Publié il y a 1 h - Mise à jour le 22.05.2026 - Rose Macauley - 3 min  - vu 138 fois

AU PALAIS Extorsion : ils se trompent de cible et piègent un élu gardois

Tribunal de Nîmes, Palais de Justice

Les faits ont eu lieu sur la place de la mairie de la commune de Rodilhan. 

- R.M.

Souhaitant piéger un homme qu’ils décrivent comme un pédophile, deux jeunes ont menacé un adjoint au maire de Rodilhan.

Une erreur de cible peut coûter cher. C’est ce qu’ont expérimenté Romane et Alexis, âgés entre 19 et 20 ans. L’un depuis le box et l’autre debout à la barre, ils comparaissent pour des faits d’extorsion et de tentative d’extorsion sur un adjoint au maire de la commune de Rodilhan. Après une après-midi d’échanges par le biais des réseaux sociaux entre Romane, prévenue pour complicité, et un homme lui proposant de l’argent pour avoir des relations sexuelles avec elle, les deux jeunes adultes auraient décidé de passer à l’acte, le 23 mars dernier. Une fois le rendez-vous fixé, ils se sont rendus sur la place de la mairie, prétendument pour « humilier » et « se venger » d’un homme qui a tenu des propos plus que dégradants à l’égard de la jeune Romane, qui s’est déjà, dans son adolescence, livrée à la prostitution.

Une fois sur les lieux, les deux prévenus sont tombés sur l’un des adjoints au maire, au volant de son véhicule. Pensant être face à l’interlocuteur virtuel de Romane, ils se sont lancés. Selon leurs dires en garde à vue, l’objectif est alors de se faire un peu d’argent. À l’audience, la version est différente : « On voulait le menacer pour lui faire comprendre qu’il ne faut pas faire ce genre de chose », explique Alexis. Le jeune homme a donc pénétré à l’intérieur de l’habitacle, bombe au poivre à la main. Profitant de la situation, il aurait alors demandé à la victime de lui remettre sa carte bleue et les espèces qu’il avait en sa possession. Selon la victime, le prévenu l’aurait également menacée avec un couteau. Sous le choc, l’élu a quitté le véhicule. Il a ensuite débuté une course-poursuite pédestre avec les deux jeunes, qui avaient emporté avec eux la sacoche professionnelle de la victime et 200 € en liquide.

Au mauvais endroit, au mauvais moment

Des soupçons se sont tout d’abord orientés vers l’élu, se trouvant sur le lieu d’un tel rendez-vous, avec des espèces en sa possession. Il a rapidement été blanchi, après consultation des caméras de vidéosurveillance de la ville. La réelle cible de ces faits a été identifiée. Arrivé sur le parking peu avant l’heure du rendez-vous, il a procédé à un retrait de 110 €, soit la somme convenue, avant de prendre la fuite à la vue d’un véhicule de gendarmes. Malgré tout, 110 € ont été retrouvés dans la coque du téléphone d’Alexis, lors de son interpellation dans la caravane occupée par Romane, sa petite amie. « J’ai vendu une machine de son, explique le prévenu. Je lui ai fait un virement et elle a retiré l’argent pour moi ». Tête baissée et voix calme, les deux prévenus semblent amèrement regretter leurs actes.

12 mois, dont 6 assortis d’un sursis probatoire pour l’une et le double pour l’autre. C’est ce qu’a requis le procureur de la République lors de son réquisitoire. « Ils cherchent à limiter leurs agissements, mais ils sont allés au bout de leur acte », lance le représentant du ministère public. « Il veut la sortir de la prostitution », dit maître Abdelgrini Merah, intervenant pour la défense d’Alexis. « Si la victime n’avait pas eu ce statut, je pense que les sûretés n’auraient pas été les mêmes », ajoute-t-il. Après deux gardes à vue, l’homme a été déféré, puis placé en détention « pour un vol de sacoche », conclut son conseil.

Malgré les quelques problèmes de santé des deux prévenus et leurs casiers judiciaires vierges, ils ont tous deux été déclarés coupables. Ils ont tout de même bénéficié d’une certaine clémence du tribunal, qui n’a pas suivi les réquisitions du parquet. Romane a été condamné à une peine de 12 mois de sursis probatoire. Alexis, impliqué dans des dimensions plus importantes, a été condamné à 24 mois d’emprisonnement, dont 18 assortis d’un sursis probatoire, le tribunal ayant estimé que sa « situation n’est pas suffisamment stable ». Concrètement, les 6 mois fermes vont être effectués en détention. Dans le cadre du sursis probatoire, ils ont tous deux l’obligation de se soigner, de travailler et d’indemniser la partie civile. 400 € vont lui être versés pour son préjudice moral et matériel cumulé, augmenté de 600 € pour couvrir ses frais d’avocats.

Abattu par la nouvelle, Alexis s’est assis précipitamment. Le visage entre les mains, il n’a pu dissimuler son effroi. Une douleur partagée par sa famille, assise au premier rang de la salle d’audience, la larme à l’œil.

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