Publié il y a 1 h - Mise à jour le 13.05.2026 - Julia Razil - 5 min  - vu 128 fois

FAIT DU JOUR Pays d'Arles : "On ne veut pas être la poubelle de l'Europe"

Le plan d'épandage prévu par Suez concernerait près de 3 000 ha de terres agricoles.

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Le projet de chaufferie CSR à Istres fait face à une opposition grandissante. À Arles et dans le Pays d’Arles, directement concernés par l’épandage de digestats sur des milliers d’hectares, les associations environnementales s’alarment des risques pour les sols et pour la nappe phréatique de la Crau. 

Ouverte depuis le 13 avril, l'enquête publique a enregistré, à ce jour, 2 500 contributions. Un chiffre qui montre à quel point le projet "Istres Recyclage et Energies" porté par le groupe Suez ne laisse pas indifférent. L'intérêt -- et l'enjeu -- est tel que, sous la pression d'associations environnementales, l'enquête publique qui devait prendre fin le 18 mai a finalement été prolongée jusqu'au 2 juin. Et alors qu'aucune réunion publique ne devait initialement avoir lieu, la seconde se déroulera ce lundi 18 mai, à 18h, à Istres. 

L’occasion, une nouvelle fois, pour les citoyens et les associations, de poser leurs questions aux représentants du géant spécialisé dans le déchet. Lequel souhaite transformer et agrandir le centre de tri actuel, situé dans la zone d’activités du Tubé, pour y installer, dès 2030, une chaufferie CSR (combustibles solides de récupération). L'idée : transformer plusieurs centaines de milliers de tonnes de déchets en énergie, chaleur, gaz ou fertilisant pour l’agriculture. Grâce à deux procédés principaux : l’incinération et la méthanisation.

Un site de stockage des digestats à Arles

Ce projet, révélé en avril par nos confrères de Marsactu, suscite une forte opposition, de la part des riverains, des associations et de la nouvelle municipalité istréenne. Les critiques pointent, entre autres, "un incinérateur déguisé", un "surdimensionnement du site qui nécessitera d’importer des déchets d’autres départements, voire de Corse et d’Italie" ; une augmentation du nombre de camions sur les routes et un impact direct sur la qualité de l'air. 

Dans le Pays d'Arles, à quelques dizaines de kilomètres d'Istres, habitants et associations s'inquiètent aussi. De la pollution de l'air, du trafic routier mais aussi du plan d'épandage prévu dans le cadre de ce projet. Car la méthanisation, l’un des procédés utilisés, génère des résidus appelés digestats, qui doivent être stockés et épandus. Trois sites de stockage délocalisés sont prévus, dont un sur le secteur d'Arles et deux dans les Alpilles (à Saint-Étienne-du-Grès et Eyguières) en plus du site principal.

Le Pays d’Arles est particulièrement concerné par le plan d’épandage, qui touche plusieurs de ses communes : Arles, Tarascon, Saint-Martin-de-Crau, Maussane, Saint-Rémy, Maillane, Saint-Étienne-du-Grès, ou bien encore Paradou. Des digestats seront également répandus sur plusieurs communes du Gard (Beaucaire, Bellegarde et Fourques), du Pays salonais et du Pays aixois.

L'enjeu : "préserver la nappe de la Crau"

Première inquiétude des associations environnementales : "On ne sait pas où vont se situer ces dépôts", s’inquiète Monique Chiesa, déléguée territoriale FNE 13. "On le voit, pour le stockage qui existe déjà à Gimeaux, ça prend régulièrement feu." Pour l'heure en effet, "les sites de stockages délocalisés ne sont pas encore définis précisément".

Mais l'inquiétude qui domine reste la composition de cette matière présentée comme un fertilisant pour l'agriculture en substitution des engrais chimiques. "On ne sait pas ce qu’il va y avoir dans ces digestats ! Qu'est-ce qu'on va y retrouver ? Des traitements, des cocktails relativement toxiques qui vont venir polluer les sols et la nappe de la Crau ? Une des dernières en France à être encore préservée ! Les déchets vont même venir d'Italie, mais nous, on ne veut pas être la poubelle de l'Europe !", lâche Monique Chiesa.

"On se pose des questions quant à la nature des produits dans le méthaniseur et on peut s’inquiéter de ce qui va en résulter. Des métaux lourds ? Des substances chimiques, y compris des PFAS qui viendraient polluer la nappe phréatique de la Crau?", abonde Stéphane Coppey, administrateur FNE 13. Qui pointe du doigt une problématique soulevée par plusieurs représentants associatifs : "Nous avons l’identification des parcelles qui recevront ces digestats et on devine le type d’exploitants qu’il y a derrière. Toujours les mêmes, ceux que nous avons l’habitude de pointer dans nos recours et nos plaintes, notamment pour du brûlage de plastique, de l’épandage par grand vent ou bien encore pour l’utilisation de produits illégaux."

