Le maire sortant de Beaucaire repart au combat. Dans une semaine, il espère être élu au premier tour lors des municipales, comme son prédécesseur Julien Sanchez en 2020. Interview.
Objectif Gard : Dans quel état d’esprit abordez-vous ces élections ?
Nelson Chaudon, maire de Beaucaire : Il faut reconnaître que, pour moi, la campagne des élections municipales, c'est toute l’année depuis que j’ai pris mes fonctions. La réalité, c’est que je réponds évidemment à toutes les invitations. Je suis présent au maximum d’événements, tout en restant disponible pour les Beaucairois, des habitants que je croise dans la rue au quotidien. Ces dernières semaines, j’ai accéléré un peu les choses en organisant ce que j’appelle des réunions en cercle restreint. Au total, j’ai rencontré plus de 1 000 Beaucairois. Les retours sont extrêmement positifs.
Arrivez-vous à concilier votre rôle de maire et de candidat ?
Je suis maire et que j’ai une ville à gérer. Mon objectif est évidemment de ne pas prendre le moindre retard pour la suite. Être à la tête d’une ville et se permettre de couper pendant six mois pour rattraper ensuite, c’est compliqué selon moi. Je dois rester engagé pour faire en sorte que la ville continue d’avancer : sur les projets, sur les demandes des habitants lors de mes permanences sans rendez-vous.
Vous avez été maire en cours de mandat. Cette fois-ci, vous faites campagne pour un mandat complet. Quel est d’abord votre bilan personnel ?
Le bilan se résume sur les douze dernières années. Je pense qu’il faut distinguer un avant 2014 et un après 2014, et peut-être aussi regarder où nous en sommes aujourd’hui. Je suis bien placé pour le savoir, je suis natif de Beaucaire. J’ai donc vu la réalité du centre-ville et de l’ensemble des quartiers. À l’époque, Beaucaire était vue comme une poubelle, comme un coupe-gorge, comme une ville infréquentable. Il fallait des dizaines de camions de CRS pour assurer la sécurité lors des Estivales par exemple. Il était pratiquement impossible, à certaines heures de la journée, de passer dans certaines rues. Beaucaire comptait alors près de vingt points de deal recensés. Ce sont des éléments concrets et les Beaucairois vous le confirmeront. Aujourd’hui, qu’est-ce qui se passe à Beaucaire ? La police municipale, malgré le désengagement de l’État, est présente sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On est passé d’une forte délinquance avant 2014 à une ville dans laquelle l’on observe aujourd’hui surtout des incivilités. Je lutte contre cela au quotidien, mais on a tiré un trait sur la grosse délinquance et les Beaucairois me le disent. J’ai commencé par parler de la sécurité parce que c’est la base. Quand on peut dormir sur ses deux oreilles et marcher tranquillement dans la rue, on peut évoluer dans de bonnes conditions. Et c’est la première préoccupation des Français selon le dernier baromètre Odoxa. Ensuite, en termes de dynamique, d’événements et de cadre de vie, il y a eu une succession d’améliorations : le fameux « il se passe toujours quelque chose à Beaucaire », la démolition de l’îlot des Pêcheurs, l’hôtel qui va arriver, la base nautique toute neuve, l’inauguration récente du terrain synthétique à près de deux millions d’euros. Toutes ces réalisations apportent un réel service aux habitants. Et surtout, nous avons réussi à faire tout cela en redressant les finances de la ville.
Des finances qui sont dans quelle situation à la fin de ce mandat ?
En 2014, nous avons récupéré des finances qui étaient dans le rouge, rouge, rouge. Nous avons réussi à améliorer le quotidien des Beaucairois et à faire évoluer concrètement la ville. Tout cela en baissant trois années consécutives le taux local d’imposition, puis en le gelant. Autrement dit, nous n’avons pas demandé plus d’argent aux Beaucairois. Aujourd’hui, les finances sont revenues dans le vert, ce qui permet d’envisager de nouveaux projets pour la suite.
Il y a un point noir à Beaucaire : l’attractivité économique, comme le souligne l’Insee. Comment faire pour maintenir plus d’emplois sur place ?
