Beaucaire
Publié il y a 8 mois - Mise à jour le 20.06.2023 - Stéphanie Marin - 5 min  - vu 1029 fois

CC PONT DU GARD Après le vote du budget, les règlements de comptes

La vice-présidente Élisabeth Viola, élue à la ville de Remoulins a pris la parole lors du dernier conseil communautaire, pour dénoncer "une situation de déni de démocratie". 

- Photo : S.Ma

Après la délégation économique, celle du tourisme a été retirée à la vice-présidente Élisabeth Viola, dans la foulée d'un vote contre le budget primitif 2023 au mois d'avril. 

C'est un conseil communautaire somme toute classique qui s'est déroulé hier, dans la salle Madeleine Béjart à Montfrin, ponctué d'une dizaine de délibérations approuvées à l'unanimité. À l'exception de deux abstentions, de la part de Thierry Boudinaud, maire de Fournès et son homologue domazanais, Louis Donnet concernant la constitution d'un groupement de commandes pôle territorial, pour la passation d’un marché d’étude portant sur un état des lieux des différents flux de déchets produits sur le territoire des EPCI membres du groupement, leurs modalités de traitement et la définition d’une stratégie pour le traitement des ordures ménagères résiduelles. Mais tout cela sans observation, ni débat.

La séance aura duré 45 minutes à peine. Mais avant que le président de la CCPG y mette fin, sa quatrième vice-présidente, Élisabeth Viola a ouvert une large parenthèse. Debout, micro (réclamé) à la main, l'élue a tenu à prendre la parole "pour informer l'ensemble des conseillers communautaires des pratiques et conditions d'exercice des mandats au sein de la CCPG." Et la même de dénoncer "un déni de démocratie.

Lors de la prise de parole d'Élisabeth Viola ce lundi 19 juin en conseil communautaire.  • Photo : S.Ma

Mais à quoi Élisabeth Viola fait-elle référence ? Elle n'a pas tardé à le faire savoir, aidée de ses fiches, sans pourtant y figer son regard afin de bien capter l'attention de l'assemblée, notamment celle de Pierre Prat et de son vice-président en charge des Finances, Olivier Sauzet. "Le président a annoncé en bureau communautaire élargi aux maires à Fournès qu'il me retirait la délégation économique au motif que le président souhaitait parler en direct aux maires", a-t-elle rappelé attribuant cette décision à son abstention sur le vote portant sur la création du pôle territorial du grand bassin de vie d'Avignon, "en l'absence d'informations sur ce syndicat mixte fermé.

Élisabeth Viola conservait pour autant la délégation tourisme, enfin jusqu'au mois de mai dernier, tout juste après le vote du budget 2023 en conseil communautaire. Tout comme Nicolas Cartailler, maire de Remoulins, son adjointe en charge de l'Urbanisme avait voté "contre".

>> À lire aussi : CC PONT DU GARD. Le budget primitif 2023 ne fait pas l'unanimité 

Un vote qu'elle a justifié : "Ce budget ne reflète pas le potentiel de développement et la dynamique de notre territoire." Et de poursuivre : "Il est souvent le résultat d'arbitrage du seul vice-président aux Finances, qui décide de manière autoritaire, arbitraire et sans concertation ou justification si telle ou telle action peut-être financée (selon des condidérations peut-être personnelles ou de politique politicienne) et s'assoit sur les réunions budgétaires bilatérales ou les actions approuvées en groupe de travail, voire les conseils d'administration."

"Est-ce qu'à la CCPG, on n'a pas le droit de s'abstenir ou voter contre ?"

Pour l'élue, la sanction est tombée non sans émoi de sa part, sa prise de parole en témoigne. "Je suis dans la majorité et j'ai la faiblesse de croire que depuis presque trois ans, je me suis beaucoup investie pour faire bouger les lignes et mettre en oeuvre des actions au service du projet de territoire approuvées en conseil communautaire."

Et de s'interroger : "Peut-être ai-je le tort d'être une femme avec du caractère et de ne pas être gardoise ? Mais est-ce une raison pour être harcelée moralement de la sorte ? [...] Est-ce qu'à la CCPG, on n'a pas le droit de s'abstenir ou voter contre ?" Élisabeth Viola a rappelé au président "son devoir de veiller au respect du débat contradictoire, de la nuance, afin de mettre en oeuvre les coopérations et l'intelligence collective évoquées dans le projet du territoire.

