C’est une aventure qui s’est terminée avec des larmes, le 5 mars 2016. Ce soir-là, le Handball Cercle de Nîmes disputait le dernier match de son histoire. Une sortie triste mais avec panache puisque les joueuses entraînées par Christophe Chagnard s’offraient une ultime victoire face à Fleury-les-Aubrais. En proie à de gros soucis financiers, et avec un déficit avoisinant les 400 000 €, le club gardois déposait le bilan dans la foulée et la liquidation est prononcée un mois plus tard. Ainsi disparaissait le HBCN. Dix ans plus tard, Olivier Gébelin (dirigeant au début des années 1980, et président du club de 1991 à 2012) ne l'a pas digéré. C’est la gorge nouée qu’il évoque cet épisode : « On ne l’a pas vu venir et on n’a rien pu faire car c’était trop tard. La cicatrice n’est pas refermée », confesse celui qui avait laissé les rênes du club à Bertrand Roux quatre ans plus tôt.
Premier club féminin français à gagner une coupe d'Europe.
Avant cette issue fatale, ce sont surtout des larmes de joie que la HBCN a fait couler. Si le club n’a remporté aucun titre national, il a brillé sur la scène continentale en remportant la Challenge Cup en 2001 : Nîmes devenait le premier club féminin français à gagner une coupe d’Europe en battant Split en finale retour au Parnasse. La plus petite des coupes d'Europe, rétorquent certains. « Si c’était aussi facile, pourquoi personne ne l’a fait avant nous ? Et puis si ça avait été la plus grande des coupes d’Europe, nous n’aurions pas été plus heureux », répond Alain Portes, qui était l’entraîneur à cette époque (1995-2004). Entre 1998 et 2016, le HBC Nîmes dispute 61 rencontres européennes.
Souvent à l'est du continent, dans des pays qui constituaient l’URSS dans le passé. « Je me rappelle de la vodka que l’on buvait avec les Lithuaniens à une heure du matin. Ils n’avaient rien et ils nous ont tout donné. Dans les pays de l'Est, nous avons rencontré la misère. C'est une aventure humaine », se remémore Olivier Gébelin. Les voyages forment la jeunesse et ils forgent les liens dans un groupe. Alain Portes avait connu ces expériences étrangères du temps où il jouait à l’USAM de la grande époque et il savait ce que cela pouvait apporter à son groupe : « Lors d'un déplacement en Ukraine, les joueuses ont vu que c’était que l’Europe de l’Est de l’époque. Les autorités roumaines se faisaient prier pour nous laisser passer et je pense qu’elles attendaient un bakchich. Une expérience humaine incroyable et elles ne l’oublieront pas. »
« On a vécu des moments exceptionnels »
Ce qui restera également gravé, c’est l’édition 2009 de la Challenge Cup, là encore remportée par Nîmes face aux Allemandes de Thüringer. Un succès qui fait du HBNC le seul club féminin hexagonal à avoir gagné deux coupes d’Europe. Manuela Ilie débarque de Bouillargues en 1994 et elle devient une témoin privilégiée des grandes années de HBCN : « Le meilleur souvenir est la montée en D1 en 1997. C’est le commencement de toute l’aventure. Ce club m’a donné beaucoup et j’y suis resté fidèle au plus profond de mon âme. On a vécu des moments exceptionnels. C'était un club familial et qui pouvait compter sur ses bénévoles », souligne celle qui a gagné la coupe d’Europe en 2001 en tant qu’entraîneur-adjoint-joueuse et en 2009 comme coach principale.
Les fêtes d’après-match au bar « Les Trois Maures » sont nombreuses et les joueuses paradent avec leur coupe d’Europe sur un camion dans les arènes de Nîmes en 2001 puis sur un bus ouvert à la pégoulade de 2009. À chaque fois pendant la feria de Pentecôte et la communion avec le public est totale. En complément, les Nîmoises participent à quatre finales de la coupe de France (1999, 2003, 2011 et 2015) et à deux de la coupe de la Ligue (2010 et 2013) sans jamais soulever de trophée français. « Il a manqué quelques moyens, des aménagements et des meilleures conditions d’entraînement. C’était toujours la bataille pour avoir des horaires corrects pour s’entrainer. C’était dur et sur le terrain, on n’avait pas les moyens de faire mieux », analyse Alain Portes.
« On passait beaucoup de temps ensemble en dehors des matchs »
Le Handball Cercle de Nîmes, c’est aussi des joueuses internationales comme Camille Ayglon, Blandine Dancette, Chloé Bulleux, Laïsa Lerus, Christine Vamparys, Nathalie Macra et beaucoup d’autres Françaises ou étrangères. La Vendéenne Delphine Carrat a posé ses valises à Nîmes en 2006 pour ne plus en repartir : « Le HBCN, c’est des valeurs du sud, de la combativité et on était entraînés par des gens qui avaient du sang nîmois. On s’entendait toutes très bien. La concurrence était saine et chacun était à sa place. C’était un club à part. On passait beaucoup de temps ensemble en dehors des matchs. »
Avec les « Rouges » qui s’appelleront ensuite « Les Lionnes », Manuela Illie remporte le titre de meilleure entraîneure de D1F 2007-08, Lenka Kysucanova est sacrée meilleure buteuse du championnat 2010-11 et Mouna Chebbah meilleure joueuse et meilleure buteuse du championnat en 2014-15. Fondé en 1971, le Handball Cercle de Nîmes a disparu il y a 10 ans, mais son souvenir reste dans les mémoires de ses anciens membres. Alors ils se rappellent les belles choses en attendant que la cicatrice se referme.