Publié il y a 57 min - Mise à jour le 23.05.2026 - Yannick Pons - 3 min  - vu 33 fois

CULTURE Des barbelés à la psychanalyse, la belle histoire de Malika Gherdis

milonga nicole johangten malika gherdis cartouche

Malika Gherdis à la librairie Goyard

- @Yannick Pons

Née dans le camp de harkis de Saint-Maurice-l’Ardoise, dans le Gard, avant de grandir en Normandie puis de revenir vivre à Nîmes, Malika Gherdis raconte dans Malika, l’histoire d’une psychanalyse un parcours traversé par la violence, la précarité et une grande souffrance. Au fil des rencontres, la conductrice de bus nîmoise devenue psychanalyste retrace le chemin qui l’a menée de l’effondrement à la reconstruction.

Longtemps, Malika Gherdis a vécu dans une douleur qu’elle décrit comme « innommable ». Une souffrance ancienne, enracinée dans une histoire familiale marquée dès la naissance par les camps de harkis. Aujourd’hui psychanalyste à Nîmes, elle publie Malika, l'histoire d’une psychanalyse aux éditions nîmoises Champ social. Un récit autobiographique dans lequel elle retrace son cheminement intérieur, sa reconstruction et le rôle décisif joué par la psychanalyse lacanienne.

Enfance derrière les barbelés

Née dans le camp de harkis de Saint-Maurice-l’Ardoise avant de grandir ensuite dans un foyer Sonacotra en Normandie, Malika Gherdis raconte dans son livre une vie traversée par les violences, les ruptures et une profonde souffrance psychique. Très tôt, elle quitte sa famille et rejoint Nîmes. Plus tard, elle se marie avec Nasser, dont elle aura quatre enfants, avant de repartir vivre plusieurs années en Normandie.

Dans les pages de son récit, elle décrit un quotidien marqué par les difficultés financières, le jeu, les crises de colère et une douleur intérieure qu’elle ne parvient pas encore à nommer. « Je criais, je tapais, je cassais », écrit-elle à propos de certaines scènes qui terrorisaient ses enfants. Peu à peu, elle comprend pourtant que quelque chose en elle doit être affronté. « Le problème était en moi », écrit-elle encore, évoquant cette période où tout semblait s’effondrer.

Retour à Nîmes

Après sa séparation, elle revient finalement dans le Sud avec ses quatre garçons. Le livre raconte ce retour difficile, puis les premiers pas vers une reconstruction. Elle décrit les appartements presque vides, les meubles récupérés via des organismes caritatifs, les crédits accordés par la CAF et cette vie reconstruite morceau par morceau.

À cette période, elle travaille dans les transports en commun avant de devenir conductrice de bus. Elle raconte aujourd’hui le contraste immense entre l’image qu’elle donnait et ce qu’elle vivait intérieurement. « J’arrivais avec mon sourire, mon énergie… puis je hurlais de souffrance au terminus », confie-t-elle durant une rencontre organisée autour du livre par la librairie Goyard (Nîmes).

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Malika Gherdis présente son livre à la librairie Goyard de Nîmes • @Yannick Pons

C’est aussi dans le bus qu’elle fait une rencontre déterminante. Marcelline, une retraitée passionnée de littérature, devient peu à peu une figure essentielle de son parcours. Dans son livre, Malika, qui a changé plusieurs fois de prénoms, raconte également sa peur des études. Sans baccalauréat, uniquement titulaire du BEPC, elle était persuadée que l’université n’était « pas faite pour elle ». Grâce au DAEU, diplôme d’accès aux études universitaires, elle reprend pourtant le chemin de la faculté à 38 ans.

Elle obtient d’abord une licence de lettres modernes, puis une licence de psychologie et enfin un master de psychanalyse. Elle évoque ces années passées à courir entre son travail, ses enfants et l’université. « J’arrivais, je garais le bus et je partais en courant à la fac », raconte-t-elle. Le jour où elle décroche son diplôme du DAEU avec une moyenne de 14,5, elle parle dans son livre d’« un véritable miracle ».

« Avant, c’était mourir. Aujourd’hui, c’est vivre plus, plus, plus »

À Nîmes, elle commence aussi à reprendre pied psychiquement. « C’est la psychanalyse d’orientation lacanienne qui m’a sauvée », écrit-elle dans son livre. Lors de ses échanges publics, elle revient longuement sur cette psychanalyse qui a changé sa vie. « C’était une souffrance innommable, tellement elle était d’une telle violence que je ne savais pas où elle avait pris sa racine », explique-t-elle. Face à cette douleur, elle commence un jour à écrire, presque instinctivement. Quelques pages d’abord, puis un véritable récit.

Aujourd’hui psychanalyste d’orientation lacanienne à Nîmes, elle affirme que cette analyse a profondément transformé sa vie et celle de ses enfants. « Avant, c’était mourir. Aujourd’hui, c’est vivre plus, plus, plus », résume-t-elle.

Le livre aborde aussi la question de son identité et de son prénom. Longtemps appelée Cécile dans les papiers officiels, elle porte désormais le prénom de Malika à l’état civil depuis deux ans. Là encore, elle préfère laisser le lecteur découvrir les raisons précises de ce changement au fil des pages.

Depuis sa sortie, les retours des lecteurs la marquent profondément. Certains lui écrivent qu’elle leur a « donné envie de vivre ». D’autres disent y avoir trouvé de l’espoir. « J’ai écrit ce livre pour dire aux gens que tout est toujours possible », explique-t-elle.

Malika, l’histoire d’une psychanalyse
Malika Gherdis
Éditions Champ social
186 pages
20 euros

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