Publié il y a 1 h - Mise à jour le 15.05.2026 - Norman Jardin - 6 min  - vu 568 fois

FAIT DU SOIR L’incroyable enfer médical et administratif d’Emmanuel, l’ancien kiné nîmois

Emmanuel Nicolas est hospitalisé depuis le 2 mai 2025.

- Photo : Norman Jardin.

L’ancien kiné nîmois est victime d'une incroyable spirale de problèmes médicaux graves dont il ne connait pas l’origine. À cela se rajoute la complexité du système administratif permettant de toucher des aides financières. Après un an d'hospitalisation, Emmanuel veut rentrer chez lui, mais des travaux doivent être engagés dans son logement. Bien soutenu par son entourage, il a aussi suscité un élan de générosité à travers une cagnotte en ligne alimentée par sa famille, ses amis et ses anciens patients.

« Il faut profiter de la vie, des gens que l’on aime et ne pas s’encombrer des futilités. La vie est tellement belle, mais on ne s’en rend pas compte. » Mieux que quiconque, Emmanuel Nicolas sait que le bonheur est fragile, précaire et que tout peut disparaitre en un instant. Cette histoire n’est pas commune, c’est celle d’un homme qui aime sa vie et qui est très actif. Son métier, c’est kinésithérapeute et ostéopathe rue Sully à Nîmes. Il donne tout pour ses clients, les considère comme des amis et parfois un peu comme de la famille.

« Il m’a dit que j’allais rester deux jours en clinique. »

Mais en 2023, les problèmes commencent avec des petits symptômes de perte de la sensibilité de la jambe gauche. Puis, à la suite d'une chute à moto, il passe une IRM (imagerie par résonance magnétique) qui décèle une tumeur bénigne sur la moelle épinière dans le dos. Après une série d'examens à Bordeaux et à Paris, Emmanuel poursuit son activité puisqu’il n'a pas mal et que les médecins ne relèvent rien de grave.

Toutefois, au fil du temps, le Nîmois se met à boiter puis il perd quelques réflexes rotuliens. C’est en mars 2025 qu’un chirurgien lui conseille de se faire opérer de cette petite tumeur. « Il m’a dit que j’allais rester deux jours en clinique. » L’opération a eu lieu le 14 avril et Emmanuel rentre chez lui sans plus aucun symptôme. Mais deux semaines plus tard, il est victime de très forts maux de tête et, lors du transport à l'hôpital, il tombe dans le coma.

« En réanimation, ils m’appellent le miraculé »

Emmanuel se réveille le 24 juin 2025, soit presque deux mois plus tard, et le constat est terrible : « J’ai fait une méningite, j'ai eu une infection pulmonaire grave, une hémorragie cérébrale, deux crises d’épilepsie et, en décembre, une embolie pulmonaire et cardiaque. Enfin, j’ai été opéré d'une escarre et j’ai eu la grippe. On a l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. C’est un tourbillon. J’ai tout eu. En réanimation, ils m’appellent le miraculé. » S'ensuit une batterie d’examens, scanners et IRM, pour déterminer l'origine du problème.

Emmanuel avait une vie très active avant son opération. • Photo : E.N.

En attendant, l’ancien kiné sort de cette période avec de lourdes séquelles. « J'avais trois membres qui étaient paralysés. » Il faut alors passer de la réanimation au service rééducation du CHU Carémeau. Si aujourd’hui, il a retrouvé un peu l’usage de son bras gauche, les difficultés persistent : « J’arrive à tenir une bouteille d’eau ou mon portable mais je ne peux pas m’en servir pour manger et sur la jambe je n’ai rien récupéré. On arrive à la fin de la rééducation et je vois que je ne peux pas me tenir debout ou assis. » Le 2 mai, cela a fait un an qu’Emmanuel a été hospitalisé.

« Même les assurances m’ont planté »

Mais que s’est-il passé ? « Apparemment j'aurais attrapé une bactérie, peut-être lors de l'opération. » Le destin est parfois cruel, mais Emmanuel n’a pas de haine : « C’est la faute à pas de chance. Même si on trouvait le responsable et que l’on me donnait 20 millions d'euros, ça ne changerait pas ma vie. » Aujourd’hui il veut rentrer chez lui, mais c’est là qu’un autre enfer l’attend. Celui-là est administratif. « C’est un casse-tête incroyable. Tout prend un temps phénoménal. Du moment que vous avez un handicap, vous devez passer par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées, NDLR), qui aide à mettre nos maisons aux normes. Pour rentrer chez moi, il faut effectuer des travaux d’aménagement. On y est depuis le mois de septembre et ce n’est toujours pas réglé. Pour la caisse de retraite, je ne suis toujours pas considéré comme invalide, il faut attendre l’expert médical qui peut être nommé à Paris ou à Nancy et il faudra que je monte le voir. »

