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Publié il y a 1 mois - Mise à jour le 08.10.2022 - francois-desmeures - 5 min  - vu 1121 fois

SAINT-JEAN-DU-GARD Entre partisans et opposants, la Légion étrangère a voulu donner des garanties mais a laissé quelques questions

Clairsemée au début, l'assemblée s'est garnie en cours de réunion (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Promise dès l'intention d'achat de la ferme de Bannière par le ministère des armées, la réunion publique qui devait permettre à la légion étrangère d'expliquer son projet sur place a failli tourner court. Elle s'est finalement tenue mais chaque camp est resté sur ses convictions. 

La manifestation des opposants devait avoir lieu un quart d'heure avant la réunion. Elle s'est limitée à quelques pancartes accrochées aux balustrades extérieures de la salle Stevenson. Mais c'est à l'intérieur que les opposants - en plus grand nombre que les partisans, au milieu de rares curieux "non-alignés" - ont porté le pet face au commandant en second du 2e Régiment étranger d'infanterie (REI), le lieutenant-colonel Sébastien Guillot, et l'adjoint du général Ozanne qui commande la 6e Brigade légère blindée (dont le 2e REI fait partie), le lieutenant-colonel David Mazel.

"Pas de manoeuvres régulières ni de balles à blanc"

"Quand on arrive quelque part en tant que militaires, on se présente", entame Sébastien Guillot. "Salut, je m'appelle Jules !", hurle un opposant du fond de la salle, qui aura accueilli un peu plus de cent personnes au plus fort de la réunion. Le ton est donné. Après quelques interruptions, Sébastien Guillot tente de calmer l'assemblée, en proposant à ceux qui perturbent la réunion de sortir. "Ah non, c'est vous qui êtes passés en force !", s'énerve un autre participant. Avant qu'une vingtaine d'opposants, du fond de la salle, n'entonne des chansons anti-militaristes ou d'autres, plus directes, clamant "J'emmerde la patrie, j'emmerde les gendarmes, la flicaille et tout ce qui s'ensuit. J'emmerde la Safer qui vend toutes nos terres". "Je vous remercie pour les militaires que j'ai connus et qui sont morts au combat", exprime alors Sébastien Guillot, visiblement ému.

Dans sa tentative de présenter le 2e REI et ses missions, le lieutenant-colonel est interrompu, au bout de vingt minutes, par l'alarme incendie qui rend inaudible tout échange. Il avait alors entamé le sujet Bannière, sans doute pour atténuer les protestations de fond sur l'armée. Une ferme dédiée, donc, selon les militaires, "à un lieu d'instruction et d'aération et à disposer d'un lieu dédié aux familles et au profit de la condition du personnel". S'il évoque des activités sportives, le commandant en second du 2e REI s'empresse de préciser : "Il n'y aura pas de manoeuvres régulières, ni de balles à blanc". Les sirènes anti-incendie ont interrompu la séance.

Sans doute un élevage ovin ou bovin pour le bail agricole

Reprise cinq minutes plus tard, la réunion s'est orientée vers les questions. Le lieutenant-colonel Sébastien Guillot a confirmé que la Safer auditionne actuellement cinq candidats pour les 4 hectares de terres agricoles qui doivent faire l'objet d'un bail. Mais sans culture pérenne. Marie-Hélène Fayolle, de la Confédération paysanne, a alors dénoncé un mensonge de l'armée devant la commission d'attribution de la Safer, qui avait alors évoqué son intention d'adjoindre "un bail agricole à long terme" à l'achat, sans annoncer qu'elle refuserait des cultures pérennes. "La vocation de la ferme, telle qu'on l'a achetée, n'est pas agricole, a confirmé Sébastien Guillot. Le propriétaire doit pouvoir choisir ce qu'il aura sur son terrain." Si la Safer auditionne les projets, c'est bien l'armée qui choisira qui signera le bail. À demi-mot, le lieutenant-colonel a ensuite lissé entendre que la balance penchait sans doute vers un élevage "ovin, voire bovin". "Et puis, il me semble que la ferme a été à vendre pendant trois ans, renchérit David Mazel, mais personne ne l'a achetée." Une remarque qui provoque un tollé des opposants.

Les pancartes des opposants attachées avant le début de la réunion (photo François Desmeures / Objectif Gard)

"Notre besoin était cerné depuis longtemps, tente de reprendre Sébastien Guillot. Une ferme permet à des cadres et des légionnaires de s'oxygéner loin des chefs." Au passage, il a aussi expliqué pourquoi les deux fermes de Castillon-du-Gard et Vers-Pont-du-Gard avaient été abandonnées au début des années 90. "La faute à la guerre du golfe, nous n'avions plus assez de monde pour tenir la ferme." Répondant aux craintes sur les entraînements sur les chemins, potentiellement effrayants pour les randonneurs du chemin de Stevenson, notamment, la légion a affirmé que ces courses se feraient sans arme. "À Paris ou à Nîmes, on ne fait pas peur aux gens", a tenté David Mazel, recueillant des protestations quand les partisans de la légion, qui composaient les trois premiers rangs de la réunion publique, ont applaudi à tout rompre.

"Vous supprimez un gîte alors qu'on en a besoin"

"On a mis trente ans à obtenir une activité d'éco-tourisme qui vit, s'est plainte une riveraine de la ferme, Jeannine Bourrély, à propos des entraînements prévus dans les chemins de randonnée. Il suffit que vos entraînements passent trois ou quatre fois sur internet, et c'est foutu." Une thématique reprise par une autre riveraine, Claire-Lise Sommer, qui s'est inquiétée de la disparition des gîtes qu'exploitait le couple Boudet. "Vous supprimez un gîte alors qu'on en a besoin pour les randonneurs." "J'en suis désolé", a rétorqué Sébastien Guillot. Le lieutenant-colonel a également précisé que, pour tout entraînement extérieur, "les communes, la gendarmerie sont prévenues". Présent à la réunion au premier rang, le maire, Michel Ruas, s'est engagé à faire figurer les jours d'exercices sur le site internet de la commune. "Ceci étant, a ajouté l'élu, près de 400 familles sont venues il y a trois semaines et tous sont restés sur leur propriété. Et ce que je sais, c'est que c'est un privé qui a vendu à un privé." "La préemption, ça existe !", hurle une autre participante.

Environnement et rapport avec les sociétés de chasse ont également été abordés. Des préoccupations auxquelles Sébastien Guillot a répondu par l'humour : "Les nombreuses fois où je suis venu à la ferme depuis des mois, j'ai surtout entendu des fusils de chasse". Puis, par l'expertise civile, existante dans la collaboration, pour le territoire du Camp des garrigues aux portes de Nîmes, entre le 2e REI et le syndicat mixte des gorges du Gardon : "Un conseiller environnemental civil de la défense est passé à Bannière il y a trois semaines", Sébastien Guillot confiant ensuite qu'il s'était auto-saisi en sachant que le terrain est en zone Natura 2002, ce qui est aussi le cas des gorges du Gardon.

Pour achever une réunion relativement tendue, il fallait un point commun. Il fut offert par une dame d'un certain âge qui, au bout de près d'une heure et demie de réunion, s'est inquiétée pour les compagnes des militaires : "Les dames qui viendront avec leurs maris, elles ne vont pas dormir dans la tente tout de même ? Et quelles seront leurs activités ?" Deux remarques qui auront au moins eu le mérite de donner le sourire à toute la salle, quel que soit le bord. Le lieutenant-colonel Sébastien Guillot a conclu en invitant les riverains à la ferme, notamment lors d'un bivouac, tout en rassurant la dame sur le logement des compagnes de militaire...

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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