À 11h, les premières passes s'engagent. Sur la barque bleue, les rameurs ne s'arrêtent presque jamais. Chapeau bas, certains n'ont même pas de casquette. Reculer. Relancer. Replacer le bateau. Puis recommencer. Sous un soleil de plomb, les rames replongent sans cesse dans l'eau. À la barre, Paul Gros surveille le plan d'eau. Le pêcheur graulen connaît chaque recoin du canal et guide son équipage d'un geste, d'un mot. Sur les quais bondés, les derniers retardataires cherchent encore une place.
Une silhouette bien connue
Au milieu du tournoi, une silhouette familière attire davantage les regards. Charly Crespe retrouve la lance plusieurs années après son passage à l'école de joutes. Le maire n'est pas parmi les officiels positionnés à l'ombre sur l'estrade. Il est sur l'eau, aux côtés de son adjoint David Papy. Vendredi soir, devant les pêcheurs et les familles réunis sur le môle, Charly Crespe avait annoncé qu'il participerait aux joutes. Samedi matin, il a tenu parole.
La matinée avait commencé au Bar des Pêcheurs. Après une imposante fougasse d'Aigues-Mortes engloutie sur la terrasse, les jouteurs ont traversé le centre-ville derrière la peña Del Fuego avant de rejoindre le quai Colbert.
Les très jeunes ont ouvert le bal. Sacha Bas s'impose chez les tout-petits, Joseph Gros chez les pupilles, Tanit Alcacer chez les juniors. Puis vient le tournoi principal. La foule se presse le long du canal.
D'autres grimpent sur le pont tournant. Sur les quais bondés, les derniers retardataires cherchent encore une place. Depuis les quais, les terrasses, les bateaux amarrés, les regards suivent les affrontements, ou sur la structure métallique du pont tournant, des centaines de personnes se sont installées, les yeux rivés sur le plan d’eau. Chez les lourds, les pêcheurs se distinguent. Le premier prix revient ex aequo à Mickaël Gatt et Thomas Roche.
Après les joutes, direction le pont tournant. L'abrivado des manades Saint-Louis, Tommy, Milla et Jullian déboule dans le centre-ville, depuis le port de pêche. Un cheval et sa cavalière chutent sur l'ouvrage protégé par des tapis. Plus de peur que de mal. Un taureau a réussi à sortir et accompagne les gardians vers les arènes. Le public s'y retrouve ensuite pour le rodéo camarguais avant de gagner le front de mer, le bal puis le feu d'artifice.
La veille, la Saint-Pierre avait débuté par le tournoi sur chariots remporté par le jeune Sacha, avant l'hommage aux pêcheurs disparus en mer et la bénédiction des bateaux. Dimanche, la fête prendra la direction de la mer. Procession depuis l'église Saint-Pierre, messe en plein air puis sortie des embarcations dans le chenal. Le moment que beaucoup de Graulens attendent toute l'année.