Une ouverture de feria donne souvent le ton de la suite des événements. Les étagères sont chauffées par l’envie de triomphe et les pierres se rappellent les rumeurs antiques. Aujourd’hui, c’est corrida !
Les toros de Jean-Marie Raymond sont bien espagnols même si le ganadero est français. Élevés du côté de Séville avec du sang Domecq via Victoriano del Rio, Daniel Ruiz, Jandilla et Marquis de Domecq, ces bichos sont sortis sept fois en 2025. 34 toros lidiés, 36 oreilles coupées et une vuelta à titre posthume. Arrivés à Nîmes avec un déficit de poids d’une quarantaine de kilos, les toros ont tout de même repris force et moral au corral.
Un lot manquant de caste sans être inintéressant, des toros sans transmission mais qui n’étaient pas sosos, une belle présentation, un poil de faiblesse pour certains quand d’autres étaient plus violents que plaisants.
Miguel Angel Perera est un chef de lidia comme on aime les voir. Toujours à l’affût, plus que compétent et d’une exigence rare, il demeure un maestro froid au toreo parfois glacial mais toujours important. Perera a fait du pur Perera pour cette première sortie nîmoise. Pas d’effusion de joie, un style pur bien à lui, pas de tricherie. Il tombe sur un toro qui, parfois, se rappelle que c’est un toro bravo et qui envoie la tête comme un barricadier. Perera assure mais n’embarque pas les foules. Salut.
Second toro pour un Perera engagé et qui a vu d’emblée ce qu’il pouvait faire avec son opposant. Voilà déjà 22 ans que Perera vient à Nîmes toréer et la deuxième oreille de la course il va couper. Là encore, Perera ne se réinvente pas et propose un toreo de pouvoir mais qui n’étouffe pas son opposant. Par moments, quelques naturelles sortent du lot et les tendidos se remettent dans la course. Les Luquecinas de fin de faena n’apportent pas grand-chose et le toro qui manquait de race se reprend sur ses ultimes moments de vie. Oreille.
Deuxième à s’élancer, Paco Ureña. Si Perera est toujours honnête, Ureña aussi. Sincère même. Ureña transpire de vérité, sa vérité. Il a grandi à Lorca et a subi un accident taurin qui lui a ôté un œil. À Nîmes, il a toréé six courses et coupé autant d’oreilles en sortant une fois par la Porte des Consuls. Son premier toro sera vite remplacé après s’être blessé à l’antérieur droit. Avec le sobrero, du même fer, Palacio remet un peu de vie dans la lidia avec son quite et Ureña tire les passes lors d’une faena insipide, manquant de relief, de changement de rythme et d'option. Le toro n’aidant pas, les tendidos s’ennuient un chouïa, silence.
Avec son second Virgen Maria, Ureña poursuit son œuvre qui ne sera pas un chef-d'œuvre. Il est certain que le toro n’est pas commode mais il permet. Ureña, peu inspiré, remet une couche de séries propres mais fades et techniquement en dessous de ce qu’on lui connaît. Silence.
Aaron Palacio est déjà Nîmois même s’il est né à Biota (Saragosse). C’est ici qu’il a pris son alternative est qu’il est entré dans la cour des grands. Rappelons qu’il défilait au paseo avec Roca Rey et Pablo Aguado, de quoi trembler… Pourtant, il a coupé trois oreilles et est sorti par la Porte des Consuls ! Il doit rééditer l’impossible occurrence. Pas de chance ce soir mais le sorteo l’empêchera de triompher totalement même s’il coupera une oreille sur son premier. Palacio est le plus communicatif des trois maestros du jour, les étagères s’en rendent compte quand il se met à genoux, quand il prend le capote et qu’il fait passer et repasser le toro proche du corps, qu’il prend la muleta et qu’il entame sa faena dans le dos, le tout bien fait, sans fioritures ni exagération, sans vulgarité ni bassesse. Même si le toro est faible, il tient le coup et Palacio parvient à le comprendre et à se lier à lui. Oreille. Celle de la volonté pour Palacio.
Dernier toro en piste et dernière possibilité pour Palacio de sortir par la grande porte. C’est le silence qu’il écoutera à la fin de son ultime duel même s’il s’est présenté en porta gayola pour accueillie le beau toro de Virgen Maria. On ne pourra pas dire que le jeune se cache derrière les autres ! Il fait ce qu’il peut pour porter cette course à bout de bras et tenir le public en haleine. Hélas et contrairement à son premier, les deux protagonistes ne se trouvent pas. Silence et fin de la course avec un léger goût de déception.