Un message repéré sur un téléphone et c’est le choc. Le père d’un adolescent de 16 ans porte plainte après avoir été confronté à des messages échangés entre son fils et un sexagénaire. Le jeune adolescent a notamment envoyé des photos de lui à l’homme qu’il appelait « maître » arborant un joy-strap, correspondant à une sorte de caleçon ne masquant que le sexe, avec des lanières au niveau des fesses. Un matériel que le prévenu lui a lui-même offert lors de leur unique rencontre à l’occasion de la Gay Pride de Nîmes, avec un ensemble de lanières et un masque de chien en cuir. « Il voulait un boxer comme ça… (sous-entendu souillé, NDLR), mais je ne voulais pas, donc il en a eu un neuf », explique l’ancien maître-chien dans l’armée qui, visiblement, est nostalgique de ses années professionnelles aux côtés des canidés.
Bien que peu conventionnelles, ces pratiques relèvent du puppy-play. Une activité qui consiste à se comporter comme un canidé auprès d’un maître, souvent le « propriétaire » implicite « d’une meute de plusieurs personnes se disant chiens », relate Édouard Le Jan, président de l’audience. Parfois associée à une pratique sexuelle, cette forme de soumission peut revêtir de nombreuses nuances. Mais Vincent, le prévenu, est formel : « Pas de sexe. » Interrogé sur ses intentions avec le jeune garçon, il répond : « S’il voulait rentrer dans la meute, je lui ai dit que ce ne serait pas avant ses 18 ans. »
Corruption ou proposition ?
« Il voulait faire le puppy, mais je ne pouvais pas le dresser », explique Vincent faisant référence au jeune âge de l’adolescent, rencontré sur la plateforme Grinder, destinée à la mise en relation des personnes homosexuelles. Pourtant, les conversations retrouvées dans le téléphone de l’enfant ne peuvent pas être qualifiées de platoniques. « Tu es excitant et tu as beaucoup de charme », aurait envoyé le sexagénaire, en parallèle de photos de postures de puppy et de propositions de l’embrasser et de le caresser nu.
« Les propositions faites au mineur sont éminemment sexuelles », lance Stéphane Bertrand, procureur de la République, avant de requérir un an d’emprisonnement à l’égard du prévenu à la fois pour la détention d’images pédopornographiques retrouvées dans son téléphone et pour la corruption de mineur dont il est accusé. D'autant que l’homme a déjà été condamné en 2006 pour avoir détenu des images de ce type.
« Un père de cœur »
Se servant du rapport de l’expert, maître Jérôme Arnal a souligné que les images téléchargées provenaient d’un groupe sur la plateforme WhatsApp, bien connue pour télécharger par défaut toute image reçue. Contestant la corruption de mineur, le conseil du prévenu a plutôt relevé la proposition sexuelle, un fait n’étant pas répréhensible dès lors que l’enfant mineur est âgé de plus de 15 ans. D’autant que le garçon, interrogé par les enquêteurs, fait état d’un moment positif dans sa vie, en lien avec un homme qu’il considère alors comme son « père de cœur ». Un père de substitution avec qui il a pourtant échangé un baiser lors de leur seule rencontre physique.
À l’issue du procès, le sexagénaire a été relaxé pour la corruption de mineur. La détention d’images pédopornographiques, elle, lui a valu une peine de 12 mois d’emprisonnement, intégralement assortis du sursis simple. Lui est désormais interdite toute activité professionnelle ou bénévole impliquant des enfants. Il est également inscrit au fichier des délinquants sexuels (Fijais) pour les 30 prochaines années.