Mis en service en 1959, le Marché Gare labellisé d’intérêt national a été déclassé en 1992. Plus ancienne zone économique de l’Agglo, il a entamé sa mue en 2023 pour devenir un quartier durable à l’horizon 2030. Sur une surface plancher de 115 000 m² et de 23 hectares de superficie totale, l'opération s'élèverait à 60 millions d'euros, mélangeant bureaux, tiers-lieux, commerces et espaces verts. Avec la promesse d'une desserte directe de la ligne de trambus T2 et du futur pôle d'échange multimodal (PEM) de Saint-Césaire. Nîmes métropole a confié à la SPL Agate la transformation de ce secteur stratégique, et a pour objectif le développement de l'activité agro-alimentaire.
Entrepreneur nîmois à la tête de plusieurs sociétés, Mikael Gillion est un des hommes forts de la distribution de viandes dans le Gard. Après un parcours l'amenant à travailler avec de prestigieuses institutions et sur l’organisation d’évènements tels que la réception du prince Albert II de Monaco, il rachète en 2014, l'historique boucherie d'Uzès, une vieille institution créée en 1896. Suite au développement fulgurant de son entreprise uzétienne, il est obligé de revoir rapidement son organisation pour continuer à répondre à la demande.
C'est ainsi qu'en 2022, il rachète l'entreprise Midi Steak, située à l'entrée du Marché Gare. "Je connaissais très bien le propriétaire depuis de nombreuses années, les échanges ont été plutôt fluides et transparents", assure Mikaël Gillion. Fin 2021, au moment des négociations des conditions de rachat de la société, la SPL Agate, outil de développement du territoire nîmois, confirme au gérant la procédure d'éviction et de la potentialité de réinstaller l’entreprise ailleurs en raison du projet de réhabilitation du Marché Gare, et aurait interféré dans les discussions sur plusieurs points importants.
"C'est un joli projet, en tant que Nîmois j'ai un avis très positif sur ce celui-ci, mais je ne peux pas accepter qu’il se fasse au détriment de mon entreprise". Mikaël Gillion explique qu'à ce moment-là, la SPL Agate donne les consignes et prend des engagements, notamment de régler le dossier dans des délais très courts, car "les travaux devaient commencer soi-disant par le secteur Est du Marché Gare".
Bertrand Pelain, directeur général de la SPL Agate, a souhaité s'exprimer à ce sujet : "Pourquoi est-ce que ça a été retardé ? Parce que pour réaliser les ouvrages hydrauliques, je devais avoir accès à une petite partie de son parking. Je lui demande un avenant à son bail pour réduire la partie qu'il me louerait, ça baisserait son loyer et je pourrais effectuer les travaux. On lui referait aussi son entrée pour qu'il puisse y accéder avec des poids lourds. Je n'ai pas réussi à trouver d'accord avec lui alors je suis allé faire des travaux de l'autre côté", affirme-t-il.
De son côté, la SPL Agate s'est chargée de racheter, année après année, le foncier du Marché Gare, et explique en maîtriser 90 % à l'heure actuelle. "Au gré du temps, on a fini par racheter le bâtiment, et on s'est dit que ce serait complètement inutile de le laisser partir. L'objectif de l'opération est de développer l'agro-alimentaire, ce serait aberrant économiquement parlant pour une collectivité de faire partir une entreprise de ce secteur".
Reprise de contact attendue
"En plus du gel des projets industriels, raison du rachat de cette société, le problème qu'on a chez Midi Steak, c'est qu'on est dans une situation où on n'a aucune visibilité pour l'avenir de notre entreprise. Depuis fin 2021, on nous écrit et on nous raconte tout et son contraire", déplore fortement Mikaël Gillion. "Je trouve ça facile", répond Bertrand Pelain. "En juillet 2024, on lui a fait une proposition. Il explique avoir deux activités : une en détail qui se retrouve en difficulté et une activité de gros qui serait en plein développement. Il convient d'essayer potentiellement de l'accompagner", dévoile-t-il. "On lui a proposé, en accord avec les services fiscaux, de l'indemniser pour qu'il ferme son activité de détail, ainsi que la cessation d'une partie de son parking pour réaliser les aménagements nécessaires". Face à cela, le directeur général affirme être toujours en attente d'une réponse. "Je l'ai appelé en visioconférence avec ses deux avocats en novembre 2024 et j'ai réécrit à monsieur Gillion le 7 janvier, après qu'il ait rencontré Frédéric Pastor fin décembre, je n'ai eu aucun retour".
