Publié il y a 2 h - Mise à jour le 14.04.2026 - Stéphanie Marin - 4 min  - vu 153 fois

TARASCON Les salariés de Fibre Excellence mobilisés, dans l’attente de la décision de l’actionnaire

Les salariés de l'usine Fibre Excellence à Tarascon, menacée de fermeture, étaient mobilisés ce mardi matin.

- S.Ma

Les salariés des usines Fibre Excellence de Tarascon et Saint-Gaudens - menacées de fermeture - restent en suspens. Entre mobilisation syndicale, inquiétudes économiques et scénarios judiciaires imminents, l’avenir du groupe est toujours incertain.

Les quelque 700 salariés des usines Fibre Excellence de Saint-Gaudens et Tarascon menacées de fermeture sont suspendus à l'arbitrage de l'actionnaire. Et cela après le courrier envoyé en date du 10 avril, par le ministre délégué chargé de l'Industrie, Sébastien Martin, annonçant la décision de l'État de "compléter le paquet de mesures de soutien - proposé préalablement (*) - par une réévaluation des tarifs de rachat de l'électricité, jusqu'à +20% dans le respect du cadre juridique applicable national et européen."

Une mesure qui vient en écho aux propositions faites par Carole Delga, jeudi dernier à Matignon, face au Premier ministre, Sébastien Lecornu. La présidente de la Région Occitanie a également plaidé pour une nouvelle gouvernance accompagnée d’un pacte d’actionnaires "ambitieux et durable", auquel la Région Occitanie se dit prête à participer. En contrepartie, l'actionnaire doit s'engager à "couvrir les besoins de financement courant du groupe sur l'horizon d'un plan d'affaires (2030), et procéder aux investissements nécessaires au développement de l'activité du groupe les prochaines années et à ceux à même d'être le relai de sa croissance et de sa rentabilité à long terme", précise Sébastien Martin, dans sa lettre.

>> À relire : TARASCON. Fibre Excellence : à Matignon, Carole Delga en première ligne pour sauver 700 emplois.

Sur le site de Tarascon, ce mardi matin, la mobilisation se voulait avant tout démonstrative. "C’est une action plutôt symbolique", confirme Stéphane de Gélis, directeur général de l'usine Fibre Excellence Provence. "Mais quand vous regardez, il y a tous les cadres et toute l’usine qui sont ensemble, souligne-t-il. Du côté de l’intersyndicale CGT-CFDT-FO, le ton est grave. "Ce serait une catastrophe pour le pays d’Arles si on venait à fermer", alerte Laurent Quinto (CGT). Derrière les emplois directs, il rappelle l’ampleur de l’impact économique : "C'est le transport fluvial, ferroviaire, routier, l’activité du port d’Arles, et toutes les entreprises sous-traitantes qui travaillent toute l’année."

Laurent Quinto (CGT), Frédéric Sanchez (CFDT) et Florian Berthon (FO), sur le site de l'usine Fibre Excellence Provence à Tarascon. • S.Ma

Dans un territoire déjà fragilisé - "le pays d’Arles, c’est 12 % de chômage", insiste-t-il. Et le même de prévenir qu'une fermeture de l'usine de pâte à papier à Tarascon ferait mécaniquement grimper ce taux à "15 voire 17 %". Malgré l’incertitude, les syndicats veulent croire à une issue favorable. "On va rester positifs, tout est possible", poursuit Laurent Quinto, tout en appelant à une mobilisation rapide, y compris de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. "Nous nous tenons à la disposition de son président (Renaud Muselier, Ndlr). On ne connaît pas sa position, la région PACA rentrera-t-elle au capital aussi ? L'intersyndicale n'a aucune information", pointe le cégétiste. Ce dernier indique que jeudi dernier, "pendant que madame Delga était à Matignon, Sophie Binet (secrétaire générale de la CGT, NDLR) recevait l'ensemble de la SAS à Montreuil pour solliciter des garanties quant à la pérennité des sites et la sauvegarde des emplois."

En attendant la réponse de l'actionnaire - "un retour attendu comme le Messie", commente Frédéric Sanchez (CFDT) - l'entreprise sera déclarée en cessation de paiement demain, mercredi 15 avril, date de fin de la conciliation. "À partir de là, s’il n’y a toujours pas de réponse, le 21 avril il y aura un dépôt de dossier de redressement judiciaire au tribunal de commerce de Toulouse", détaille-t-il. Une première audience est d’ores et déjà prévue le 27 avril. Trois scénarios sont alors possibles : "une relance de l’activité, une reprise de l'entreprise ou une liquidation". Si la consultation d’une "data room" par plusieurs acteurs industriels constitue "déjà un bon point", rien ne garantit à ce stade une offre concrète.

700 emplois (Tarascon et Saint-Gaudens) sont menacés.  • S.Ma

Florian Berthon (FO) insiste sur l’enjeu stratégique des deux usines de pâte à papier. "Nous sommes essentiels à l’autonomie stratégique du pays […] et à la souveraineté industrielle". "Le placement en redressement judiciaire du groupe Fibre Excellence qui s'annonce est de l'entière responsabilité du Président de la République et du Premier ministre, poursuit-il. Le temps presse, les conditions d'exploitation des usines sont également menacées par un manque de compétences dû au départ de nombreux salariés." Dix à Tarascon. Face à l’urgence, une option est clairement avancée, celle de "la nationalisation de Fibre Excellence". "À ce propos, complète Florian Berthon, le processus parlementaire porté par La France insoumise suit son cours, quoi que l'on puisse en penser."

>> À relire : TARASCON. L'usine Fibre Excellence Provence menacée de fermeture : 200 personnes mobilisées ce mardi

Outre l’absence remarquée des élus locaux, des deux côtés du Rhône, venus pourtant nombreux le 10 février dernier, à un mois des échéances municipales, Paul Jallat, Beaucairois, ancien élu (1971-1983), âgé de 83 ans, s'étonne du manque de suivi de la population. "En plus des résultats électoraux, ça démontre quelque chose", lance-t-il ému. Pour Paul Jallat, l’enjeu dépasse largement l’entreprise : "Le plus important, c’est les emplois […] on est dans des régions où l’emploi n’est pas brillant. C'est catastrophique." Tous les regards restent tournés vers l’actionnaire. "On espère une réponse positive aujourd’hui, demain ou dans les prochains jours", concluent les syndicats. Ces derniers demandent des engagements fermes, notamment sur la durée : "pas sur trois ou quatre ans, mais a minima sur 20 ans".

*Un premier paquet de mesures de soutien public comprenant, notamment, un partenariat d'approvisionnement renforcé avec l'Office national des forêts (ONF), une restructuration des dettes publiques et assimilées et un accompagnement des projets stratégiques de long terme par une garantie, pour un total de près de 150 millions d'euros.

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