Le président de la CCPG, Pierre Prat, lors du dernier conseil communautaire, ce lundi 19 juin.  • Photo : S.Ma

Ce président qui, assis sur sa chaise, n'a pas sourcillé, laissant sa vice-présidente atteindre le point final de son propos. "Je continuerai de porter la contradiction et de contribuer au développement de ce territoire que j'affectionne tant, parce que c'est le sens de mon engagement vis-à-vis des électeurs", a-t-elle conclu, applaudie par l'opposition. Silence. "Bien, la séance est levée..."

Déçu de cette non-réaction de la part de Pierre Prat , Nicolas Cartailler est revenu à la charge : "Vous n'avez pas de réponse à apporter, pas de commentaires ?" Le président de la CCPG n'ira pas plus loin. "Je ne ferai pas de réaction à chaud, je n'ai pas été prévenu", a-t-il lâché, insistant toutefois sur le fait qu'en ce qui concerne "les délégations, c'est le président qui décide." La vice-présidente a tenté d'insister : "Expliquez-nous ces décisions, est-ce parce que je suis une femme ?" L'élu aramonais a alors défendu tout de go : "N'allez pas sur ce terrain-là, on n'est pas sur ce sujet-là ! Le conseil est clos."

"Il faut assumer"

Quelques minutes plus tard, de nouveau interrogé sur les raisons du retrait des deux délégations précitées à Élisabeth Viola, Pierre Prat restait campé sur sa position : "J'ai choisi d'attribuer le tourisme à Numa Noël, je pense que les délégations sont amenées à tourner tout au long du mandat."

Quant à la coïncidence que cela tombe sur l'élue qui a voté contre le budget, un hochement de tête accueille cette question, suivi de et certainement pour mettre fin à une certaine insistance de notre part : "Il faut assumer." Et d'ajouter : "J'aurais pu lui enlever la vice-présidence, je ne l'ai pas fait. Elle a la gestion de la halte fluviale, j'ai vu qu'elle avait de très bons rapports avec la CNR (Compagnie nationale du Rhône, NDLR)." Élisabeth Viola souligne toutefois que "l'étude visant à définir les investissements pour l'extension de cette halte fluviale n'a pas été inscrite au budget."

"Il y a un minimum de confiance à avoir envers ses vice-présidents"

Olivier Sauzet tient un discours plus clair : "Il y a un minimum de confiance à avoir envers ses vice-présidents. Demandez à n'importe quel maire ici, lorsqu'un premier adjoint ne vote pas le budget, il est sanctionné. Mais je vous le dis, j'ai été choqué et déçu de l'entendre dire que la décision relève du fait que c'est une femme. L'argument ne tient pas."

En ce qui concerne les attaques à son adresse, le vice-président aux Finances les balaie d'un revers de main : "Nous avons un budget d'investissement de 2,7 M€. Nous voulons faire au mieux pour le territoire, après monter des projets ça prend toujours beaucoup de temps."

Une motion de soutien pour le renforcement des effectifs de gendarmerie

Parmi les délibérations à l'ordre du jour de ce dernier conseil communautaire, figurait une motion de soutien pour le renforcement des effectifs de gendarmerie sur le territoire intercommunal. « Le contexte national est marqué par une hausse des incivilités et de la violence. Ce constat se retrouve nécessairement au niveau local, où les manquements aux règles qui régissent la vie en société ne cessent de se multiplier (agressions verbales, physiques, dégradation de biens, etc...). Ces situations impactent au premier chef les gendarmes, qui luttent quotidiennement pour faire respecter les lois et garantir le bien-vivre ensemble , a indiqué le président de la CCPG, Pierre Prat. Afin de pouvoir agir efficacement, les gendarmeries doivent disposer d’effectifs suffisants. Pourtant, force est de constater qu’au niveau local, les effectifs connaissent une baisse, réduisant de ce fait les moyens d’intervention sur le territoire. Pour ces raisons, et parce qu’il appartient aux élus de s’engager lorsqu’il est porté atteinte à l’ordre, à la sécurité et à la tranquillité publique, les conseillers communautaires apportent tout leur soutien aux gendarmes et encouragent toutes les actions visant à renforcer les effectifs de gendarmerie sur le territoire. » Cette motion de soutien a été votée à l’unanimité.

Stéphanie Marin

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