C’est fait, Vincent Bouget l’a emporté ! « La bataille fut rude, longue, mais belle, putain, on l’a fait ! » pouvait-on entendre au Prolé sur les coups de 19h30. On l’a fait.
Pour un colistier, « Oui, on l’a fait ! On a réalisé une campagne de vérité, nous sommes allés partout, nous avons essayé d’être honnêtes et sincères dans notre démarche. Nîmes avait besoin de solidarité, de cohésion. Nous allons nous raconter une belle histoire en commun et cette histoire restera dans le temps ! ? N’ayez pas peur, nous aimons tout le monde, nous ne sommes pas comme les autres. »
163 voix, l’ombre d’un doute, l’espace d’un trou de souris, l’interstice exploitable. Le vide quasi absolu. 163 personnes départageaient les deux premiers arrivés en tête du scrutin du premier tour des municipales 2026 à Nîmes. Julien Sanchez et sa liste RN Fiers d’être Nîmois devançait Vincent Bouget et ses camarades de Nîmes n commun.
« C’était chaud ! Je ne pensais pas qu’on verrait ça de notre vivant. Nous avions l’habitude de voir Fournier, ce soir, je n’ai aucune idée de qui sera mon maire et c’est bien la première fois ! » se surprend à dire Jeanne.
Son mari, André, est lui aussi surpris. « Ça va se jouer à dix voix… Je prends les paris ! »
Derrière lui, un absentéiste du premier tour lance, « En tout cas si ça change, c’est grâce à moi ! Je n’ai pas voulu voter au premier tour, honnêtement j’ai même un peu oublié mais me voilà. Habituellement je crois qu’on doit voter utile au premier tour c’est ça ? Moi ? Je vote utile quand je peux… »
Sur les coups de midi, les Nîmois avaient, en effet, pris la décision d’aller un peu plus aux urnes. Cinq points d mieux que la semaine dernière, c’est bien. Ces cinq points seront-ils encore visibles ce soir à 20h ? Sont-ce des points qui avaient anticipé les fortes pluies annoncées en fin de journée ?
« Non ! Je sens les gens plus décidés que dimanche dernier où plusieurs m’ont demandé ce qu’il se passait n ville… Aujourd’hui j’ai un peu blagué avec des électeurs et je les trouve plus impliqués. Ils connaissent les têtes de liste, leur parti politique mais ils doutent pour la liste de Droite et du Centre. Oui, ils se demandent si voter pour elle est utile au vu des embrouilles récentes. Par contre, ceux qui vote à Gauche ou le RN savent très bien ce qu’ils font ! » brosse un buraliste.
La liste Nîmes par-dessus tout, qui n’était pas donnée gagnante, peut-elle créer la surprise ? Est-ce que le RN va crever son plafond de verre nîmois ? Est-ce que la Gauche va revenir aux manettes ?
« La vie est faite de changements. J’aime l’alternance et même si j’avais pour habitude de voter Fournier, puis Proust au premier tour, cette fois j’ai changé et je ne me sens pas mal. Cette époque est révolue » songe le déçu d’un comptoir animé. Son voisin est lui aussi chamboulé par ce vote. « Pour la première fois j’ai voté car je me suis enfin senti représenté. Des trois candidats restants en lice, j’aurais honnêtement pu voter pour deux d’entre eux mais mon cœur m’a rappelé à mes amours de jeunesse. »
Les heures passent et la tension monte en même temps que les nuages noirs couvrent la cité. La pluie est annoncée pour la proclamation des résultats, à part les militants, et encore tout dépend de quelle équipe, personne ne s’aventurera en ville.
« On est en vigilance pluie et je n’ai pas envie d’assister à cette pantomime ! Qui des trois qui se retrouvera dans le fauteuil de maire mérite cette position ? Pour moi, aucun. Proust a fait n’importe quoi, une campagne condescendante à l’ancienne. Après la fusion des deux listes issues de la majorité, la campagne s’est arrêtée net. Il reste quoi, qui ? Un Julien Sanchez qui était maire RN à Beaucaire et qui veut faire briller son parti à Nîmes alors qu’il ne connaît pas la ville ? Un Vincent Bouget soutenu par une Gauche prête à tout pour gagner ? En tout cas, si à 22h le vainqueur marche sur la Mairie, je n’irais pas ! »
Nîmoises et Nîmois sont allés voter, au rendez-vous des urnes leurs voix devaient trancher entre trois possibilités. Avec une participation à la hausse, le partage des voix s’est éclairci. Des candidats sont confortés dans leur dynamique quand d’autres accusent le coup.
Pour certains, la nuit sera longue par la fête, pour d’autres courte par le questionnement. A-t-on fait le nécessaire ? Où s’est-on plantés ? Aurait-on dû démarrer plus tôt ? Ce point de programme a-t-il éloigné les électeurs et si oui pourquoi ? D’autres auront sans doute des remords, des regrets. Dans l’opposition, les messages politiques ont plus de mal à passer que via les réseaux d’une majorité établie et acceptée. C’est aujourd’hui dimanche, pas de roses blanches. Seront-elles rouges, bleues ou tricolore comme ?