Samuel Hervé, président du Medef Occitanie, a d'abord rappelé que son organisation ne compte aucun adhérent direct. Elle fédère 14 Medef territoriaux et 25 fédérations professionnelles, pour un budget annuel d'1,1 million d'euros, dont plus de la moitié est reversée aux territoires. L'objectif affiché est clair : éviter que les Medef de taille plus modeste ne disposent de moins de moyens que les grandes métropoles. "L'enjeu, c'est qu'il n'y ait pas de trous dans la raquette. Pour que la marque Medef soit forte, il faut qu'elle soit forte partout."
Le Medef Occitanie, courroie de transmission entre les territoires
Concrètement, le Medef Occitanie apporte un appui en back-office aux structures locales, communication, animation des réseaux sociaux, mais aussi coordination des élus mandatés dans les organismes consulaires, les caisses de sécurité sociale ou les instances de l'emploi. Samuel Hervé évoque 1 500 mandataires à l'échelle régionale, des chefs d'entreprise engagés mais pas toujours formés à ces responsabilités institutionnelles.
Trois grandes thématiques mobilisent actuellement le réseau régional. D'abord l'intelligence artificielle, avec 14 étapes organisées sur le territoire occitan ayant réuni 1 500 chefs d'entreprise. Ensuite la décarbonation, lancée en Lozère où le site ArcelorMittal de Saint-Chély-d'Apcher est devenu le premier utilisateur d'hydrogène décarboné en France. Enfin la ressource en eau, sujet sur lequel un livre blanc est en préparation à l'échelle de l'Occitanie, dans la continuité d'un travail engagé depuis février dans le Gard.
Patrick Martin tire à boulets rouges sur les incohérences gouvernementales
Mais c'est la venue de Patrick Martin, président du Medef national, qui a constitué le point d'orgue de la soirée. Devant un parterre de dirigeants gardois, il a dressé un constat sévère de la situation économique et politique nationale, à un an de l'élection présidentielle.
Sur les finances publiques, il pointe une équation rendue impossible par des années d'absence de courage politique et un paysage parlementaire fracturé, comptant 14 partis représentés à l'Assemblée nationale. "Les élections ne doivent rien régler", a-t-il prévenu, plaidant pour que les acteurs économiques continuent à porter leurs propositions indépendamment du calendrier électoral. “Le Medef est le seul à faire des propositions” à ce sujet. Il rappelle que le Medef avait proposé 6,5 milliards d'euros d'économies sur la santé dès la première année, dans un contexte où le déficit des régimes sociaux pourrait atteindre 24 à 25 milliards d'euros.
Patrick Martin dénonce également un manque de constance gouvernemental sur plusieurs engagements pris envers les entreprises, le rétropédalage sur les 4 milliards d'économies demandées à l'Unedic, ramenées à seulement 400 millions après l'intervention des syndicats, la prolongation de la surtaxe sur les sociétés censée ne durer qu'un an, ou encore la promesse non tenue de baisse de la CVAE. "Ça envoie un message symbolique. Peut-on encore avoir conscience de la parole de l'État ?", a-t-il interrogé.
L'apprentissage, bataille prioritaire pour l'emploi des jeunes
Sur l'emploi, Patrick Martin a longuement insisté sur le paradoxe français, un taux de chômage des jeunes qui avoisine les 20 %, l'un des plus élevés d'Europe, contre 3,2 % en Suisse, où 70 % d'une classe d'âge passent par l'apprentissage. Il dénonce ce qu'il appelle le détricotage de la politique de l'apprentissage, après plusieurs années ayant permis de faire passer le nombre d'apprentis de 300 000 à 1 million. "On vient taper sur une dépense qui a réussi", a-t-il martelé, plaidant pour des économies cherchées ailleurs, notamment dans les fonctions publiques d'État, hospitalières et territoriales, où le taux d'apprentis ne dépasse pas 1,5 % contre 98,5 % dans le secteur privé.
Il a également évoqué la plateforme Code F, dispositif destiné à encourager les jeunes filles à s'orienter vers les filières scientifiques et techniques, où la France affiche un retard significatif avec seulement 26 % de femmes dans les écoles d'ingénieurs, contre 49 % au Maroc.
Un message de mobilisation collective
Au-delà des constats, c'est un appel à la mobilisation que Patrick Martin a lancé aux entrepreneurs gardois. "Nous sommes force de proposition. Il faut qu'on soit beaucoup plus vocaux sur le débat public pour être mieux considérés à la juste place qu'on a." Une ligne reprise plus tôt dans la soirée par Steeve Calligaro, président du Medef Gard, qui a insisté sur le caractère apolitique et collectif de l'organisation patronale. "Il n'y a rien d'autre que de pousser derrière l'entreprise, parce que c'est elle qui fait gagner l'ensemble de nos sociétés."
Une conférence signée Michel Onfray
La soirée s'est conclue par la venue du philosophe Michel Onfray, venu apporter un regard différent sur les enjeux du monde de l'entreprise. Interrogé sur les raisons de sa présence, il a expliqué fonctionner avant tout à l'affectif. "Je suis très souvent sollicité, très souvent invité. Et là, je dirais, quand on a des amis qui nous disent : "Non, non, c'est des gens bien, qui ont envie de penser, de réfléchir, viens et ça se passera très bien, donc voilà comment ça s'est fait." Installé dans une maison à proximité, il dit être venu en voisin pour l'occasion. Pour lui, la philosophie ne doit pas rester l'apanage des philosophes de profession. "Il n'y a rien de mieux qu'un viticulteur qui philosophe pour philosopher sur la vigne. Il n'y a rien de mieux qu'un patron pour réfléchir sur la question de l'engagement, de la direction, de la chefferie ou ce genre de choses, de la production. Dès que des gens qui ont une compétence se mettent à philosopher, alors là, on a des choses formidables."