Président de l’association des Avocats du Diable qui organise cette belle manifestation, Eddie Pons connaît mieux que quiconque ce Nîmois et le texte qui suit est le sien.
"Naître rue Vespasien, entre les maisons cossues des quais de la Fontaine et les villas de la Tour Magne, ne veut pas obligatoirement dire venir au jour une cuillère en argent dans la bouche. C'est le cas de Richard Hortiz, petit-fils d'un réfugié espagnol, peintre en bâtiment qui crée sa propre entreprise dans cette rue, au milieu des années 1960... Son terrain de jeu ? L’école, la rue, le mazet les week ends et... le terrain de rugby où il traîne ses culottes dès l’âge de six ans.
Après des études secondaires nîmoises et alors qu'il est en fac de sciences-éco à Aix-en-Provence, après une déception amoureuse, il s’engage pour deux ans dans l'armée. « J'ai fait comme Marius, dans Pagnol, le fils de César, je me suis embarqué vers les tropiques, un an en Martinique et un an en Guyane », dit-il en rigolant.
Ne souhaitant pas s’engager plus avant, et après avoir bourlingué quelques mois en Amérique latine, il revient à Nîmes ou sa famille l’attend de pied ferme : « Là, maman a dit stop ! Il faut que tu rentres. On arrête les vacances et tu viens travailler avec ton père qui a besoin d'un coup de main. » Il dirigera l'entreprise familiale pendant une dizaine d’années avant de se consacrer à ce qui fait une partie de son ADN, la transmission.
Un héritage de sa pratique rugbystique au sein du Rugby Club Nîmois : « Il n'y a pas plus humble comme sport. Tous les sports, tu joues en avant. Même la pétanque ou tu jettes les boules en avant ! Au rugby, tu dois commencer par jouer derrière pour aller de l'avant. »
Et là encore la transmission n'est jamais loin. Car si l'équipe professionnelle brille, le RCN « est un des seuls clubs au niveau national où le budget de la formation équivaut à celui de l'équipe première ». Un tournoi des quartiers est créé il y a une douzaine a années et des centaines de petits Nîmois y sont conviés à travers une opération aujourd’hui bâptisée « Viens jouer en bas de chez toi… », organisée avec le partenariat des bailleurs sociaux.
Il est ami depuis l'enfance avec le notaire aficionado Christian Chalvet et le banderillero retraité Maxime Ducasse, avec qui il se présentait alors devant les grilles côté palais de justice, dont les barreaux laissaient assez d'écartement pour pouvoir se glisser dans les Arènes sans payer. Une pratique largement usitée dans les années 1970. Son podium taurin ? D’abord, comme de nombreux Nîmois, « le combat de Nimeño Il contre le vent et les toros de Guardiolas, puis celui de Stéphane Fernandez Meca devant les Dolores Aguirre el enfin la faena d'Enrique Ponce face aux Samuel Flores. »
C’est à travers ses photographies taurines, mais pas seulement, que Richard a fait depuis quelques années irruption dans le milieu artistique. « À l'armée j'étais le photographe particulier du colonel, c'est là que j'ai appris à me familiariser avec les appareils photo. » Il renoue avec cette expérience et signe une première exposition à Nîmes, à la Salamandre, qui est une réussite. « À partir de là, j'ose ! »
Et il fait en sorte que d'autres aussi osent ! C’est ainsi qu'il est à l'initiative, avec son ami promoteur Romain Tissot, d'une aventure qui va transformer provisoirement un bâtiment qui abritait les locaux de la DDASS en un tiers-lieu culturel. « Quand je l'ai vu ça m'a fait l'impression d'un vaisseau. Et comme il y avait 3 800 m2 on l’a appelé Vaisseau 3 800. »
Démarrée timidement, cette opération connait rapidement un succès foudroyant qui va durer deux ans, durée prévue avant que les lieux ne retrouvent leur vocation commerciale.
« C’est un moment très riche et très fort dans ma vie car il m'a permis de rencontrer des gens que je n'aurai jamais rencontrés et surtout les voir, eux qui au début n'osaient pas, fiers de leur travail. » Une fierté du travail qu'il transmet aujourd'hui comme formateur, à la Maison des Compagnons."