Nous sommes le 1er mai 2025, et Didier Bilange, président de l’OAC depuis près de 15 ans, annonce avec son directeur sportif, Philippe Mallaroni, son départ et son retrait du club. Neuf jours plus tard, il s’explique longuement lors d’une conférence de presse, expliquant ne pas avoir eu assez de soutien du côté de la mairie pour acheter le stade et le rénover, mais aussi que "la communauté du club a trop compté sur Jubil Intérim (son entreprise, NDLR)", avant d’avouer, amer : "On peut vraiment se demander qui veut que le foot progresse à Alès ?"
Retour vers le futur
Depuis ce départ précipité, c’est Jean-Christophe Lafont, ancien vice-président, qui reprend les rênes du club et doit monter un dossier en urgence pour valider les comptes du club avant son passage devant la DNCG. "Didier avait déjà dit plusieurs fois qu’il partirait. Cette fois, il l’a fait et c’était assez soudain", explique-t-il. Un départ qu’il faut combler financièrement avec 700 000 € de coupe sèche dans les caisses. Le budget prévisionnel pour la saison 2024-2025 s’établit finalement autour de 900 000 €, avec un encadrement de la masse salariale, quasiment divisée par deux.
Du nouveau partout
Sur le terrain, les changements sont nombreux également. Si Hakim Malek, au début de l’année 2025, s’en va pour tenter de sauver Martigues de la relégation, c’est le directeur sportif Jean-Marie Pasqualetti qui reprend l’équipe le 30 janvier. L’ancien joueur d’Alès et du Nîmes Olympique commence par une défaite sur ses terres corses face à Gallia Lucciana, avant d’entamer une série exceptionnelle de neuf victoires et deux matchs nuls jusqu’à la fin de saison, assez pour finir sur le podium, mais trop loin pour rattraper le leader Rousset Sainte-Victoire (dix points de retard).
Les Olympiens entament donc une deuxième saison consécutive en National 3 et subissent de nombreux changements dans l’effectif : exit Mollo, Franco, Diarra, Maamouch, Kubota, Toiron, El Koubaiti, Missaoui, Fahrasmane, Dole, Baana Jaba, Hamek, Duvoux, Fari et Hamel ; bienvenue à Chaveriat, Fontaine, Maurin, Fournel, Bouraja, Peyrard, Larcier, Poleri et Coulibaly lors du mercato estival.
Avec pas moins de 15 départs pour 9 arrivées, c’était donc une année de transition et d’adaptation qui était attendue pour cet effectif largement rajeuni, avec une moyenne d’âge autour des 24 ans. Mais jeunesse ne veut pas dire manque de talent, et ça, l’équipe entraînée par Jean-Marie Pasqualetti l’a bien montré. Malgré l’absence de stage de préparation, l’équipe a pu se tester en amical face au Nîmes Olympique nouvelle génération devant un stade Pibarot très rempli (1-3), avant de gagner ses trois rencontres suivantes face au Grau-du-Roi (4-2), puis Aigues-Mortes (3-1) et Atlas Paillade (1-0).
Un début de saison canon
Rapidement, la jeune garde a montré en championnat qu’elle avait de l’appétit. Avec un premier déplacement face à la réserve de l’Olympique de Marseille et un succès décroché en toute fin de match sur deux buts des recrues Maurin et Bouraja (1-2), puis une victoire à l’extérieur contre Lyon-La Duchère (1-2), les Cévenols ont rapidement montré qu’il fallait compter sur eux pour la montée.
La première réception à domicile confirme cela, après ce match spectaculaire (2-2) face à Bourgoin-Jallieu, montrant que cette équipe est capable de rivaliser avec les favoris du championnat. Une série d’invincibilité en championnat qui se poursuit alors depuis la saison dernière et la prise de pouvoir de Jean-Marie Pasqualetti, avant de prendre fin au mois de décembre avec une surprenante défaite face au promu, l’ASPTT Dijon. Un coup d’arrêt après que les Olympiens ont enchaîné 20 matchs de championnat sans défaite, soit une période de 9 mois et 19 jours sans connaître le moindre revers.