"Je n'ai rien contre les salariés de la SPL Agate, mais la réalité, c'est que la gestion hasardeuse de ce projet a apporté beaucoup de contraintes à notre activité et engendre beaucoup de dépenses". L'ensemble de la direction avait été contacté par le dirigeant à plusieurs reprises, dès la fin 2021, sur les points à risque pour son entreprise. "La SPL Agate a laissé la situation se dégrader. Aujourd’hui ils s’étonnent que pour faire face à cette situation et dans le but de préserver notre entreprise, nous ayons été obligés de placer notre société en redressement judiciaire et d’entreprendre des démarches auprès du tribunal judiciaire de Nîmes. En réponse à une non-délivrance des obligations de bailleur, nous consignons tous les loyers auprès de notre administrateur, cette démarche s’inscrit dans un processus normal en matière de procédure collective et de situation litigieuse avec son bailleur". Ce à quoi répond Bertrand Pelain : "J'ai fait une déclaration de créance, à l'époque il y avait 80 000 euros de loyers non réglés. Je suis garant des deniers publics et ne peux pas faire cadeau à des entreprises, sinon c'est une libéralité. Je lui ai donc demandé un remboursement. Et ce monsieur doit 250 000 euros à la concession d'aménagement".
De plus, son outil de travail se retrouverait fortement menacé selon l'entrepreneur. "La SPL Agate nous loue un bâtiment qui souffre de défaillances structurelles, c'est-à-dire que la dalle et la structure du bâtiment sont jugées trop fragiles par plusieurs bureaux d’étude spécialisés et donc impossible pour nous d’entreprendre des travaux de remodeling". Bertrand Pelain, juriste de métier, s'en réfère à l'article 606 du code civil : "Si monsieur Gillion a des perspectives de développement qui nécessitent des travaux sur le bâtiment, ma porte est ouverte pour proposer, sur la base de justifications et d'engagements, un accompagnement avec les fonds de l'agglomération ou de la SPL Agate, mais en contrepartie de la signature d'un bail ferme et de la production par l'entreprise d'un budget prévisionnel, ce que je n'ai jamais eu pour le moment. On prendra en charge les dépenses qui nous incombent, le reste sera à sa charge s'il veut réinvestir. Je suis prêt à l'accompagner et à le défendre".
De plus, le bâtiment se trouve dans une zone soumise à l’aléa inondation le plus fort, selon le PPRI présenté dans le projet dévoilé par Nîmes métropole. "On a subi plusieurs sinistres à ce sujet. Également, je m’inquiète pour la sécurité des personnes qui vont circuler sur les pistes cyclables et dans les zones dites piétons apaisés qui sont prévues autour de notre entreprise, car notre activité engendre une circulation incessante de camions légers et poids lourds", affirme l'entrepreneur, rappelant qu’un accident d’une extrême gravité est déjà survenu à cet endroit. "Il refuse les propositions que l'on fait pour réduire le risque hydraulique", déplore Bertrand Pelain. "Et oui la zone est très dangereuse, c'est vrai. On est en train de redessiner une zone qui soit exploitable pour la sécurité des personnes, afin de refaire des routes et des trottoirs".
Double choix
Pour Mikaël Gillion, la première hypothèse, si le projet de réhabilitation se concrétise, serait l'éviction et la réinstallation de son entreprise en dehors du Marché Gare, annoncée il y a déjà plus de quatre ans par la SPL Agate. "Dans ce cas, on suivrait le plan qui était prévu depuis le début", explique-t-il. La deuxième hypothèse, ce qu'il préfèrerait, serait un maintien sur le site du Marché Gare, à un autre endroit de la zone, plutôt que celui où il est actuellement.
Nîmes métropole et la SPL Agate espèrent qu'une solution sera trouvée, pour permettre de garder les emplois portés. "Je suis OK pour trouver un accord mais tout de suite, en proposant une indemnisation sur l'activité de détail et le maintien sur site. On signe un avenant au bail sur neuf ans et l'agglomération peut potentiellement investir sur le site. Ça permet de garder des emplois, sur une zone qui est agroalimentaire. C'est cohérent", propose-t-il.
Concernant ses projets, Mikaël tiendrait un partenariat de très haute voltige, avec une distribution de viande à l'international. Quelque chose actée depuis longtemps, représentant plus d'une centaine d'emplois à terme. "J'ai insisté pour que ça se fasse sur Nîmes, tout est prêt depuis quatre ans, mais ce dossier paralyse nos projets", raconte-t-il. "Je demande à monsieur Gillon de me répondre et qu'on puisse adapter les propositions que l'on a faites pour co-construire quelque chose", développe le directeur de la SPL Agate. "Au départ, c'était une zone dédiée au tertiaire. Le président Franck Proust a souhaité conserver partout où c'était possible l'agro-alimentaire, et substituer l'économie de production aux bureaux", déclare Bernard Baumelou, directeur de cabinet de Nîmes métropole.
Désormais, toutes les parties semblent déterminées à ce qu'une issue favorable soit trouvée. "S'il accepte les contraintes qui pèsent sur nous, concernant le bon emploi des fonds publics et des règles assorties, il n'y a aucun souci ! On est là pour accompagner les entreprises", affirme Bernard Baumelou. Peut-être que la lumière au bout du tunnel est très proche.