Publié il y a 9 mois - Mise à jour le 30.07.2023 - Corentin Migoule - 5 min  - vu 1511 fois

QUE SONT-ILS DEVENUS ? Catherine Daufès-Roux, l'intérimaire qui en voulait encore

Catherine Daufès-Roux

Catherine Daufès-Roux dans son bureau du collège Léo-Larguier.

- Corentin Migoule

Battue dès le premier tour lors des dernières élections législatives sur la 5e circonscription du Gard après un an d'intérim, Catherine Daufès-Roux a repris sa vie de principale adjointe du collège Léo-Larguier, chez elle, à La Grand'Combe. Mais la macroniste ne manque pas de garder un œil acéré sur la politique locale, quitte à se montrer piquante envers ses anciens adversaires... 

Le dimanche 12 juin 2022, la nuit n'est pas encore tombée sur Alès quand la sentence tombe. Longtemps au coude-à-coude avec le candidat Rassemblement national Jean-Marie Launay lors du dépouillement, Catherine Daufès-Roux est évincée dès le premier tour des élections législatives par cet illustre inconnu qui perdra la semaine suivante contre l'Insoumis Michel Sala. Un coup dur pour la députée sortante de la 5e circonscription qui venait d'assurer un an d'intérim après la démission de celui dont elle était suppléante, Olivier Gaillard, élu maire de Sauve entre-temps et donc contraint de quitter l'Assemblée nationale en vertu de la loi sur le non-cumul des mandats.

Après une petite semaine de récupération, celle qui avait la sensation d'avoir bouclé une "grosse campagne de terrain" en écumant la plupart des communes de cette vaste circo' demande sa réintégration à l'Éducation nationale. "Le 22 juin 2022, je suis donc retournée au collège", rejoue la principale adjointe du collège Léo-Larguier de La Grand'Combe et ses 330 élèves. Lorsqu'elle nous reçoit fin juin dans le bureau qu'elle occupe au sein de l'établissement, la fin de l'année scolaire est imminente et rares sont les élèves qui garnissent les salles de classe. L'ambiance est guillerette et c'est de manière très détendue que la sexagénaire revient sur son "échec" de l'an passé. 

Catherine Daufès-Roux
Catherine Daufès-Roux dans son bureau du collège Léo-Larguier. • Corentin Migoule

"Ça ne fait jamais plaisir de perdre. Il a fallu se sevrer du rythme de la campagne qui s'est arrêtée tout d'un coup", enclenche la Grand'combienne, biberonnée aux valeurs de la Gauche. Et l'ex-socialiste, laquelle a rejoint le Centre par le biais du Modem au début des années 2010, avant d'adhérer au mouvement La République en Marche en octobre 2016, d'ajouter : "En 2017, Emmanuel Macron souhaitait des députés issus de la société civile. Mon profil correspondait parfaitement. Ça a été une expérience exceptionnelle. J'ai beaucoup aimé, autant l'Assemblée nationale que la 5e circonscription. J'aurais continué bien volontiers si les électeurs m'avaient confié le mandat, mais ainsi va la démocratie. Je n'ai pas de regrets. Je ne vois pas quelle autre étiquette j'aurais pu porter."

Car même si le courant Cazeneuve-Delga ne lui pose "aucun problème", elle restera "fidèle" à Emmanuel Macron "tant qu'il sera là". D'ailleurs, alors que la réforme des retraites a animé l'actualité sociale du premier semestre de l'année 2023, Catherine Daufès-Roux reste alignée avec la position du gouvernement. "Il y a très longtemps qu'on sait qu'il y a un problème démographique en France. Dans cinq ans ou dix ans, il y aura à nouveau du monde dans la rue car il faudra passer à 65 ans ou à 67 ans. Ça me paraît inéluctable. Ce n'est pas populaire, mais c'est aussi courageux", analyse-t-elle. Et de poursuivre en brandissant son cas précis : "Je n'ai pas envie de me retrouver comme les Portugais ou les Grecs avec une coupe sombre de 400 ou 500 euros de moins sur ma pension de retraite. Pourtant je suis touchée par cette réforme. J'ai pris neuf mois de plus ! Mais je préfère ça que de perdre 500 euros."

