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TUERIES DE TOULOUSE-MONTAUBAN : ENTRE PLEURS ET DIGNITÉ, LES DERNIERS ADIEUX AU CAPORAL ABEL CHENNOUF

Photo DR/S.Ma
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Sur la grande place de Manduel, ils étaient plus d’un millier à s’être réunis pour rendre un dernier hommage au Caporal Abel Chennouf, tué jeudi 15 mars, aux côtés de Mohamed Legouad, 24 ans, à Montauban, par Mohamed Merah, le meurtrier au scooter. Les visages graves sur lesquels quelques larmes ne pouvaient s’empêcher de couler, des amis, des élus mais aussi Paul Benguigui, président de la communauté juive du Gard, Abdallah Zekri, président de l’Observatoire contre l’islamophobie au sein du Conseil français du culte musulman et conseiller technique du recteur de la Grande mosquée de Paris, ainsi que des anonymes, roses blanches à la main, se sont glissés dans le cortège funèbre. Le silence a rythmé cette marche qui a filé le long du centre de Manduel, de la place de l’église au cimetière sous un ciel gris, comme les cœurs des proches du soldat qui est tombé à 25 ans, sous les balles d’un meurtrier qui se disait guidé par Al-Qaïda.

Dans la foule, quelques murmures viennent troubler le silence : « Abel est mort en héros » a-t-on pu entendre là, « C’est un drame national » par ici

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ou encore « Comment cela a-t-il pu arriver ? » À quelques minutes de rentrer dans la marche, Nicolas, Cédric et Vivien, trois amis proches du Caporal Abel Chennouf faisaient part de leur sentiment troublé par des larmes dans la voix. « J’ai appris la nouvelle sur Facebook, je n’ai pas voulu y croire, mais il a bien fallu et là je suis tombé de haut. Abel, c’était un homme généreux, sur qui ses amis pouvaient compter. C’était un homme plein de vie qui aimait faire la fête, lance Nicolas, bouleversé. Comme moi, ancien militaire, il est parti en mission en Afghanistan, il a survécu et il meurt à cause d’un fou. J’ai suivi les événements hier soir, jusqu’à ce midi et d’un côté je suis content que cet homme soit mort, ce n’est qu’un lâche, il est mort en lâche. Mais d’un autre côté, on est perturbé parce qu’on reste sans réponse à nos questions : pourquoi a-t-il fait ça et au nom de qui ? Tout ce que l’on sait, c’est que ses actes, la mort d’Abel, des deux autres militaires et puis de ces enfants et de leur père, sont impardonnables. »

Devant le cimetière de Manduel, les militaires du Gard et du 17e régiment du génie parachutiste accompagnés de la famille d’Abel Chennouf, avec en tête de cortège, ses parents et sa compagne, Caroline enceinte de 7 mois installée sur un fauteuil roulant, ont rendu hommage au jeune Caporal pour qui la Marseillaise a retenti, un dernier salut de soldats à soldat. Et puis, le jeune homme qui a grandi à Manduel a été inhumé en toute intimité, entouré de sa famille et de ses amis civiles et militaires. À la sortie du cimetière, la peine et la tristesse ont fini de marquer les visages qui ne cessent de fixer le sol.

« Très sincèrement j’adresse mes condoléances à la maman de l’assassin de mon fils. »

Albert Chennouf, le père du Caporal Abel Chennouf. Photo DR/S.Ma

Un seul homme regarde droit devant lui, digne mais on le comprend, très choqué :  Albert Chennouf, le papa du Caporal Abel Chennouf. Après ses adieux à son enfant, si tant est qu’un papa puisse dire adieux à son fils, Albert Chennouf est revenu sur le décès de l’homme qui a assassiné Abel Chennouf. « Ma réaction est forcément négative. J’aurais aimé qu’il reste en vie pour qu’il me dise pourquoi il a fait cela à mon fils et aux autres victimes. Ça nous déchire de ne pas savoir pourquoi, ni pour qui, de ne pas savoir ses projets. Mais j’en veux à personne. La police a fait son travail. Ils ont été patients, ils lui ont laissé plus de 30 heures pour se rendre, ils voulaient vraiment l’avoir vivant […] J’aurais aimé savoir qui était derrière lui. Je suis persuadé qu’il n’était pas tout seul, affirme Albert Chennouf. Je ne suis pas soulagé. Hier (mercredi 21 mars) j’étais soulagé parce que la police l’avait trouvé. Maintenant, il est mort […] Abel était notre bâton de vieillesse, il est mort au lendemain de mes 60 ans, il aimait m’embêter quand il y avait un match de l’OM » se souvient avec humour le papa d’Abel. « J’aurais aimé l’embêter moi aussi un peu plus longtemps. Mais il faut tenir le coup. » Reste maintenant à suivre le « deuxième volet » de cette histoire, la partie judiciaire, la famille du Caporal Chennouf s’étant portée partie civile. Mais avant de rentrer chez lui, de retrouver sa famille, Albert Chennouf a tenu à adresser un mot à la mère de Mohamed Merah, persuadé que le tueur au scooter appartenait à une organisation terroriste : « Cet homme (Mohamed Merah, Ndlr) c’est en quelque sorte un gamin qu’on a pris et a qui on a lavé le cerveau pour lui faire croire n’importe quoi. Très sincèrement, j’adresse un mes condoléances à la maman de l’assassin de mon fils. »

Rappelons que Mohamed Merah, 23 ans est mort ce matin, tué lors d’un assaut mené par les hommes du RAID après plus de 30 heures de cloisonnement dans son appartement à Toulouse. Avant de mourir, le jeune homme avait revendiqué être l’auteur les meurtres de Gabriel Sandler, 4 ans, Arieh Sandler, 5 ans, Jonathan Sandler, 30 ans, Myriam Monsonego 8 ans à Toulouse le lundi 19 mars, du Caporal Abel Chennouf, 25 ans et Mohamed Legouad, 24 ans à Montauban le jeudi 15 mars et Imad Ibn Ziaten, 30 ans, à Toulouse le 11 mars.

 

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