Chez les pompiers, l’été est loin d’être synonyme de farniente. Chaque année, les troupes sont mobilisées et le rythme est d’autant plus intense avec le dérèglement climatique, qui augmente le risque d’incendie. Les feux de forêt s'ajoutent aux « risques courants » : feux industriels, d’appartement… Les moyens du SDIS du Gard (Service départemental d’incendie et de secours), un département qui connaît un afflux de touristes en été, sont éprouvés. « La première quinzaine de juillet, la situation a été très compliquée. Les pompiers ont été très sollicités, avec un nombre d’interventions multiplié par deux voire trois dans certaines casernes gardoises », relève le secrétaire Sud des pompiers, Mathieu Manetti.
« Une forte attente de l’opinion publique »
Ce jeudi, Mathieu Manetti s’est rendu à Paris pour prêter main-forte à ses camarades, mobilisés afin de réclamer davantage de moyens au ministre de l’Intérieur. « Le ministre Laurent Nuñez a interrompu ses vacances pour venir nous rencontrer. Il y a une forte attente des pompiers, mais aussi de l’opinion publique », relève le syndicaliste gardois. La rencontre, qui a duré plus d’une heure, a finalement accouché d’une souris : « Nous ressentons une forme de colère froide… Le 8 septembre, le ministre doit nous présenter un projet de loi et de modernisation de la sécurité civile », poursuit-il. Pour maintenir la pression, une nouvelle mobilisation est prévue du 26 au 29 septembre.
Pour Mathieu Manetti, la problématique est connue de tous. D’autant que le rapport du Beauvau de la Sécurité civile est terminé depuis des mois. Il y a d’abord l’argent, avec le financement du SDIS, nerf de la guerre : « Aujourd’hui, il manque une cinquantaine de pompiers professionnels dans le Gard. Le Conseil départemental a fait un effort avec un plan de recrutement de 10 pompiers par an pendant cinq ans. Seulement, avec les départs à la retraite, on a du mal à maintenir notre effectif de référence… » À ce manque de moyens humains s’ajoute le manque de matériel : « Nous avons de mauvaises cagoules quand on intervient sur des feux de forêt… De même que les masques FFP2 ne sont pas faits pour ça ! » Dans cette même veine : « Seulement quatre maladies professionnelles sont reconnues, contre une dizaine dans d’autres pays. »
Nouvelle mobilisation en septembre
Enfin, le syndicaliste Sud regrette : « Les pompiers sont devenus l’essuie-tout de la nation. Un essuie-tout, ça sert à tout… Les pompiers compensent le manque de moyens des autres services publics, comme l’ivresse sur la voie publique, qui doit normalement être gérée par la police, ou encore un ascenseur bloqué… Sans oublier les déserts médicaux qui ont également des conséquences sur nous. » En attendant d’obtenir plus de moyens de l’État, les pompiers restent mobilisés. Dans le Gard, « la situation est tendue à cause du manque de pluie. Mais le risque ici, c’est que s’il se met à pleuvoir, on peut vite basculer sur un épisode cévenol… ». Un autre risque auquel les pompiers gardois sont habitués, mais qui rappelle que, sur le terrain, les urgences ne prennent jamais de vacances.