Déjà présente au nord d'Arles avec un hypermarché de 6 000 m², l'enseigne E.Leclerc prépare-t-elle discrètement l’ouverture d’un deuxième point de vente au sud d’Arles, en plein cœur du pôle commercial Fourchon ? Selon nos informations, un Leclerc Express -- format de proximité de type supérette, proposant majoritairement des marques de distributeur, premiers prix et quelques marques nationales, et sans rayon traditionnel hors fruits et légumes -- et un drive devraient investir les locaux laissés vacants par la liquidation judiciaire de Casa en 2025 et la fermeture récente d’Aubert.
Une implantation qui, sans dépasser le seuil des 1 000 m², ne nécessite pas de demande d’autorisation en préfecture. Un détail qui cristallise les tensions.
"Le risque ? Fragiliser l'équilibre économique"
Pour les acteurs historiques de la zone, l’arrivée de Leclerc sonne comme une menace directe. "Ce qui pose problème, c'est l’inéquité de la situation", martèle Florent Fournier, patron d’Intermarché Fourchon. "Leclerc va prendre une surface de 999 m². S'il avait dû déposer un dossier pour 1000 m², il aurait été refusé. Pourquoi ? Parce que le SCOT (Schéma de cohérence territoriale) du Pays d’Arles (en vigueur depuis 2018 et en cours de révision, Ndlr) classe Arles comme surdimensionnée en densité commerciale." Entendez que la ville d’Arles dispose déjà d’une offre commerciale (notamment en grandes surfaces et en surfaces de vente alimentaire) trop importante par rapport à sa population, à ses besoins réels et à la capacité du territoire à absorber cette concentration sans déséquilibres.
"Nous, ce qu'on demande, c'est que les règles et l'équité soient respectées. On a deux zones distinctes qui fonctionnent plutôt bien. Le risque, c'est de fragiliser cet équilibre économique. On survivra à l'arrivée de Leclerc. Mais la part de marché alimentaire ne bouge pas donc cela va créer des baisses de part de marché chez les uns et chez les autres, et fragiliser les capacités d'investissements des entreprises", ajoute Florent Fournier. Qui regrette également que l’"on ne renforce que les zones commerciales, au détriment du commerce de centre-ville, avec les effets néfastes que cela entraîne."
Thierry Salichon, directeur d’Auchan Fourchon, anticipe déjà une baisse de 50 % de l’activité de son drive, avec des répercussions en cascade : "Derrière cette baisse, ce sont des emplois qui sont en jeu. La part de marché alimentaire est fixe : si Leclerc en prend, c’est aux dépens des autres." Les enseignes discount, bio, et même le primeur de la zone pourraient subir le contrecoup, selon les commerçants. Mais, certains -- comme Frédéric Teresinski, le directeur de l'enseigne Picard -- y voient là une opportunité d’attirer une nouvelle clientèle.
En revanche, tous s’accordent sur un même point : l’alimentaire n’était pas la priorité. "Le vrai besoin, c’est de renforcer l’offre en loisirs créatifs, bowling, restauration". Des segments sous-représentés à Fourchon.
Une incohérence au regard de la requalification
Du côté de l’association Cap Fourchon, qui fédère les entreprises du pôle, c’est l’incohérence stratégique qui interpelle. "Fourchon a le vent en poupe, et l’arrivée de Leclerc le prouve : la zone est attractive", reconnaît Fanny Durand, vice-présidente. "Mais à l’heure où on travaille à requalifier le pôle pour le rendre plus piéton, plus urbain, plus accessible (les travaux de requalification de Fourchon devraient démarrer fin 2027, Ndlr), un drive Leclerc, c’est plus de camions, plus de voitures, plus de saturation", déplore-t-elle. Les chiffres avancés par le patron d'Intermarché sont éloquents : "c'est 800 voitures supplémentaires par jour, 3 à 4 semi-remorques quotidiens, sans compter les rotations de camions entre le Leclerc nord et le futur drive sud".
Autre point noir : l’opacité du projet. "Les deux pôles économiques fonctionnent bien, les associations dialoguent, avec les collectivités aussi… mais sur ce dossier, aucune concertation, aucune communication, n’a eu lieu", regrette Georges Carbonnel, vice-président de Cap Fourchon. Pourtant, "Leclerc a bien dû faire une demande auprès de la Ville", et les élus de la Ville et de l'agglo sont parmi les principaux interlocuteurs des représentants de l'association.
Conscients que la période électorale a sans doute favorisé ce manque de communication, les représentants de Cap Fourchon et les commerçants veulent rester vigilants. En charge des filières économiques et des commerces à ACCM et à la Ville, Patrick Chauvin se veut rassurant : "Il n'y a aucune inquiétude à avoir", assure-t-il. "J'ai découvert ce dossier il y a deux mois. Je me dois d'être le garant de l'équité de ce qui va être fait. Je le serai et toutes les implantations seront faites en bonne intelligence. Mais, il faut le dire : le commerce est libre."
Pour l’heure, les locaux laissés vacants par Casa et Aubert restent déserts : aucun panneau n’annonce de travaux, aucun chantier n’est visible. Selon certains commerçants de Fourchon, l’ouverture pourrait pourtant intervenir "dès la rentrée prochaine".
Contacté par notre rédaction, Arnaud Mennesson, à la tête de Leclerc Arles, ne souhaite pas communiquer pour le moment.