Une sanction qui gâche tout
Mais c’est un autre événement qui marquera cette première partie de saison. Le 1ᵉʳ octobre, via un communiqué sur les réseaux sociaux, le club annonce avoir été sanctionné par la commission fédérale. En cause : l’Olympique d’Alès en Cévennes a été reconnu coupable d’avoir aligné plus de quatre joueurs mutés lors de deux rencontres en début de saison (OM II, Lyon-La Duchère), alors qu’une décision disciplinaire reçue en juin l’en empêchait.
Conséquence immédiate : perte des trois points glanés face à Marseille et des trois points pris contre Lyon-La Duchère, plus un point de pénalité par match. Soit huit points envolés au classement. Dans un communiqué, le président Jean-Christophe Lafont prend alors acte de la sanction, admettant "une erreur réelle, mais commise en toute bonne foi".
Un coup de massue pour l’équipe, alors invaincue, qui se retrouve éloignée au classement et déclarée perdante face à des adversaires directs pour la montée. Malgré la frustration, le président restait combatif : "Pour moi, il ne faut rien lâcher. On a une bonne équipe et il faut se battre pour montrer qu’on est plus forts malgré ça." Il insistait même sur le fait que les joueurs avaient mérité leurs victoires sur le terrain : "Il reste 22 matchs. Si on les gagne, on aura 68 points et on sera de nouveau premiers. Montrons à tout le monde qu’on mérite notre place."
La tête haute
Un mérite qu’ils ont continué de démontrer sur le terrain avec trois victoires consécutives malgré cette perte administrative, avant ce coup d’arrêt subi à Dijon (2-1). À ce moment-là, l’équipe de Jean-Marie Pasqualetti marque le pas et termine la phase aller par trois matchs sans victoire avec la réception de Fos-sur-Mer (1-1) et le déplacement à Lyon II (1-1).
Mais pour rompre cette mauvaise série, l’équipe va voir ses deux matchs suivants être reportés et ainsi bénéficier de deux semaines supplémentaires pour s’entraîner et corriger ses défauts. Une nouvelle qui s’est immédiatement traduite sur le terrain avec la réception de la réserve de Montpellier (3-1), avant d’enchaîner avec un succès ultra-précieux sur la pelouse du leader Bourgoin-Jallieu (1-2).
Des succès qui en amèneront d’autres face à Seyssinet (3-1) et contre Riviera (1-4), rapprochant les Alésiens à seulement deux points de La Duchère, alors en tête de la poule à la 17e journée.
Mais à cause de ces deux matchs reportés, l’équipe va subir un changement de calendrier et enchaîner, en moins de deux mois, neuf rencontres sans semaine de repos, un fait assez rare à ce niveau de compétition. Une fatigue qui va se faire ressentir au bout du cinquième match, dans une rencontre où Alès pouvait alors prendre la tête du championnat en recevant les Lyonnais de La Duchère.
Malgré une ouverture du score de Fournel (19e), les Olympiens vont craquer deux fois face à Boussaïd (66e, 86e) et perdre gros ce jour-là.
Des absences qui se font remarquer
Une défaite qui verra l’OAC marquer le pas avec l’enchaînement des matchs et l’absence de joueurs cadres, comme le capitaine Jeffrey Assoumin, blessé à la cuisse après le match à Bourgoin. Le leader aura manqué à son équipe sur toute la fin de saison, même s’il fut suppléé par Théo Peyrard pendant quelques rencontres. Le milieu de terrain de formation a seulement pu dépanner.
Il aura fallu attendre le retour de blessure de Makan Traoré (double fracture de la mâchoire en septembre), absent durant cinq mois, pour combler le poste d’arrière gauche et permettre à Tom Larcier, recrue nîmoise, de passer sur le côté droit lors de cette deuxième partie de saison.
