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SAINT-JEAN-DU-GARD Achat d’une ferme par la Légion : l’armée tente de rassurer le collectif d’opposants dans un courrier

La ferme de Bannières bas, au pied du col Saint-Pierre, appartient désormais au ministère des Armées (photo François Desmeures / Objectif Gard)
Au pied de la ferme de Bannière, à l’entrée de la montée du col Saint-Pierre, l’opposition de la vente à l’armée s’inscrit désormais sur la route (photo DR)

Parti le 8 juillet de l’état major de l’armée de terre, un courrier de l’armée vient répondre à une première missive du collectif Vallées cévenoles démilitarisées du 4 mai, adressée au colonel du 2e Régiment étranger d’infanterie de Nîmes. Entretemps, les opposants étaient venus manifester devant de le mas de l’agriculture, à Nîmes, et empêcher la tenue d’un comité technique, fin juin à Alès, qui devait entendre les premiers candidats pour les 5 hectares de terres agricoles de la ferme.

Mais surtout, le 7 juillet, l’acquisition a finalement été signée par le ministère des Armées. Si le courrier est bien parti le 8 juillet, il a mis plus de deux semaines à descendre à Saint-Jean-du-Gard. Le représentant de l’État-major chargé de formuler la réponse commence par souligner, dans le résumé qu’il fait du courrier reçu, un paradoxe. « Vous mentionnez notamment votre opposition catégorique au projet d’acquisition de la ferme de Bannière bas au profit de l’implantation de la Légion étrangère dans les Cévennes, tout en nous informant de votre ouverture à toutes discussions aux fins de préciser les véritables intentions du projet évoqué. »

« Le vote ne s’est pas porté vers le ministère des Armées »

« Alors que vous reprochez le manque d’information sur la nature du projet, poursuit le membre de l’état-major, je tiens à rappeler que le 2e REI s’est exprimé à, plusieurs reprises dans les médias et a spontanément, sans que cela soit demandé par quiconque, produit une plaquette explicative de son projet au profit des membres de la commission d’attribution de la Safer, durant laquelle le vote ne s’est pas porté vers le ministère des Armées. » Toujours dans son résumé des faits, le rédacteur de la missive rappelle deux réunions de concertation des 1er avril et 9 mai (relire ici), cette dernière ayant eu lieu en présence de membres du collectif d’opposants en plus de représentants des syndicats agricoles Confédération paysanne et Modef.

« Avec un souci constant de préservation de la ruralité, la prospection et l’acquisition d’une ferme au profit du 2e REI (…) a été réalisée en coordination permanente avec la Safer du Gard, qui a proposé à la vente la ferme de Bannière bas ». Concernant les terres agricoles, « il a été convenu, poursuit le courrier, que l’acte de vente porterait une clause relative à la signature d’un bail agricole avec un exploitant au plus tard un an après l’achat ». Un bail qui pourrait intervenir rapidement, « dans un souci d’anticipation », prétend l’armée.

« Alors que les armées et en particulier le 2e REI fréquentent régulièrement depuis de nombreuses années les chemins des Cévennes », l’état-major dit n’avoir reçu « aucune information sur un manque à gagner touristique ou sur du mécontentement exprimé par des commerçants ou des randonneurs. Bien au contraire, pour l’état-major, la présence de détachements à la ferme de Bannière bas contribuera à la sécurité locale et amènera sans aucun doute, un regain d’intérêt et des retombées économiques locales ». L’État-major promet ensuite que l’implantation « se fera en conformité avec de que prévoit le droit français, notamment pour ce qui touche au respect de la propriété privée et à la limitation des nuisances, dans un souci constant de construire des relations de voisinage cordiales ».

« Interdire tout usage de munitions sur le site considéré impliquerait des conséquences inacceptables pour les sociétés de chasse locales »

Si l’armée plaide sa cause, la suite est plus étonnante et vient partiellement contredire les engagements pris oralement face aux opposants, ainsi que le cahier des charges émis par la Safer. « Toute manoeuvre en terrain libre doit réglementairement faire l’objet bien en amont d’un avis de manoeuvre, à plus forte raison quand il y a utilisation de munitions d’exercice. » Une remarque surprenante, alors que la Légion s’était engagée, dans la concertation, à ne pas effectuer de tirs à blanc. La suite est donc tout aussi ambiguë : « Interdire tout usage de munitions sur le site considéré impliquerait des conséquences inacceptables pour les sociétés de chasse locales avec lesquelles les armées devront s’associer pour contribuer à la régulation du gibier ». Une mission qui n’avait encore jamais été évoquée par le 2e REI. Un 2e REI qui, selon l’État-major, « possède de réelles compétences et de savoir-faire dans la préservation et la valorisation de la biodiversité », en prenant l’exemple du camp des Garrigues, qui possède des zones Natura 2002… mais dont l’animation environnementale est assurée par le syndicat mixte des gorges du Gardon.

En conclusion, l’État-major précise tout de même que l’objectif « principal » de l’achat est « de mettre à disposition des cadres, légionnaires, civils et familles du 2e REI un site adapté à l’oxygénation et au ressourcement ». En conclusion, les militaires espèrent que ces arguments épistolaires « inciteront à accueillir chaleureusement le 2e REI à Saint-Jean-du-Gard et dans les vallées cévenoles ». Interrogé, mardi dernier en conseil municipal, sur la tenue, promise par la Légion étrangère, d’une réunion publique une fois la vente actée, le maire, Miechel Ruas, a dit qu’il n’avait pas encore été mis au courant d’une date.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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