C’est une tradition aussi ancienne que vibrante, et toujours bien vivante. Cinq siècles n’ont pas suffi à l’effacer : bien au contraire. Et une fois encore, en ce 1ᵉʳ mai, le peuple de Camargue en a offert une éclatante démonstration. Organisée par la Confrérie des gardians (fondée en 1512), la fête des gardians célèbre saint Georges, saint patron des cavaliers. Cette année, l’événement avait une résonance particulière.
"Un jour historique", a même déclaré Jean-Jacques Jonin, secrétaire de la Confrérie, lors de l’intronisation d’Anne Lambert comme nouvelle gardienne de saint Georges. Nanou, fille du gardian René Lambert, professeure de provençal et trésorière de la Confrérie, succède ainsi à Magali Dunant, qui veillait sur la statue du saint depuis 1968. Émue, Anne Lambert a dit mesurer l’honneur et la responsabilité de ce titre : c’est elle qui, désormais, veillera sur saint Georges, entretiendra sa statue et sa chapelle, située dans l’église de la Major. C’est là, sur le parvis de l’édifice et face aux majestueuses arènes, qu’elle a reçu le ruban d’Arlésienne brodé à l’effigie du saint, ainsi que la chevalière gravée à son image. Tout un symbole.
S’en est suivie la traditionnelle bénédiction des chevaux, puis la messe en provençal. Plus tôt dans la matinée, les quelque 200 cavaliers, accompagnés des Arlésiennes et des groupes folkloriques, avaient défilé dans les rues sous les yeux émerveillés de milliers d’Arlésiens et de touristes. Une première halte avait été faite place du Forum pour rendre hommage à Frédéric Mistral. Puis, au son des fifres et des galoubets, le cortège avait pris la direction de la Major.
À l’issue de la messe, comme le veut la tradition, les gardians se sont à nouveau réunis place de la République pour remettre les pains bénits aux autorités. C’est là, tridents levés, entourés des Arlésiennes et de centaines de personnes costumées, qu’ils ont entonné une vibrante Coupo Santo - un moment chargé d’émotion, qui prouve une fois encore que la tradition n’est pas un folklore, mais une réalité bien vivante en Camargue.
Et comme chaque année, l’après-midi était consacré aux jeux en piste dans les arènes, où chaque cavalier a pu faire preuve d’adresse et de dextérité. L’occasion aussi pour la Confrérie de présenter son nouveau capitaine, Pierre Vitou, ainsi que ses nouveaux prieurs, Clément Bouchet et Maxime Pidou. Une émotion particulière pour ces jeux, les premiers depuis la disparition de Marcelle Ginoux. Son poutoun ne résonnera plus dans les arènes, mais son souvenir, lui, restera à jamais gravé dans les rangs de cette Confrérie intemporelle.