Autre grand absent de cette phase retour, l’avant-centre Evan Paulet aura manqué à cette équipe en manque d’efficacité offensive pendant quatre rencontres consécutives. Blessé au pied depuis fin février, le buteur originaire d’Aubagne n’aura pas vraiment pu obtenir le temps de jeu qu’il espérait cette saison et termine l’exercice avec trois buts en 132 minutes de temps de jeu (12 matchs), soit un but toutes les 44 minutes.
Un problème à domicile ?
Avec tous ces changements et ces absences, Alès va connaître sa première défaite à domicile face aux Lyonnais, puis chuter à nouveau contre le promu corse Gallia Lucciana (1-2) à la maison. Deux défaites qui vont empirer lors du déplacement à Cannet-Rocheville, qui profite en fin de match d’erreurs défensives et d’une équipe en plein doute, terminant pour la première fois de la saison un match sans inscrire le moindre but.
Un choc pour la meilleure attaque du championnat qui, malgré les neuf et sept buts de Rayane Ekra et Maxence Fournel à ce moment-là de la saison, n’arrive plus à trouver la faille offensivement. Un constat avoué par le coach Jean-Marie Pasqualetti : « Les petits détails ne sont pas en notre faveur en ce moment. Surtout, il ne faut pas penser que ce soit une fatalité. Au contraire, on peut toujours agir. On va essayer de le faire, d’agir contre Beaucaire pour avoir un résultat différent. »
Quoi de mieux alors pour les Olympiens que d’arrêter cette spirale négative en recevant le Stade Beaucairois pour un derby gardois ? Un scénario à l’aller qui avait plutôt bien tourné pour les Alésiens, vainqueurs sur un large score (0-3), face à une équipe de Beaucaire encore en plein doute pour se sauver. Mais avec deux équipes en manque de confiance, ce sont finalement les défenses qui ont pu se rassurer avec un clean sheet de chaque côté et un match nul qui n’arrangeait personne (0-0).
Un score historique
Grâce à ce résultat, les Olympiens mettent surtout fin à une série de dix matchs consécutifs en encaissant au minimum un but, signant ainsi leur premier clean sheet de l’année civile. Pour conclure cette longue série de neuf matchs consécutifs, les Cévenols se déplaçaient à Carnoux pour ce qui s’est révélé être un match record dans l’histoire du club.
Face à une équipe provençale extrêmement remaniée, avec pratiquement uniquement des U19 à cause des problèmes financiers de l’équipe première, les Alésiens vont se relancer et cartonner les minots.
Vainqueurs sur la pelouse de Carnoux sur le score fleuve de 0-8, soit le plus large succès de leur histoire en compétition officielle, les Cévenols battent ainsi le précédent record établi face à Béziers (7-1) lors d’un match de N3 en 2020.
Une victoire historique qui met fin à une série très négative et qui relance totalement les Bleus et Blancs dans la course au titre, avec malgré tout encore sept points de retard sur Fos-sur-Mer à cinq journées de la fin. Mais grâce à ce succès et à une semaine de repos bénéfique pour les organismes, les Alésiens vont démontrer qu’ils sont sportivement la meilleure équipe de la poule.
Une fin de saison folle
En prenant d’abord leur revanche sur Dijon, premier tombeur d’Alès lors de la phase aller, sur un doublé du duo inséparable du Puy-en-Velay, Fournel-Maurin (2-0), les Cévenols se remettent en jambes.
Avant de se déplacer chez les Foséens, qui venaient de perdre leur place de leader et représentaient le dernier gros défi de cette fin de saison pour les Alésiens face à un membre du top 5 de la poule.
Un match qu’ils vont prendre avec le sérieux qu’on leur connaît, en rentrant à la mi-temps avec deux buts d’avance, avant d’enfoncer le clou en deuxième période (0-3, Ekra, 12e but de la saison). Mais cette jeune équipe a prouvé qu’elle pouvait parfois se montrer suffisante.
