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ALÈS L’inspectrice d’académie porte plainte contre lui, le directeur d’école contre-attaque

"Stop à la maltraitance institutionnelle" ont martelé les manifestants ce vendredi 20 mai. (Photo Corentin Migoule)
« Stop à la maltraitance institutionnelle » ont martelé les manifestants ce vendredi 20 mai. (Photo Corentin Migoule)

Peu après 17 heures ce vendredi, une cinquantaine de personnes s’est rassemblée devant la façade décrépie de l’inspection académique d’Alès. Une manifestation organisée en soutien d’un directeur d’école ayant fait le choix de quitter l’Éducation nationale après avoir été visé par une plainte d’une inspectrice.

« Stop à la maltraitance institutionnelle » ont affiché les manifestants réunis devant la façade décrépie de l’inspection académique d’Alès, rue Pasteur, ce vendredi après-midi. Un slogan qui fait écho à une affaire au caractère « inédit » à en croire le syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC (SNUipp).

En février 2021, Maxime Tatry, 44 ans, enseigne à l’école Louis-Leprince-Ringuet d’Alès depuis 16 ans lorsqu’il tente d’être recruté dans le cadre de la mise en place d’un dispositif visant à dédoubler les classes de grandes sections dans les quartiers classés « prioritaires », abandonné depuis. Celui qui est aussi directeur de l’école se soumet donc à un entretien d’une quinzaine de minutes en visioconférence.

Après quoi, le professeur des écoles est informé par sa hiérarchie qu’il a échoué et ne pourra plus enseigner dans sa classe de grande section. « Je n’ai pas compris pourquoi », commente l’intéressé, présent ce vendredi dans l’assistance. À l’époque, le dernier nommé est tout bonnement écarté de son poste au motif qu’il ne maîtrise pas suffisamment le contenu d’Eduscol, un site de ressources pédagogiques du ministère de l’Éducation nationale.

Auditionné pendant deux heures

Apprécié de ses élèves et de leurs parents qui font circuler une pétition demandant son maintien en fonction, l’Alésien l’est aussi de ses confrères qui se mobilisent alors en organisant deux rassemblements devant cette même inspection académique (mai et juin 2021) au cours desquels ils martèlent qu’« un entretien de 15 minutes ne peut prévaloir sur 16 ans d’expérience ». Maxime Tatry est également reçu par sa hiérarchie à l’occasion d’un nouvel entretien. Autant d’événements qui se sont, selon lui, déroulés sans heurt.

Arrivent les vacances scolaires. L’été passe. Et voilà la rentrée 2021/2022. Après avoir fait connaissance avec ses nouveaux élèves, le directeur de l’école du quartier de La Royale est tout surpris de voir débarquer en plein cours un officier de police judiciaire (OPJ), lequel l’informe qu’une plainte a été déposée à son encontre et lui remet une convocation le sommant de se rendre au commissariat. Auditionné pendant deux heures, le quadragénaire découvre le motif de la plainte déposée par l’inspectrice académique avec laquelle il a échangé quelques mois plus tôt : « harcèlement et outrages ». Des faits qui se seraient produits lors de la fameuse réunion printanière et des deux rassemblements.

Une reconversion en vue

« Si je m’étais réellement emporté, j’aurais été sanctionné », rejoue le protagoniste. Et d’ajouter : « D’ailleurs l’enquête a été rapidement bouclée et la plainte classée sans suite. » Jugée « infondée » par le dernier nommé, cette plainte a malgré tout laissé des traces dans son esprit. Plusieurs enseignants du bassin alésien considérant par ailleurs que cette « situation sans précédent porte gravement atteinte aux relations professionnelles qu’il doit y avoir entre les supérieurs hiérarchiques et les enseignants ».

Perçue comme « une tentative d’intimidation » par beaucoup d’entre eux, cette plainte a aussi généré une décision lourde de conséquences pour Maxime Tatry : « Je vais finir l’année scolaire mais je n’enseignerai plus à la rentrée de septembre. J’ai signé une rupture conventionnelle, acceptée par ma hiérarchie en avril dernier. C’était inéluctable, la communication étant rompue depuis plus d’un an. Je n’ai plus ma place dans ce métier que j’ai beaucoup aimé exercer. »

S’il dit avoir fait « le deuil », c’est le cœur lourd que l’Alésien quittera l’Éducation nationale après 17 ans de services. Alors qu’il mûrit actuellement sa réflexion quant à sa reconversion, Maxime Tatry, « pas du genre à se laisser faire », contre-attaque en portant plainte à son tour contre l’inspection académique. Ambiance.

Corentin Migoule

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