C'est une mobilisation assez forte qui s'est tenue ce mardi matin dans la commune des Salles-du-Gardon, au sud des Cévennes. Dans ce village de 2 300 habitants, qui n'est pas habitué à autant de remous, plus de 150 personnes se sont mobilisées. Dès 10 h, les manifestants, dont une majorité de parents et quelques enseignants, ont convergé vers le rond-point du boulodrome des Salles-du-Gardon pour bloquer la nationale, escortés par les forces de l'ordre, avant de revenir devant l'école Paul-Langevin.
Une mobilisation inédite, car cette semaine l'enjeu est fort pour l'école primaire. Actuellement, l'établissement, qui dispose de six classes, pourrait voir l'une d'elles fermer à la rentrée de septembre. Une décision qui sera prise ce vendredi avec les services du CSA, qui donneront les résultats de la carte scolaire. En attendant, les dernières négociations se dérouleront ce mercredi avec les syndicats.
Une solution avec le passage en REP ?
« On a envoyé de nombreux courriers à l’inspectrice et au Dasen. On a tous les critères pour justifier le maintien des six classes, souligne Rémy Clemencier, le maire de la commune. La nouveauté, c’est qu’à La Grand'Combe, l’école est classée en REP (réseaux d’éducation prioritaire), alors qu'ici, on n’a jamais bénéficié de ce dispositif. Pourtant, les critères sont réunis. Si nous étions en REP, nous aurions droit à sept classes avec un poste en plus. »
Pour le maire, la situation est claire : « On est conscient que, pour cette classe, il n’y a pas assez d’effectifs. Donc, a minima, il faut maintenir les six classes. Tous ces critères-là sont des arguments pédagogiques. On nous dit qu’on va fermer une classe, mais on ne sait même pas laquelle. En réalité, c’est un poste qu’on supprime. Et derrière, c’est l’intérêt des enfants qui est menacé. Le Dasen a dit lui-même que l’intérêt majeur doit être celui des enfants, avant toute logique comptable. Mais eux font passer la logique comptable avant tout. »
Des conditions d’enseignement déjà fragilisées
Dans son courrier adressé au Dasen, le maire alerte notamment sur la situation vécue par les parents et les enseignants, qui dénoncent un contexte scolaire déjà précaire. « On a un indice de position sociale (IPS) de 76,4, bien en dessous de la moyenne nationale (102,6) et départementale, rappelle le maire. On est en avant-dernière position parmi les écoles du secteur Alès 2. Et puis, il y a 13 élèves avec une notification MDPH, 13 autres avec des besoins éducatifs particuliers, des enfants qui ne maîtrisent pas le français, des familles itinérantes, et des faits d’établissement recensés. Tout cela complexifie énormément l’enseignement. »
Les enseignants, eux, soulignent la fatigue accrue due à la gestion de ces publics fragiles. « Le public accueilli est socialement difficile, ce qui implique un engagement constant et exigeant de la part des enseignantes, ajoute Rémy Clemencier dans son courrier. Et puis, il y a aussi des problèmes de comportement sur les temps périscolaires. Tout cela montre que les conditions d’encadrement actuelles sont déjà tendues et que la suppression d’une classe ne ferait qu’aggraver la situation. »
« Une maltraitance pédagogique »
Le ton monte quand il s’agit d’évoquer la réponse de l’Éducation nationale. « Ils parlent d’intérêt supérieur des enfants, mais en réalité, c’est une maltraitance pédagogique, estime le maire. On nous dit que c’est lié à la baisse démographique nationale, mais derrière, il y a une logique purement comptable. Et ça, c’est inacceptable. »
Malgré les difficultés logistiques – le personnel municipal étant en grève (périscolaire et mairie administrative), certains parents n’ont pu se déplacer –, la mobilisation a rassemblé 150 personnes. « Jeudi, les enseignantes feront grève avec nous et descendront à Nîmes à l’inspection académique, annonce Rémy Clemencier. Aujourd’hui, c’était une matinée banalisée, mais cet après-midi, il n’y aura ni cours ni périscolaire, et la mairie restera fermée. »