Alors que le plus dur était fait, les Olympiens vont voir revenir leur adversaire en fin de match, encaissant deux buts en dix minutes (74ᵉ, 84ᵉ), et se faire peur jusqu’au bout, avant qu’Hamza Bouraja ne délivre les siens sur un penalty obtenu par Enzo Fontaine (96ᵉ, 2-4).
Un scénario renversant qui aura mis le mental de l’équipe alésienne à rude épreuve. « Dans l’état d’esprit, on a su ne pas s’énerver et rester patients. On est complètement dans ce qu’il faudra remettre en place sur les trois matchs qui restent », détaillait alors Jean-Marie Pasqualetti quelques jours après la rencontre.
La meilleure attaque du championnat
Ce succès précieux sur la pelouse de Fos-sur-Mer relance encore un peu plus le suspense au classement. Vainqueurs face à un adversaire direct pour la montée, les Cévenols vont grappiller une place (4e) et poursuivre cette belle série face à la réserve lyonnaise avec un Maxence Fournel totalement retrouvé, double buteur et auteur d’une passe décisive (3-0).
L’ex-buteur d’Espaly, qui avait inscrit un but contre le Paris Saint-Germain en seizième de finale de Coupe de France, s’est montré essentiel dans cette équipe. Dans un style comparable à celui d’Olivier Giroud en équipe de France, l’avant-centre ne rechigne jamais aux efforts, joue principalement de son corps avec les adversaires et peut parfois se montrer maladroit devant le but. Mais il pèse énormément sur les défenses, au point de les pousser à la faute et de faire briller ses partenaires. Il termine d’ailleurs sa saison avec dix buts et cinq passes décisives.
Du suspense jusqu’au bout
Impérial et spécialiste des fins de saison en trombe, l’OAC va terminer avec cinq victoires consécutives et des résultats probants, notamment sur la pelouse du MHSC II, où près d’une centaine de supporters alésiens feront le déplacement à Montpellier (0-3).
C’est finalement avec encore un mince espoir de terminer premier de sa poule que les Cévenols accueillent la réserve de l’OM pour l'ultime match de la saison dans un stade Pierre-Pibarot endiablé où près de 1 000 supporters se retrouvent, alors que la ville accueille sa traditionnelle feria de l’Ascension.
Face aux minots marseillais, le scénario est simple : Alès (3ᵉ, 47 pts) doit gagner, tandis que La Duchère (1ʳᵉ, 49 pts) doit perdre et que, dans le même temps, Fos-sur-Mer (2ᵉ, 48 pts) ne doit pas gagner sur la pelouse de Seyssinet, déjà relégué.
Un scénario qui donnait peu d’espoir aux Cévenols et qui s’est avéré véridique puisque, malgré sa victoire (2-0), Alès verra également ses concurrents s’imposer.
Un scénario cruel pour cette équipe qui s’est révélée être la meilleure de la poule sportivement, avec 18 victoires et 4 défaites, mais qui s’est perdue administrativement. Deux erreurs stupides de la direction, ayant coûté à cette équipe pleine d’ambition et à ce groupe volontaire une montée méritée à tous les points de vue.
Une vision partagée par leur coach, Jean-Marie Pasqualetti : « Je crois qu’aujourd’hui on est la meilleure équipe du championnat. Je tiens à remercier ces garçons, ils ont été extraordinaires toute l’année. Maintenant, il faut digérer l’année qu’on vient de réaliser, puis pour le futur, on verra tranquillement quand on aura les informations », s’est confié l’entraîneur après le dernier match de la saison.
Et si quelques départs sont déjà actés, comme celui de Rayane Ekra du côté de Valenciennes (Ligue 3), d’autres seront difficiles à retenir vu leurs belles prestations. Mais une chose est sûre : cette équipe extrêmement séduisante et ce groupe encore très jeune ne voudront pas en rester là la saison prochaine, et la montée à l’échelon supérieur sera l’objectif principal de l’effectif 2026-2027.