1 200 hectares sur Arles : "Ce n'est pas une paille !"

"À Arles, l’épandage se ferait sur 1 200 hectares, ce n’est pas une paille quand même !", lance Jean-Luc Moya, de l’association Agir pour la Crau. Au Grès, ce serait sur 550 ha ; 235 ha sur Saint-Martin-de-Crau ; 445 ha sur Beaucaire ou bien encore 330 ha sur Fourques. À Tarascon -- "où déjà les odeurs provoquées par le stockage de ces digestats provoquent l’ire des riverains", ajoute Stéphane Coppey -- l'épandage se ferait sur 192 ha. "Et c’est sans compter les répercussions sur les sols et la nappe."

De son côté, l'Agence environnementale, dans sa synthèse, ne formule aucune remarque sur la préservation du cadre de vie des riverains en lien avec l'épandage. En revanche, elle relève que "le périmètre retenu pour l'analyse des impacts du projet est insuffisant car les incidences du stockage des digestats avant épandage (...) ne sont pas évaluées.

Face à une mobilisation croissante, Stéphane Coppey l'assure : "Ce projet de chaufferie CSR a du plomb dans l'aile." La nouvelle réunion publique organisée ce lundi devrait être un nouvel indicateur. 700 personnes s'étaient présentées lors de la première. Face à l'affluence attendue, la Ville d'Istres demande à ce que "la priorité soit donnée à ceux qui n'avaient pas vu venir le 30 avril dernier". Cette réunion se déroulera, à 18h, dans l'auditorium de l'Hôtel de Ville (dans la limite des places disponibles). Elle sera retransmise dans la salle des mariages ainsi que sur le site de la Ville d'Istres. Les contributions à l'enquête publique peuvent se faire en ligne ou en mairie d'Istres jusqu'au 2 juin.

La réaction du groupe Suez

Face aux inquiétudes des associations, le groupe Suez se veut rassurant. "Ces biodéchets (utilisés pour la méthanisation) proviennent de l’industrie agroalimentaire, des moyennes et grandes surfaces, et des ménages. Les emballages (boites de conserve, pots de yaourt, emballages plastiques) seront préalablement séparés de la matière organique par un déconditionneur, avant la méthanisation. Les boues des stations d’épuration ne sont pas intégrées dans le méthaniseur", précise-t-on du côté de la communication du groupe.

Et Suez de revenir sur la valorisation de ces biodéchets en du biogaz (épuré pour obtenir du biométhane et réinjecté dans le réseau GRDF) et en du CO2 liquéfié acheminé vers des usages agricoles locaux. Mais également en "du digestat, un fertilisant organique stable et riche en éléments nutritifs (azote, phosphore, potassium), valorisé en agriculture en substitution des engrais chimiques importés de l’étranger." Ainsi, "31 000 tonnes de digestats par an issues de la méthanisation permettront de fertiliser 2 813 hectares d'exploitation agricoles locales."

"Le projet IREN prévoit un temps de séjour de minimum de 50 jours, permettant la dégradation des éléments volatils et donc la production d'un digestat stable et inodore. L’intégralité des digestats produits sera suivie par la DREAL avec une traçabilité rigoureuse, assure Suez. L’enquête agricole a permis de définir une surface agricole suffisante pour permettre la valorisation dans de bonnes conditions des digestats. Elle a pour objet de caractériser l'ensemble des exploitations susceptibles de valoriser les matières produites. Cette approche a permis d'appréhender les contraintes locales relatives à leurs structures."

Et le groupe de revenir sur la réglementation à appliquer : "l'utilisation du digestat est encadrée par un plan d’épandage validé par les services de l’État. Les doses à appliquer sur les différentes cultures sont déterminées à partir de bilans agronomiques, qui reposent sur des analyses de sols (avant et après épandage) ainsi que sur des analyses du digestat. Le digestat est contrôlé d’un point de vue agronomique et l’innocuité en métaux, composés traces organiques et pathogènes, suivi. Des zones d’inaptitudes sont définies et sur ces périmètres les épandages seront interdits conformément à la réglementation. D’une part les habitations, une zone d’exclusion de 50 m et d’autre part une bande d'une largeur de 35 mètres, identifiée de chaque côté des cours d'eau, est classée en zone inapte à l'épandage toute l'année ; ainsi que les périmètres de protection rapprochés des captages. La période d’épandage sera déterminée dans le respect de la réglementation en vigueur, des cultures en place et des conditions météorologiques."

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