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FAIT DU SOIR Fermetures de classes : face à la menace, les parents d’élèves se mobilisent

Devant l'école de Bourdic, une vingtaine de parents d'élèves était mobilisée. (Marie Meunier / Objectif Gard)
Pour la deuxième fois cette semaine, les parents d’élèves de Bourdic ont bloqué l’école et le bus. Ils ne veulent pas qu’une classe soit fermée. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Depuis quelques jours, les parents d’élèves se mobilisent un peu partout dans le département face aux menaces de fermeture de classes à la rentrée de septembre 2022. En attendant que la nouvelle carte scolaire soit arrêtée, les manifestations, pétitions et blocages se multiplient. 

Hier, c’était Sernhac… Ce jeudi matin, c’est devant l’école élémentaire de Bourdic, une commune rurale d’environ 300 habitants de l’Uzège. C’est la deuxième fois cette semaine que les parents d’élèves campent devant l’établissement et bloquent le bus avant d’être dispersés par les gendarmes. Demain après-midi, une partie d’entre eux a rendez-vous à l’inspection académique pour exprimer leurs inquiétudes.

Une fermeture de classe, ça ne fait jamais plaisir. Mais dans le regroupement pédagogique Bourdic-Aubussargues, qui compte une quarantaine d’enfants, les conséquences pourraient être particulièrement retentissantes. Actuellement, trois classes sont réparties sur les deux communes. Avec cette fermeture, l’institutrice d’Aubussargues se retrouverait avec cinq niveaux allant de la petite section de maternelle au CE1 et l’institutrice de Bourdic avec trois niveaux (CE2, CM1, CM2). « Elle va se retrouver seule dans toute l’école, excentrée du village. Ça pose des questions de sécurité« , pointe Sandrine, maman de deux enfants en grande section et en CM1.

Même avec la meilleure volonté du monde, les parents ne voient pas comment il est possible pour un enseignant de gérer cinq niveaux à la fois, et craignent que leurs enfants aient des lacunes dans leur apprentissage. « Avec plus que deux classes, l’institutrice d’Aubussargues ne pourra plus accueillir les tout-petits de deux ans et demi. Les parents vont les scolariser ailleurs ou dans du privé et sûrement les laisser pour la suite de la scolarité« , raisonne Sandrine, qui craint que le regroupement scolaire se dépeuple petit à petit.

Une peur partagée par le maire de Bourdic, Christophe Gervais, qui lance franchement : « Si on ferme cette classe là, c’est la mort de l’école. Au-delà des chiffres, il y a le côté humain. Et humainement, je ne vois pas comment on peut faire. S’il n’y a pas d’Atsem, l’institutrice sera toute seule. Elle ne pourra même pas aller aux toilettes sans laisser sans surveillance les enfants. » Il y a trois semaines, les maires de Saint-Gervais et d’Aubussargues ont rencontré l’inspecteur d’académie pour soulever toutes ces problématiques et attendent les résultats de la commission qui se tiendra la semaine prochaine.

« On mène de gros efforts dans nos écoles : on achète des ordinateurs, installe des tableaux interactifs… Tout ça pour une fermeture de classe« , déplore Christophe Gervais. Ce dernier regrette aussi l’application deux poids deux mesures dans les différentes zones du Gard : en REP et REP+, les classes sont dédoublées à 12 enfants « alors que nous, on en a 15 et ce n’est pas assez« . Il manquerait 6 ou 7 enfants dans ce regroupement scolaire pour atteindre les effectifs requis. Une différence qui pourrait bien être comblée rapidement puisqu’un lotissement avec 14 maisons est en construction à Bourdic. Mais sera-t-il prêt pour la rentrée ? Pas sûr.

Marius, 8 ans : « Je vais perdre des copains »

Devant le groupe scolaire Georges-Brassens à Poulx. (Anthony Maurin/ Objectif Gard)

Son papa Maxime est moins philosophe : « Aujourd’hui, les classes sont bien équilibrées et je crains qu’elles soient surchargées dans un futur proche si cette fermeture s’avère réelle. Je suppose cependant que tout est calibré et que l’Académie sait ce qu’elle fait… ». Isabelle, la maman a signé la pétition, et avance : « Ce qui m’embête c’est surtout qu’avec plus d’élèves par classe, les jeunes seront moins concentrés, les profs perdront plus de temps, il y aura plus de bruits… Aujourd’hui, le climat est bon mais on a du mal à se projeter dans quelques chose de moins bien pour les enfants. »

Ce matin, des parents d’élèves de l’école Puech-Cabrier à Beaucaire se sont mobilisés pour réclamer l’ouverture d’une classe en CE2-CM1-CM2. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Autre mobilisation aujourd’hui à Beaucaire où trois écoles élémentaires La Condamine, La Moulinelle et Puech-Cabrier sont concernées par des fermetures de classe. Dans ce dernier établissement, si cette mesure liée aux niveaux CP-CE1 semble être acceptée, les parents d’élèves réclament toutefois l’ouverture d’une classe pour les CE2-CM1-CM2. Alors, une partie d’entre eux s’est retrouvée ce jeudi matin devant les grilles de l’entrée de l’école. Pétition en main, ils ont fait entendre leur colère concernant le rejet de leur demande par l’inspection académique dans le cadre des négociations pour la carte scolaire 2022. Si cette décision venait à être actée ce mardi 15 février, les effectifs dans les niveaux CE2-CM1-CM2 atteindraient les 28 élèves par classe. « Je me pose une seule question : est-ce que ces gens ont vraiment une connaissance du terrain ?« , lance Driss, papa d’un élève de CM2.

Sans ouverture d’une classe supplémentaire, les élèves devraient se retrouver à 28 par classe en CE2, CM1 et CM2. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Dans cette école classée REP+ et située dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, le sujet est sensible. « On nous parle de délinquance, de décrochage scolaire etc. Mais c’est dès maintenant que tout se joue. Je suis en colère. Ce décrochage qu’on encourage sert tous les extrêmes. Les parents ont un rôle important c’est certain, mais l’école aussi, il est même majeur pour l’avenir de nos enfants« , insiste Driss. En 2020, l’Éducation nationale avait décidé, au vu des effectifs grandissants, d’ouvrir une classe supplémentaire de CP et de basculer ces élèves en CE1 en 2021. « En 2022, l’effectif dans ces deux niveaux va diminuer et il a donc été naturellement convenu de fermer une classe liée à ces deux niveaux« , peut-on lire sur la pétition.

Une centaine de signatures collectées

Mais dans le même temps, ces élèves de CE1 vont basculer en CE2, ce qui explique la demande d’ouverture d’une classe. « D’autant qu’on ne prend pas en compte les primo-arrivants, ni les enfants des cirques qui viennent chaque année« , réagit Emmanuelle, une des mamans d’élèves mobilisées avec Nadia, Rafida, Hayet, Anne-Lise et Amel. Toutes s’inquiètent de la conséquence de cette surcharge des classes et des risques de décrochage « autant pour ceux qui sont en difficulté et dont le besoin d’encadrement est fort, que ceux qui ont des facilités et qu’il faut encourager à aller plus loin. » Et les mêmes de poursuivre : « Comment les élèves ULIS vont-ils s’en sortir ? » S’ajoute à cette interrogation, celle du contexte sanitaire. En une matinée, les parents d’élèves ont recueilli une centaine de signatures. Cette pétition sera envoyée dès demain à l’Inspection académique. Contacté par Objectif Gard, Philippe Maheu, directeur académique des services de l’Éducation nationale n’a pas répondu à nos sollicitations pour l’heure.

Stéphanie Marin, Anthony Maurin et Marie Meunier

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