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FAIT DU JOUR Privé et public main dans la main face à la deuxième vague

Le service de réanimation du CHU de Nîmes (Photo : Romain Cura/ObjectifGard)

Avec des transferts de patients vers d'autres régions et le niveau maximal déclenché concernant la déprogrammation des opérations hors covid, le Gard fait partie des départements d'Occitanie où la hausse des hospitalisations liée à la covid-19 est la plus préoccupante. Pour lutter contre cette deuxième vague, les établissements publics et privés vont devoir de nouveau coopérer. 

"La situation est véritablement extrêmement grave", ne cache pas Pierre Ricordeau, directeur général de l’Agence régionale de santé de l’Occitanie. Même s’il ajoute que ce constat alarmant n’est pas seulement valable pour notre région, la situation est préoccupante. En un mois le virus a connu une accélération fulgurante sur notre région. Le nombre de nouvelles hospitalisations par semaine a été multiplié par 3,5 entre mi-septembre et mi-octobre (de 200 à 700). De 26 malades en réanimation au 1er septembre, on en recense 247 au 26 octobre pour un passage de 161 à 1 210 hospitalisations.

Pour ne rien arranger, le Gard fait partie des départements les plus touchés de l’Occitanie. Déjà en nombre de cas, qui a doublé en une semaine avec "une explosion ce week-end" pour reprendre la formule de Claude Rols, le délégué départemental de l’ARS, surtout chez les plus de 65 ans. On enregistre 214 hospitalisations dans notre département pour 44 personnes en réanimation. Et avant d’éviter de basculer complètement dans l’impasse, des mesures ont été prises ce mardi. "Notre stratégie est différente. On procède à des évacuations anticipées sans attendre que le système soit saturé", explique Pierre Ricordeau.

Une réflexion inverse à la première vague où les patients du Grand Est avaient été transférés une fois les services de réanimation débordés. Ainsi, six patients du CHU de Nîmes ont été répartis entre les CHU de Saint-Gaudens, Toulouse mais aussi trois cliniques de la Ville Rose. Quatre autres ont pris la direction de la Bretagne, région la moins touchée actuellement en France. Le choix des malades est effectué en fonction de deux critères : "il faut que la personne puisse être transportée sans risque, qu’elle soit suffisamment stabilisée et l’accord de la famille", précise le représentant régional de l’ARS.

Toutes les opérations non urgentes déprogrammées

D’autres transferts en petit nombre pourraient suivre mais concernant des patients non covid afin d’alléger le travail des services de réanimation. Outre ces déplacements, le Gard est pour le moment le seul département d’Occitanie concerné par le niveau quatre sur la déprogrammation des opérations hors covid. Cela signifie que les établissements publics reportent au maximum les interventions chirurgicales non urgentes pour libérer des lits. Ce niveau pourrait être étendu à d’autres territoires. La forte diffusion de l’épidémie n’épargne pas les Ehpad avec 116 clusters en cours d’investigation sur la région dont 41 en Haute-Garonne.

Un contexte difficile qui pousse donc à une coopération entre secteur privé et public. Si habituellement on compte 469 places de réanimation en Occitanie, la capacité a été augmentée à 551. Malgré cela le taux d’occupation est déjà de 90% donc l’ARS demande une mobilisation générale pour monter jusqu’à 800 voire 900 places. Cela se répercute localement. Avec l’ouverture de deux lits supplémentaires cette semaine, l’hôpital les Franciscaines de Nîmes a doublé sa capacité (10 lits). Ainsi, un premier patient en provenance du CHU de Nîmes est arrivé ce mercredi après-midi, ce qui n’avait pas été le cas lors de la première vague. Un deuxième est attendu dans la semaine.

De son côté, la Polyclinique Grand Sud attend les autorisations de l’ARS quant à la création de trois lits de réanimation. Des secteurs dédiés au covid-19 ont été mis en place dans ces établissements tout comme à la Polyclinique Kenval. Dans le privé aussi, une déprogrammation graduelle de l’activité opératoire est instaurée pour gagner en capacité. Une problématique commune de lits mais aussi de personnels. Concernant les Franciscaines, des renforts sont attendus en fin de semaine de la Clinique Jeanne d’Arc d’Arles.

Au CH d'Alès, on demande le soutien de la clinique Bonnefon (Photo Tony Duret / Objectif Gard)

Une coopération privé public visible aussi à Alès. "On travaille dans la même ville et on s’occupe du même bassin de population donc en période de crise, inévitablement on a des liens réguliers", commente la directrice adjointe par intérim du CH d’Alès. De huit initialement, le service de réanimation est passé à douze places. Et le renfort en personnel nécessaire pourrait venir de la clinique Bonnefon avec qui le contact a été établi hier. Une réunion entre les représentants des deux établissements est fortement espérée pour ce mercredi.

À Bagnols, "nous mettons du personnel à disposition pour la chirurgie ambulatoire, avec les déprogrammations nous récupérons le personnel paramédical", avance le directeur du centre hospitalier Jean-Philippe Sajus qui travaille main dans la main avec la clinique Lagaraud. "Sur les phases aigües nous sollicitions la clinique pour désengorger la médecine du centre hospitalier", poursuit-il concernant le moyen séjour s'appuyant aussi sur l'hôpital de Pont-Saint-Esprit. L'établissement bagnolais sollicite aussi la clinique des Angles pour du matériel de respiration et un soutien en médecins anesthésistes-réanimateurs, comme ce fut le cas au printemps dernier.

Un renforcement indispensable des mesures

Il faut dire que la situation dans la troisième ville du Gard est "beaucoup plus grave que la première fois", souligne le directeur de l’hôpital, qui a fait lundi soir une demande à l’ARS Occitanie pour rouvrir six lits de réanimation. Hier soir, 28 lits sur les 29 de l’unité covid du centre hospitalier de Bagnols étaient occupés. Et ce alors que "mercredi dernier il n’y en avait que huit", précise Jean-Philippe Sajus. Pour l'ARS Occitanie, la situation est encore tenable jusqu’à la mi-novembre mais elle devrait encore s'accentuer par la suite.
Pour Pierre Ricordeau, il est indispensable de prendre immédiatement des mesures plus dures pour avoir un effet d’ici trois semaines et "casser la courbe des entrées à l’hôpital". Des recommandations que le gouvernement devrait suivre après les conseils de défense nationale de ce mardi et celui prévu aujourd’hui qui devraient déboucher sur de nouvelles annonces du Président de la République Emmanuel Macron, ce soir à 20h. Avec comme scénarios évoqués : un renforcement du couvre-feu voire un reconfinement total mais moins strict qu’en mars. De nouvelles restrictions qui semblent inévitables pour lutter contre ce virus qui a déjà fait 140 victimes dans notre département depuis le 1er mars 2020.
Corentin Migoule, Thierry Allard et Corentin Corger

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