Beaucoup de choses ont déjà été réalisées. Je pense par exemple à Prestige Park, à la plateforme Lidl ou encore à la nouvelle plateforme logistique en cours d’installation. Je pense également au futur hôtel. Tout cela représente des centaines d’emplois, ce n’est pas anecdotique. Et c’est grâce au travail de la mairie de Beaucaire. Pas par l’opération du Saint-Esprit, mais parce que la ville est devenue attractive et sûre. Les entrepreneurs sont rassurés lorsqu’ils s’installent ici. Ils savent que leurs chauffeurs ne vont pas se faire braquer et que la ville est dynamique et agréable. Nous sommes loin d’être une ville dortoir : les gens aiment vivre à Beaucaire et en profiter. Les restaurants fonctionnent très bien, le midi comme le soir et le week-end. La réalité, c’est qu’il faut continuer. J’ai établi plusieurs plans pluriannuels, que ce soit pour les écoles, les voiries ou les infrastructures sportives. L’objectif est clair : fixer chaque année un budget strict et prioriser les projets pour faire évoluer la ville. Mais je ne veux pas faire de Beaucaire une mégalopole. Mon objectif n’est pas de passer de 16 000 à 32 000 habitants. Je préfère soutenir des projets qualitatifs plutôt que purement quantitatifs.
C’est votre vision aussi pour la Communauté de communes Terre d’Argence ?
C’est aussi une question de services qui devraient être normaux pour notre commune. Je vais d’ailleurs attaquer mon cher collègue de Bellegarde sur ce point, puisqu’il est président de la communauté de communes. Aujourd’hui, Beaucaire est mal entretenue, mal balayée. Prenez l’exemple du Quai Sud : il suffit de regarder les caniveaux, ils sont pleins et ce n’est pas balayé. Je ne mets absolument pas en cause le personnel de la CCBTA, qui fait ce qu’il peut avec les moyens dont il dispose. Il s’agit plutôt d’un manque d’investissement et de volonté. On peut aussi parler de santé. Quatre médecins ont récemment été installés à Jonquières et c’est très bien pour ces communes, notamment Bellegarde. Mais Beaucaire est la première ville contributrice au budget de la communauté de communes et elle est pourtant laissée pour compte, pour des raisons qui sont selon moi politiques.
Si vous êtes élu président de la CCBTA, ce sera tout pour Beaucaire alors ?
Beaucaire est la ville phare de la communauté de communes. Elle possède le patrimoine le plus important de la CCBTA, avec notamment le canal, le château et de nombreux événements qui attirent du monde. Beaucaire est déjà connue et pourrait l’être encore davantage. Si je suis président, l’accent sera évidemment mis sur le tourisme à Beaucaire, qui rayonnera ensuite sur l’ensemble du territoire. Il faudra aussi permettre l’installation de médecins dans la maison médicale, qui a été construite dans des conditions telles que certaines professions ne souhaitent pas s’y installer aujourd’hui. Il faudra développer l’économie et donner à Beaucaire les moyens de briller. Je ne souhaite absolument pas, contrairement à ce que disent certains, laisser les autres communes de côté. Tout le monde doit bénéficier de la CCBTA. Mais cette réflexion n’a pas été menée depuis douze ans pour les Beaucairois.
Vous allez bénéficier d’un Palais des Congrès financé par la CCBTA, non ?
Le Palais des Congrès n’est toujours pas sorti de terre. Bizarrement, tout s’est accéléré depuis six mois. Un permis de construire nous a été déposé, mais il était extrêmement mal conçu. Ce permis aurait dû être déposé il y a trois ou quatre ans et le Palais des Congrès devrait déjà être en construction. La réalité, c’est qu’il y a un blocage, et encore une fois, un blocage politique.
Une dernière question plus personnelle : qu’est-ce qui vous traversera l’esprit le soir du 15 ou du 22 mars si vous l’emportez ?
J’aurai d’abord une pensée pour ma grand-mère et pour mes parents. Je suis un enfant du centre-ville. J’y ai grandi, j’y suis allé à l’école. Je ne faisais peut-être pas partie des personnes sur lesquelles on aurait parié un centime pour me retrouver à la place à laquelle je suis aujourd’hui. J’ai rencontré des gens qui m’ont fait confiance et qui m’ont apporté l’éducation dont j’avais besoin. J’ai aussi bénéficié de la bienveillance de nombreuses personnes. Je pense à mes professeurs, aux dames de la cantine, à toutes celles et ceux que j’ai croisés dans cette ville. Ce sera un moment important, car ce sera la reconnaissance des Beaucairois.