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SAUVETERRE Des inquiétudes autour du projet de centrale photovoltaïque

Patrick Rieu est opposé au projet de centrale photovoltaïque sur le site de la combe boiteuse. Il craint que l'installation dégrade le lieu, impacte la faune et la flore et surtout, il ne comprend pas l'intérêt financier qu'y gagne la commune de Sauveterre. (Marie Meunier / Objectif Gard)

À Sauveterre, au bout du chemin du Roc trouca s'étend un plateau surplombant le Rhône et les communes alentours comme Roquemaure ou Châteauneuf-du-Pape. C'est le lieu qui a été choisi pour construire une centrale photovoltaïque en 2022 innovante et unique en France. L'étude faune et flore doit encore être réactualisée avant de valider le projet. Il avait fait l'objet de controverses durant la campagne municipale. Certains y sont fermement opposés comme Patrick Rieu, Sauveterrois depuis toujours et également ancien conseiller municipal qui a fait deux mandats dans la majorité avant de s'en écarter. 

Pour Patrick Rieu, ce projet est une hérésie. Pourtant, il l'assure : il n'a rien contre le photovoltaïque. Au contraire. "Il faut que ce soit bien fait. Sur les toits des bâtiments existants par exemple comme les écoles, le pôle culturel ou les parkings", cite-il. Il prend aussi exemple sur un autre projet photovoltaïque entre Sauveterre et Pujaut sur l'ancien site de l'usine Ashland : "Là, c'est bien car on remplace une ancienne usine, on ne détruit pas le paysage mais on l'améliore presque." Ce ne sera pas le cas de cette centrale qui s'étendra sur un plateau partagé entre le pâturage des brebis, les randonneurs, les chasseurs et même les cavaliers.

À cela, le maire de Sauveterre, Jacques Demanse répond qu'en parallèle de ce projet, se poursuit l'équipement des toits des bâtiments communaux en photovoltaïque. Puis il affirme : "Pour pouvoir au départ implanter du photovoltaïque sur une commune, il faut que les documents d’urbanisme l’y autorise. C’est ce qu’on a obtenu par les services de l’État dans le cadre du code de l’urbanisme et cette zone a été reconnue dégradée."

Une pollution du sol non visible ?

Dégradée. Le mot ne passe pas auprès de Patrick Rieu qui s'irrite d'entendre le maire parler de dépôts sauvages : "Où est la décharge?", questionne-t-il en désignant du doigt le paysage très propre. Au bout du plateau, seuls quelques blocs de béton sont déposés et "ça ne représente que 11% du terrain" circonscrit pour le projet, estime-t-il. Dans son compte-rendu de la première enquête publique qui s'était déroulée fin 2018, le commissaire-enquêteur stipulait d'ailleurs : "L’INAO (Institut national de l'origine et de la qualité) considère que le caractère « d’espace dégradé », qui rendrait les terrains retenus impropres à une mise en valeur agricole, n’apparaît pas probant sur l’ensemble du périmètre projeté."

Sur le site de la future centrale, on distingue quelques blocs de béton mais c'est dans l'ensemble très propre. Pour le maire, la pollution se trouverait dans le sol et n'est pas visible. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Le maire rétorque : "Ce n’était pas une obligation mais une préconisation. Les services de l’État nous ont donné raison car ils ont approuvé le PLU." Le projet a quand même été réduit passant de 10 à un peu plus de 8 hectares. Et même si le site semble idyllique en surface aujourd'hui, la pollution se trouverait dans le sol d'après Jacques Demanse qui décrit un tableau bien moins pittoresque : "Hydrocarbures, solvants et compagnie... Ça a été une décharge pendant des années, ça a pris feu, c’était un terrain de motocross…"

Patrick Rieu craint également qu'une fois les rangées de panneaux installées, "la faune et la flore disparaissent totalement." Toujours lors de cette première enquête publique, un avis plutôt défavorable avait été émis concernant l'emplacement de la centrale : "A priori, les terrains de la zone Npv (zone naturelle réservée à l'installation de parc photovoltaïque ndlr) du PLU ne sont pas adaptés à un tel projet et je recommande de maintenir ces terrains en l'état, voire de les valoriser pour des activités de randonnée, de chasse, de pacages et autres", a indiqué le commissaire-enquêteur.

