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QUARTIERS POPULAIRES. Pour Madani Marzuk : « Faire sans les habitants, c’est faire contre eux »

D.R/AMIS
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A travers une âpre critique des responsables politiques, le président de l'association AMIS veut alerter les pouvoirs publics sur les conditions de vie des habitants des quartiers populaires et l'absolue nécessité de prendre leurs avis en compte pour impulser le changement.

Le roseau plie, ne rompt pas mais peut s'étioler jusqu'à ce que son écorce devienne filandreuse… Cette métaphore illustre de loin le "sentiment de mépris ressenti par un certain nombre d'habitants des quartiers sensibles de Nîmes et du reste de la France, déçus par les promesses inaccomplies de quelques responsables politiques". Voilà en substance, ce qu'a exprimé Madani Marzuk, directeur de l'association AMIS (Ass. Mémoire en Images et Sons), invité à Paris le 30 juin par le ministre de la Ville François Lamy à l'occasion d'une conférence sur le thème : "Pouvoir d'Agir".

Ce lundi, un rapport doit être déposé sur la table du ministre par Mohamed Mechmech, président de l'association AC le feu, venu fouler à plusieurs reprises les terres gardoises afin de trouver des réponses face aux problématiques des quartiers populaires. Et si 2013 célèbre les 30 ans de La Marche Pour l'Egalité, "nous n'avons pas fait beaucoup de progrès (…) Trente ans après nous sommes encore en train de demander l'égalité des droits", vilipende Madani Marzuk.

Récupération politique. Emotif, peut-être trop devant la détresse de "familles isolées, de mères célibataires sombrant dans la précarité et de jeunes noyés dans le chômage", le responsable associatif dresse un constat alarmant des conditions de vie des quartiers de Pissevin, Valdegour, Mas de Mingue et du Chemin Bas. En cause : "l'immobilisme politique", ou plutôt "le clientélisme de certains responsables" qui "en dehors des périodes d'élections, ne font pas grand chose pour ces quartiers". La droite n'est pas plus à railler que la gauche : sous l'ère Clary, "la municipalité de gauche s'est appuyée sur le tissu associatif pour mieux le tuer", histoire de "conserver ses places, sa stature et ses prérogatives". Quant aux centres sociaux qui poussent comme des champignons "ce sont surtout des services municipaux", dirigés par "certains issus de nos quartiers, instrumentalisés par des responsables qui les ont rendus dépendants de la politique. (…) Ils semblent avoir oublié leurs convictions", se conformant sans doute à la norme des membres du secteur public lourd, difficilement mobile et extrêmement hiérarchisé… Des "récupérations politiques" semblables à celle d'SOS Racisme, vampirisé par le pouvoir mitterandien.

Mais la critique n'est-elle pas ici trop facile ? L'art semble plus difficile.  En 2001, certains habitants des quartiers ont franchi le pas en se lançant dans la bataille électorale à travers la liste "Citoyen à part entière". Après une défaite, certains ont rendu les armes, déçus, démotivés. "Beaucoup ne votent même plus", se désole Madani Marzuk, privant ainsi leur cause de la constitution d'un véritable rapport de force, leur supériorité numérique parlant d'elle-même.

Si certains responsables politiques sont à apostropher, gare à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain… La politique, avec un grand "P", a encore  une "véritable fonction". Reste à en définir les contours : "il faut aujourd'hui une véritable consultation des habitants sur leurs besoins. Comment peut-on faire les choses sans les gens ! Faire sans eux, c'est faire contre eux !", dénonce Madani Marzuk. Et d'ajouter : "Il faut s'appuyer sur les habitants du quartier pour réaliser des projets ! Nos mères ne sont pas bonnes qu'à faire des Tajines ou de la danse orientale, elles ont de vraies compétences ! Elles peuvent aider à l'éducation, à la cohésion du quartier". Si le manque de moyens est le leitmotiv de beaucoup de structures associatives, Madani Marzuk plaide plutôt pour une répartition différentes des moyens : "Aider, donner plus d'argent, ne sert à rien, il faut aider mieux en finançant des projets concrets et en regardant les résultats, chose qui n'est pas faite aujourd'hui".

D.R/AMIS
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Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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