Ce mercredi matin, le cinéma s’est raconté loin des projecteurs. Au Cratère Surface, dans le cadre du festival Itinérances, près de 200 lycéens ont assisté à une rencontre pas comme les autres. Face à eux, trois professionnelles des coulisses : Olivia Lux (maquilleuse), Dominique Segonds (cheffe coiffeuse) et Lola Jacques (costumière). Trois parcours, trois métiers, mais une même mission : donner vie aux personnages. Pendant plus de 1h30, les échanges ont permis de plonger dans la réalité de ces professions souvent invisibles. Loin des clichés, les intervenantes ont insisté sur l’aspect humain de leur travail.
Avant chaque tournage, tout commence par des essais, des discussions, une compréhension fine du personnage avec le réalisateur. Coiffure, maquillage, costume : chaque détail participe à la crédibilité à l’écran. Un rôle clé, d’autant que ces professionnelles accompagnent les acteurs du début à la fin de la journée. « On est souvent les premières et les dernières personnes qu’ils voient », rappelle Olivia, la maquilleuse.
Des métiers passionnants, mais exigeants
Les trois intervenantes ont insisté sur la diversité des parcours pour accéder à ces métiers. Dominique Segonds, formée à l’esthétique avant de se spécialiser dans la coiffure historique, a souligné l’importance de la curiosité et de l’adaptabilité. Olivia Lux, elle, a évoqué son parcours parisien, entre formation en effets spéciaux et petits boulots pour se faire une place. « On apprend sur le tas, avec des chefs, et on se forme en continuité », a-t-elle expliqué.
Lola Jacques, quant à elle, a raconté comment elle est passée du cinéma à la costumerie après des études en cinéma et un diplôme technique en habillage. « Le costume, c’est un métier de contact, de confiance avec les comédiens», explique Lola Jacques, la costumière et habilleuse.
Des journées longues et une rigueur permanente
Derrière la magie du cinéma, la réalité est bien plus exigeante. Les lycéens ont découvert un rythme de travail soutenu, parfois intense. « On peut monter à 70 heures par semaine sur certains tournages », confient Dominique Segonds sans détour. Des journées longues, dictées par les contraintes techniques et les aléas des productions.
À cela s’ajoute une précision de chaque instant, notamment pour assurer les fameux raccords. Une coiffure, une trace de maquillage ou un pli de vêtement doivent être identiques d’une scène à l’autre, parfois tournée à plusieurs jours d’intervalle. « Rien n’est laissé au hasard », a expliqué Lola Jacques, avant d’ajouter que chaque détail compte : « On doit anticiper les raccords, gérer les patines, et parfois tripler les costumes pour les cascades.»
Un département HMC en coordination
Les trois intervenantes appartiennent au pôle HMC (Habillage, Maquillage, Coiffure), un univers structuré où le travail d’équipe est essentiel.
« Tout part du costume pour construire un personnage », expliquent-elles. Sur les grosses productions, les équipes peuvent être très nombreuses, avec une organisation bien définie. À l’inverse, sur des projets plus modestes, chacun doit faire preuve de polyvalence.
Olivia Lux a illustré ce propos en évoquant un tournage où elle a dû reproduire une blessure sur 33 jours, avec des prothèses et un travail de maquillage précis pour garantir la continuité. Dominique Segonds a, elle, insisté sur l’importance de la documentation pour les films d’époque : « On s’appuie sur des peintures, des archives, ou des films précédents pour recréer une ambiance crédible. »
« Il faut sentir les choses »
Au-delà de la technique, ces métiers reposent aussi sur une forme d’instinct. Savoir s’adapter aux comédiens, comprendre leurs besoins, instaurer une relation de confiance. « Il faut sentir les choses », résume Lola Jacques.
Les trois professionnelles ont également abordé les changements dans leur secteur, notamment en matière de parité et d’écoresponsabilité. « Les choses évoluent, on voit de plus en plus d’hommes dans nos métiers, surtout en effets spéciaux », a noté Olivia Lux. Pour Dominique Segonds, l'éco-responsabilité a changé la manière de faire : « On récupère les cheveux pour les associations, et on essaie de limiter notre impact carbone. »
Elles ont aussi évoqué la reconnaissance croissante de leurs métiers, autrefois peu visibles : « Aujourd’hui, il y a plus d’écoles, plus de visibilité. Avant, on nous orientait vers l’esthétique sans parler de la dimension artistique », a rappelé la maquilleuse qui s'est aussi spécialisée dans le maquillage de science-fiction.
Un festival qui met en lumière les métiers du cinéma
Cette rencontre s’inscrit dans la volonté du festival Itinérances de démocratiser l’accès aux métiers du cinéma. « Ces échanges permettent aux jeunes de découvrir des parcours inspirants et de briser les clichés sur ces métiers », a souligné Caroline Delpoux, chargée de mission cinéma à l’Agence Occitanie Culture.
Les lycéens ont pu poser des questions sur les défis du métier, les anecdotes de tournage, ou encore les différences entre les plateaux français et américains. « Les Américains sont très hiérarchisés, avec des équipes immenses et des food trucks. En France, c’est plus familial, mais tout aussi passionnant », a comparé Lola Jacques.
À noter : le film « Sauvage », sur lequel Olivia Lux et Dominique Segonds ont travaillé, sera projeté ce jeudi soir à 21h au Cratère, en avant-première.