Culture

ALÈS Festival ciné été : la radicalisation mise à nue

Extrait du film. Guy Ferrandis/DR
Extrait du film. Guy Ferrandis/DR

Ce mardi, le Festival ciné été d'Alès présente en avant-première un film aussi terrifiant que convaincant : "Le ciel attendra". Ce long-métrage met en lumière le parcours de deux  jeunes adolescentes : l'une en proie à la radicalisation, l'autre sur le chemin de la déradicalisation. Rencontre avec Marie-Castille Mention-Schaar, réalisatrice.

Objectif Gard : Après "Les héritiers", comment avez vous été amenée à travailler sur ce sujet ?

Marie-Castille Mention-Schaar : Depuis mon dernier film, je me posais beaucoup de questions, auxquelles je n'avais pas de réponses. En parallèle, j'ai lu des articles sur les filles qui partaient en Syrie. Je me demandais comment ça arrivait, je voulais en savoir plus. J'ai rencontré Dounia Bouzar - anthropologue et directrice du Centre de Prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI) - ainsi que des femmes dans cette situation. J'ai voulu faire partager ma réponse. Le tournage a débuté deux jours après les attentats du 13 novembre.

Comment avez-vous préparé le film avec elles ?

Je les ai écoutées. Je voulais que leur parole soit libre. J'assistais à toutes les séances avec les parents pour comprendre leur réflexion, leur fragilité, leur parcours. Ensuite, j'ai pris la sommes de cas réels pour créer mes personnages. C'est un puzzle de ce que j'ai entendu. Je me suis rendue compte qu'on pouvait s'en sortir.

De quelle manière ?

C'est un processus long. On fait un pas en avant, puis deux pas en arrière. Certaines semblent s'en être sorties, mais on ne sait jamais la suite. Dans le film, la parole de Dounia - dans son propre rôle - est refusée par l'adolescente qu'elle suit. Il faut l’intervention d'autres jeunes filles, ça fonctionne mieux que celle de l'adulte. L'objectif étant de reconnecter l'intellect à l'émotion, car la secte coupe le lien entre la tête et le cœur. Elles doivent reprendre possession d'elles-mêmes. Pour cela, l'amour et la présence des proches est essentielle.

Combien d'accompagnants comme Dounia exercent en France auprès des jeunes ?

Je l'ignore, je sais simplement qu'ils sont une dizaine au sein de sa structure.

C'est très peu...

Tout ça est très récent. J'ai assisté à des séances avec des éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Ils sont dépourvus d'outils et formés de manière express. Personne n'est préparé. La demande est immense, et petit à petit, les réponses arrivent. Ça prend du temps.

Le travail de Dounia Bouzar a récemment été remis en question, notamment sur ses résultats. Pourquoi l'avoir tout de même choisie ?

Les gens qui ont du caractère sont souvent controversés. Dounia montre une implication rare, au dépens de sa vie personnelle, j'ai simplement regardé la personne, pas les polémiques.

On dit souvent que ce sont les adolescents les plus fragiles qui se laissent enrôler, ce n'est pas vraiment le cas dans votre film.

A l'adolescence, les jeunes ont en train de se construire, souvent contre le système. Daesh l'a bien compris, et il communique avec des vidéos sur la théorie du complot et le rejet de la société de consommation. Tous nos enfants voient ces images, la force de communication de Daesh est phénoménale. Son discours est très intelligent. A leur âge, j'aurais pu écouter ces messages. J'ai beaucoup parlé à des psychologues qui suivent ces filles : il est plus difficile d'atteindre celles qui sont intégrées dans un groupe fort, mais pour les autres, n'importe qui peut-être touché.

Noémie Merlant et Sandrine Bonnaire. Guy Ferrandis/DR
Noémie Merlant et Sandrine Bonnaire. Guy Ferrandis/DR

Comment les préserver ?

Les parents doivent être alertés. Il faut se parler, s'écouter. Quand j'ai présenté le film, certaines mamans sont venues me voir avec leur ado, l'objet cinématographique leur avait permis de créer un dialogue, car il était plus concret que de simples mots.

Quel message souhaitez vous délivrer avec ce long-métrage ?

Je veux lutter contre les amalgames. Souvent, le réflexe des parents d'enfants radicalisés est de tout rejeter, même leur foi. Pourtant, c'est la seule chose qui leur reste. Dans les faits, il est difficile de savoir quand les jeunes filles sortent de la radicalisation, et qu'elles redeviennent simplement musulmanes.

Avez-vous montré le résultat final à celles qui sont suivies par le CPDSI ?

Oui, la projection a été passionnante. Une trentaine de filles étaient là avec les parents. Elles se sont reconnues et j'ai eu la confirmation qu'elle ne se sentaient ni trahies, ni caricaturées.

Propos recueillis par Eloïse Levesque

Pratique :

"Le ciel attendra", de Marie-Castille Mention-Schaar, avec Sandrine Bonnaire, Clotilde Courau, Zinedine Soualem, Yvan Attal...

Sortie en salles le 5 octobre 2016
Ce mardi 23 août en avant-première au Cinéplanet d'Alès à 19h, en présence de Marie-Castille Mention-Schaar

 

 

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Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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