Emmanuel ne perçoit plus de salaire, mais juste les indemnités de la caisse de retraite, l’équivalent d’un smic. « Même les assurances m’ont planté. Ils n’ont pas considéré que je devais me faire opérer et ils m’ont laissé tomber. Le conseil de l’ordre des kinésithérapeutes, auquel je fais partie, qui a des aides exceptionnelles dans des cas exceptionnels, ne m’a pas suivi. Mais je n’avais pas le choix car le chirurgien m’a dit que si on continuait comme ça on aurait des gros problèmes. J’ai suivi son avis et j’ai bien fait parce qu'il m’a bien opéré. »

Une cagnotte en ligne qui compte plus de 26 000 €, 250 donneurs et 120 messages de soutien.

Heureusement, dans cette douloureuse épreuve, Emmanuel est bien entouré. D’abord par son épouse Stéphanie, qui a mis sa vie professionnelle de côté pour aider son mari : « Cela fait un an que je suis en pilote automatique. Nous sommes dans l’attente des expertises. Le monde du handicap, c’est une autre dimension. Personne ne nous aide. Je ne peux pas travailler, car j’essaye de nous sortir de cette situation. Rien n’est fait pour les aidants et tout prend des mois. » Stéphanie est un appui essentiel pour Emmanuel, qui en est conscient : « Les gens qui sont tout seuls, je ne sais pas comment ils font, certains doivent se suicider. Si mon épouse n’avait pas été présente, je ne serais plus là. »

Stéphanie et Emmanuel, un couple uni face à un destin cruel. • Photo : E.N

Puis il y a la famille, les amis et les anciens patients qui se sont mobilisés autour d’une cagnotte en ligne qui compte plus de 26 000 € avec près de 250 donneurs et 120 messages de soutien. « Je suis étonné de la générosité des gens, c’est incroyable. Ça me touche », constate l'intéressé. Toutes les aides sont importantes car se reconstruire sera onéreux : « Un fauteuil comme le mien ça coute 30 000 € pris en charge entièrement par la sécurité sociale. En revanche, tous les aménagements qui peuvent nous aider pour mettre un portable sur le fauteuil pour qu’il tienne, avoir un porte-gobelets, c’est à la charge du patient. Une voiture adaptée, c'est au moins 50 000 €, une chaise de douche 1 500 €... Le moindre objet pour le handicap vaut une fortune ».

« Aller aux Halles, faire les magasins dans Nîmes, aller au restaurant, mais aussi voyager »

Il faut désormais réaliser les travaux d'aménagement de son logement qui doit être adapté à son handicap. C’est le passage indispensable pour sortir de l'hôpital. Là encore les obstacles sont nombreux : « Pour les travaux, on a un reste à charge de 9 000 € que nous n’avons pas. Je n’en peux plus, il faut se battre pour tout », regrette Stéphanie. Emmanuel fait preuve d’un courage exceptionnel et il s’accroche pour retrouver une vie, différente de la précédente mais où il y a tout de même quelque chose à construire. À 61 ans, le Nîmois fourmille de projets.

« J’aimerais aller aux Halles, faire les magasins dans Nîmes, aller au restaurant, mais aussi voyager, aller dans les Cévennes ou au Grau-du-Roi, m’occuper de ma fille, de mes trois garçons et de ma petite-fille. J’ai hâte de rentrer chez moi, de retrouver mes chiens Idéfix et Suzy et de jardiner. Profiter de ma famille et revoir les amis ». Le chemin a été long et il est certainement encore semé d'embûches, mais il en faudrait beaucoup plus pour venir à bout de l’incroyable détermination d’Emmanuel.

« J'aimerais expliquer aux étudiants en médecine ce que c’est d’être un patient »

Le Nîmois aimerait aussi que cette terrible épreuve serve à quelque chose. « Je vais peut-être solliciter les écoles d’infirmières pour être patient témoin. J'aimerais expliquer aux étudiants en médecine ce que c’est d’être un patient. On subit beaucoup, on a mal, on a peur de mourir. Les premiers mois en réanimation sont terribles. La trachéotomie, c’est quelque chose d’angoissant. Vous êtes seul dans votre chambre, vous attendez pendant des heures que l’on vienne vous faire la toilette et s’occuper de vous. Il faut leur inculquer que ça ne coûte rien de dire bonjour, s’il vous plait, d’avoir un geste tendre et que ça fait du bien. Il faut humaniser l’hôpital. »

Après tout ce qu’il a subi, Emmanuel conserve son humour, son envie de vivre et il délivre un message positif, qui force l’admiration : « On va baisser les bras, il faut aller de l'avant. » Nul doute que l'ancien kiné nîmois va continuer à se reconstruire pour enfin reprofiter de la vie.

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Norman Jardin

Nîmes

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio