il y a des champignons, pas de lieu pour manger, pas de salle de sport", souligne Sam. Alors, ce matin, l’accès à la maison d’arrêt était bloqué. Cela n’a pas impacté les visites des familles puisqu’elles n’ont pas lieu le lundi et les agents ont laissé entrer le directeur et les service médical.
« On fait minimum 200 heures par mois »
Le rythme de travail était aussi montré du doigt par les manifestants. "On fait minimum 200 heures par mois. On est un agent pour 90 détenus. Pendant ce temps, ils ont construit des stades neufs et une salle de musculation pour les détenus. Nous, on n’a rien", regrette David. Les manifestants sont déterminés à obtenir gain de cause et ils attendent des décisions nationales de l’UFAP pour poursuivre, ou non, le mouvement.