Là encore, le maire se défend de "détruire la nature pour faire de l'électricité verte". L'étude faune et flore débutera en septembre pour une durée d'un an. Elle déterminera l'impact qu'aura le projet : "Si nous avons des espèces protégées sur le site, il faudra faire une compensation écologique. C’est-à-dire que vous réhabilitez le triple de surface de que vous prenez à la nature."

"L’objectif n’est pas financier, même si ce projet ne rapportait rien à la commune nous le maintiendrions"

De plus, il a été conclu avec la société Sun'R'Power que le bail de location du terrain s'étendrait sur 30 ans. Au bout de ce délai, la centrale photovoltaïque devra être démantelée aux frais de l'entreprise. Si ce n'est pas le cas, c'est la commune qui le fera en utilisant des fonds spéciaux compris dans le bail. En clair, elle n'aura pas à sortir un sou. Et le site reviendra à son état d'origine normalement.

Le lieu dit de Roc Trouca offre une magnifique vue sur le Rhône, Châteauneuf-du-Pape et Roquemaure, ce qui en fait un passage prisé des promeneurs. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Ce pan financier interroge d'ailleurs Patrick Rieu : qu'est-ce que ça rapporte à la commune ? Le parc implique donc l'engagement de la commune de Sauveterre pour 30 ans. Patrick Rieu estime que "la location rapporterait 2 300 €/l'hectare par an, dont les dix dernières années ne sont pas rémunérées. Pour ce projet de neuf hectares, si on fait le calcul, cela fait que la commune touchera entre 18 et 20 000 € par an." Des cacahuètes, a priori. "On va sacrifier ce paysage ancestral pour quelle vérité économique ?" pointe-t-il.

Dans l'enquête publique, la commune avait répondu : "L’objectif n’est pas financier, même si ce projet ne rapportait rien à la commune nous le maintiendrions. L’objectif est humain et écologique. Il répond aux objectifs de la loi sur la transition énergétique et à ceux de la COP 21. Nul ne peut ignorer le réchauffement et le dérèglement climatique avec ses conséquences climatiques : pertes humaines et matérielles considérables dans le Monde, l’Europe et la France."

Les Sauveterrois pourront acheter des parts à l'entreprise et bénéficier de pourcentages avantageux sur l'électricité

Il faut déjà bien noter que la ville de Sauveterre ne débourse pas un centime dans l'installation de la centrale. C'est l'entreprise qui s'implante en finançant 80% par les banques et 20% en apport personnel. "Dans l'apport personnel, la société va nous faire cadeau de 10% à la commune en revente électricité", assure le maire. Somme qui viendra s'ajouter à la location du terrain. Mais Jacques Demanse le répète : "La location de l’hectare, c’est pas ce qui rapporte à la collectivité. 50% sont encaissés par l’Agglo du Grand Avignon. La seule chose qui peut nous rapporter de l’argent, c’est les 10% de vente de l’électricité sur site. Je ne l’ai pas chiffré aujourd'hui car ce n’est pas l’objectif. Si maintenant, on dit qu'on ne fait pas parce que ça nous rapporte pas de pognon, ça veut dire que je ne m’occupe pas des générations futures."

L'édile ajoute : "Les 10% (sur les 20%) qui manquent de l'opération vont être ouverts aux Sauveterrois. Il y aura une réunion publique d’information où la société dira : "Vous pourrez acheter des parts dans la société et bénéficier de pourcentages intéressants sur l'électricité". C'était d'ailleurs la dernière interrogation de Patrick Rieu : quelle forme prendra la participation citoyenne au projet ?

L'étude d'impact (notamment sur le voisinage) a été passée. Il reste encore au moins un an avant la validation ou non de l'étude faune et flore. Après, le permis de construire pourra être déposé.

Marie Meunier

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