Toujours sur la réforme des retraites, la principale adjointe émet tout de même un bémol : "Ce qu'aurait pu faire Macron, à l'heure où les gens ont besoin de liberté, c'est de laisser la liberté aux gens de prendre leurs responsabilités en partant à l'âge qu'ils veulent avec la somme en conséquence." Derrière elle, dans son bureau, trône le tableau de Marianne affublé du triptyque républicain "Liberté, égalité, fraternité". La même version que celle du Président de la République, réalisée par l'artiste majeur du street art, Shepard Fairey, connu sous le pseudonyme "Obey". "Je suis ici en milieu hostile, avec beaucoup de profs LFI. Quand ils rentrent dans mon bureau ils voient ça", se marre l'ancienne députée. Sur sa lancée, la principale adjointe nous embarque en direction de la salle des professeurs où elle déniche aussitôt une pancarte sur laquelle Emmanuel Macron passe "à la moulinette" les Français pour servir "les ogres du profit". "Voilà le type de pancarte qu'on peut trouver ici", se contente-t-elle de commenter.

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Une pancarte dénichée en salle des professeurs. • Corentin Migoule

Depuis qu'elle a été battue en juin 2022, Catherine Daufès-Roux se complait dans ses fonctions de principale adjointe : "Je fais le suivi pédagogique des élèves, l'organisation de l'emploi du temps des profs et des élèves, la gestion du brevet. La mission est presque la même que celle d'un élu, c'est du service public. Je sers les élèves depuis que je suis dans l'Éducation nationale en 1984." Mais celle qui a eu 60 ans en avril dernier ne manque pas de garder un œil acéré sur l'actualité locale. "Ça m'intéresse et me passionne", confie l'ancienne élue. "Localement, quand j'ai vu que certaines personnes étaient contre la déviation de Saint-Christol, j'ai réagi sur les réseaux. Pareil pour le contournement de Nîmes ouest. C'est quand même dommage que nous n'ayons pas un député de la majorité présidentielle pour pousser le dossier", sert-elle en ramenant habilement le sujet des Législatives sur la table.

Avant de se montrer piquante à l'égard de ses anciens adversaires. À commencer par le jeune Nathan Casano, investi sur la 5e par le jeune parti "Allons enfants", lequel avait lui-même été corrosif avec elle tout au long de la campagne en raillant notamment son changement de bord. Ainsi, alors qu'elle venait de tomber quelques semaines plus tôt sur un article évoquant la déclaration d'inéligibilité de Nathan Casano pour une durée de trois ans par le Conseil constitutionnel pour un défaut de compte de campagne, Catherine Daufès-Roux lance : "Ce n'est pas le club de boules de Bessèges qu'on gère là !" Au cours de notre entretien estival, celui qui occupe le siège qu'elle aurait aimé conserver à l'Assemblée nationale en a aussi pris pour son grade. "Michel Sala ? Il est contre tout. Ce sont des gens qui ne construisent rien. Quand on voit l'attitude des députés LFI sur les retraites, c'est à pleurer. Je vois qu'il manifeste beaucoup. Il est payé 5 600 balles par mois pour aller manifester, tant mieux pour lui !", entame la Grand'combienne.

"Je me vois bien me réengager en politique"

Avant d'en remettre une couche : "Il fait beaucoup d'évènements hors circonscription. Il est allé à Villefort, à Vauvert, à Tricastin. Comme si la circo' n'était pas assez grande. Je pense qu'il fait passer les intérêts de LFI avant ceux de la circonscription." Électrice à Alès, Catherine Daufès-Roux assure avoir "toujours voté pour l'équipe de Roustan" car ce que propose l'opposition ne lui convient pas. Ce qui ne traduit en rien à ses yeux une supposée "droitisation" de ses idées. "Si je votais à La Grand'Combe, j'aurais toujours voté Mala' (*), mais je n'ai pas ma carte au PC pour autant. Même si je préfère mille fois le discours de Fabien Roussel à celui de Mélenchon", justifie la principale adjointe du "plus beau collège du Gard". Ce caractère bien trempé, la Grand'combienne avait eu l'occasion de le montrer lors de son court intérim en tant que députée. En mars 2022, alors qu'elle est en pleine campagne pour les Législatives et qu'elle parcourt les communes de la circonscription, Catherine Daufès-Roux se rend à Lasalle où elle reçoit un accueil pour le moins "hostile". Le lendemain, elle en fait le récit dans un billet d'humeur au vitriol publié sur ses réseaux sociaux (relire ici). 

Depuis, si elle semble épanouie dans la cité grand'combienne et dégage une sérénité certaine, Catherine Daufès-Roux entrevoit la perspective de la retraite avec de la suite dans les idées. Et son suivi assidu de la politique locale n'est pas tout à fait anodin... "Je me vois bien me réengager en politique", concède celle qui affiche sa volonté de participer à d'autres élections. Et de conclure, même si ça ne semble plus vraiment d'actualité : "S'il y avait une dissolution de l'Assemblée, je me tiens prête à repartir (sourire). Tout peut arriver !" Sauf des vacances avec Michel Sala...

(*) surnom de celui qui était maire de La Grand'Combe jusqu'en janvier dernier, Patrick Malavieille.

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