Le Rapport d’orientations budgétaires (ROB) 2026 de la communauté d’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette (ACCM) aura été "assez technique", selon les propres mots de Mandy Graillon, 5e vice-présidente de l’ACCM et 1re adjointe au maire d’Arles. Élaboré en période préélectorale, ce document n’avait pas pour but de faire voter le budget ce mardi soir, mais simplement d’en prendre acte.
Lors de sa présentation, Mandy Graillon a rappelé les éléments de contexte qui ont pesé sur son élaboration. L’incertitude économique internationale a joué un rôle, mais c’est surtout l’absence prolongée du budget de l’État pour 2026 qui a marqué les esprits. Finalement, les collectivités locales ont été invitées à contribuer au redressement des comptes publics. Pour l’ACCM, cela se traduit par une dette financière de 2,7 millions d’euros pour cette année, un impact majeur qu’il a fallu intégrer dans les prévisions.
Maîtrise des dépenses et politique de désendettement
Le budget global s’élève à 205 millions d’euros : 149 millions pour le fonctionnement et 56 millions pour l’investissement. Mandy Graillon a souligné les objectifs prioritaires qui ont guidé sa construction : limiter l’augmentation des dépenses réelles de fonctionnement, une préoccupation constante depuis plusieurs années. Il a également fallu absorber les réductions imposées par l’État, tout en maintenant la stabilité des impôts de l’ACCM, en conservant un autofinancement fort et en réservant les crédits budgétaires pour les projets structurants à venir. "La maîtrise des dépenses est d’autant plus cruciale cette année, car les deux ou trois prochaines années verront émerger de grands projets."
Mandy Graillon a également insisté sur la poursuite de la politique de désendettement, engagée depuis six ans, pour dégager des marges de manœuvre (au 1er janvier 2026, l'encours de la dette est de 28,5 millions d'€). La capacité de désendettement, critère de solvabilité particulièrement scruté par les banques et les investisseurs, est de 1,63 an pour l’ACCM, alors que le seuil de vigilance pour une communauté d'agglomération est de 10 ans. "C’est une situation très bonne, qui doit nous encourager à poursuivre nos efforts de maîtrise des dépenses de fonctionnement", a-t-elle expliqué.
Côté fiscalité, aucune augmentation des impôts n’est prévue pour ceux sur lesquels l’ACCM a un pouvoir de taux. Les dotations de l’État s’élèvent à 16,76 millions d’euros, tandis que les produits des services, en hausse de 13,7 % par rapport à l’année dernière (principalement grâce à l’assainissement), atteignent 23,88 millions d’euros. Pour les dépenses de fonctionnement, entre autres, les charges à caractère général s’élèvent à 25 millions d’euros, soit une diminution d’1 million par rapport aux prévisions de 2025, "la preuve d’un effort significatif des services pour limiter les dépenses courantes". Les charges de personnel s’élèvent à 17 millions d’euros, avec une augmentation prévue de 2,4 %.
Une spécificité généreuse… mais coûteuse
Mandy Graillon a également mis en avant une spécificité de l’ACCM : l’agglomération reverse aux communes une part de fiscalité près de trois fois supérieure à la moyenne nationale des communautés d’agglomération. "C’est un choix de l’exécutif, mais il faut toujours le garder en tête dans nos projets, car c’est un choix d’exception", a-t-elle souligné. Les attributions de compensation reversées aux six communes de l'agglo représentent ainsi un peu plus de 33 millions d'€ et la dotation de solidarité communautaire, un peu plus de 4 millions d'€.
Pour boucler ce budget 2026, Mandy Graillon a répété qu’un effort particulier devait être porté à la recherche de financements. Région, Département, État, Agence de l’eau et fonds européens (FEDER) seront sollicités. Un emprunt d’1 million d’euros sera également mobilisé, "mais uniquement en fonction des besoins réels de financement", a-t-elle précisé.
Lors du prochain conseil communautaire, prévu le 28 avril, les élus reviendront en détail sur ces orientations. Mandy Graillon l’a d’ores et déjà annoncé : les grands projets de l’ACCM continueront, au cours des prochaines années, à mobiliser les ressources de l’agglomération bien au-delà de 2026. "Et c’est à ce moment-là que nous serons ravis d’avoir une situation financière solide, nous permettant d’emprunter et d’investir."
"L'équilibre territorial n’est pas une option"
Du côté de l'opposition, Jean-Frédéric Jean pour le groupe L'Union pour Arles a exprimé son inquiétude quant à la contribution demandée aux collectivités locales pour participer à l’effort national de redressement des comptes publics, jugeant cette situation "ni juste, ni acceptable". "Les collectivités et leurs établissements publics ne doivent pas servir de variable d’ajustement pour combler la dette de l’État", a-t-il insisté, regrettant que l’ACCM semble suivre cette voie "sans combativité". L'élu critiquant également le rapport sur son manque d'ambition, "il donne l’impression d’un simple catalogue de mesures".
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Pour la maire de Saint-Martin-de-Crau, Séverine Dellanegra, ancienne première vice-présidente et aujourd'hui dans l'opposition, "ce rapport soulève plusieurs observations de fond". D’abord, celui de l’équilibre territorial de l'investissement. "Qu’est-il prévu pour l’ensemble du territoire ?" a demandé l'élue. Avant de parler d'un problème de visibilité. "Nous avons une vision pour 2026, mais très peu pour les années suivantes. Et sans visibilité, il est difficile de parler d'équilibre entre les territoires. Il existe un projet de territoire 2024-2030, il doit être réactualisé collaborativement pour deux raisons majeures : les récentes élections et l’évolution du contexte national et international, qui doivent être intégrées à la réflexion intercommunale." Dans cette perspective, "quelle sera la place des élus majoritaires de chaque commune dans ces choix ?", a-t-elle interrogé. Enfin, au-delà de ces éléments, la maire saint-martinoise a rappelé avoir plaidé, lors du précédent conseil, pour un mode de fonctionnement "plus collaboratif". "J’aurais apprécié être pleinement associée à ce rapport", a-t-elle regretté. "Le 7 avril dernier, il ne s’agissait pas d’un débat de circonstance, mais de questions de méthode et d’équilibre" a-t-elle précisé, rappelant que "l’équilibre territorial n’est pas une option, c’est la condition de la légitimité de notre intercommunalité."
Une dizaine de délibérations reportées
Hormis le rapport d'orientations budgétaires, il s'agissait lors de ce conseil communautaire d'élire les représentants ACCM dans de nombreux conseils d'administration. Patrick de Carolis a fait le choix de reporter une dizaine délibérations, afin de pouvoir engager des discussions. À noter quand même que le maire des Saintes-Maries-de-la-mer, Thibaut Mena et le président du syndicat des riziculteurs, Bertrand Mazel, tous deux vice-présidents ACCM, ont été choisis pour siéger au Parc naturel régional de Camargue. Tandis que Claire Mailhan et Pierre Raviol siègeront au Parc naturel régional des Alpilles.