Objectif Gard : Comment est né ce projet d'événement dans les arènes ?
Gaëlle Leyris : C'est parti de Nadia, qui est l'une de mes premières clientes. Elle a une association depuis dix ans, l'association NG Mode, et elle voulait que cet anniversaire soit marqué par quelque chose d'exceptionnel. Elle a souhaité organiser son défilé annuel dans les arènes de Nîmes. Avec mes sœurs, on a pris en charge l'organisation de A à Z. Ce n'est pas la première fois qu'on organise des défilés, mais jusqu'ici on était plutôt sur du blocage de rues dans Nîmes, ou des bodegas, des tournois sportifs. Les arènes, c'est une première pour l'agence.
De quoi se compose le programme de la soirée ?
Le défilé est structuré en quatre tableaux, chacun porté par un styliste différent. Le lycée Ernest Hemingway va présenter des tenues réalisées par ses étudiants de bac, qui passeront leur épreuve pratique ce soir-là, en partenariat avec Abicap, une société spécialisée dans la confection de vêtements pour les personnes en fauteuil roulant. Ensuite, Agnès du Carré de la Mariée présentera des tenues de mariée, Coco de Au Fil à Mesure des tenues de soirée. Et pour clore les quatre tableaux, Tarquin Benel, styliste haute couture, nous envoie ses créations directement depuis Mayotte. Entre chaque tableau, des interludes artistiques prendront le relais : des saxophonistes, Ludivine Furnon en duo de main à main avec son partenaire, un cabaret pour l'ouverture, une école de hip-hop, de la GRS. Un DJ nîmois, DJ Diablo R, assurera toute la première partie. Et en finale, Yann Muller montera sur scène.
"Elle ne veut pas que les tenues soient juste pour des personnes en fauteuil"
Quel est le fil conducteur de tout ça ?
Le thème de cette édition, c'est le jean. Mais surtout, ce qui unit tous ces tableaux, c'est l'inclusivité. C'est le projet de Nadia depuis le début : mêler personnes valides et invalides sur le même podium. Il y avait des défilés pour les uns, des défilés pour les autres, mais jamais pour les deux ensemble. Elle a voulu changer ça. Elle ne veut pas que ses tenues soient réservées aux personnes en fauteuil roulant ou uniquement aux personnes valides. Parce que trouver des vêtements stylisés et accessibles quand on est en situation de handicap, c'est compliqué. Et ses créations prouvent que c'est possible.
Des mannequins en situation de handicap défileront donc sur le tapis ?
Exactement. Et parmi eux, Sofiane Ribes, l'acteur connu pour Un Petit Truc en Plus, qui viendra défiler sur la partie sportwear casual avec le lycée Hemingway et Abicap. Il y aura aussi des personnes avec des handicaps invisibles, pas uniquement en fauteuil. Des drag queens également. C'est vraiment ouvert à tout le monde, c'est le concept, pour tous.
Comment se procurer des billets, et reste-t-il des places ?
La billetterie est en ligne sur HelloAsso, et accessible également via le Linktree de l'agence. Les gens peuvent choisir entre des places en gradin ou des tables VIP. Les entreprises qui souhaitent soutenir l'événement ont également un intérêt : comme on est sur une association, les participations peuvent être récupérées en crédit d'impôt. Tous les bénéfices de la soirée sont reversés à l'association.
"C'est la première fois qu'on mange dans les arènes"
Vous avez évoqué une surprise, de quoi s'agit-il ?
Oui, c'est la première fois qu'on crée un restaurant éphémère dans les arènes de Nîmes. Les personnes pourront dîner à l'intérieur de la fosse. Il y a un menu unique avec un plateau des Halles de Nîmes, un plat chaud et un dessert proposés par la Cigale Traiteur, avec le vin du domaine Campuget et champagne. C'est une vraie opportunité pour les Nîmois de vivre quelque chose d'inédit : manger dans les arènes pour la première fois, dans un cadre qui n'existe nulle part ailleurs.
Combien de temps a demandé la préparation d'un tel événement ?
Un an. Entre la création des dossiers, les validations auprès de la mairie, la coordination technique avec les arènes et la mise en vente, on a travaillé dessus pendant un an avec Isabelle et mes sœurs. C'est le plus gros événement que l'agence L ait jamais organisé. Et clairement, ça donne envie de recommencer.
Nadia, présidente de NG mode : "Nîmes est la première ville de France à avoir accepté un gala caritatif avec un défilé de mode inclusif"
Dix ans. Dix ans que Nadia porte seule son association, construite à la force de la persévérance, brique après brique. NG Mode, c'est une association de bienveillance, d'amour et de thérapie, dit-elle. L'idée est simple au départ, mais elle vient combler un vide que personne n'avait osé remplir. “J'ai toujours été attirée par la mode, mais j'ai toujours trouvé qu'il manquait quelque chose. J'ai trouvé ça dommage, et surtout triste, que personne ne crée de mode pour les personnes en situation de handicap. Alors j'ai voulu créer une association où tout le monde pouvait participer.”
Nîmoise de naissance, de cœur et de mariage, elle n'a jamais envisagé de construire ce projet ailleurs. Et pour fêter les dix ans, une seule adresse s'imposait. “Les arènes, il n'y avait pas de meilleur endroit. Un monument emblématique, pour être fier de l'avoir.”
Au fil des années, les demandes ont afflué, notamment de la part de personnes en situation de handicap. Au point qu'il a fallu refuser du monde. Et quand le projet des arènes a pris forme, la charge est devenue trop lourde à porter seule. C'est une annonce de l'agence L qui a tout changé. “J'ai vu Gaëlle, et ça a tout de suite marché. Ça fait trois ans maintenant.”
Ce soir-là dans les arènes, Nadia veut que le regard des gens change. “Quand on défile pour la mode, le regard des autres change. Et avec lui, l'acceptation. C'est une thérapie. C'est surtout ça, l'association.” Un défi immense, mais avant tout une fierté. “J'ai toujours essayé de foncer, de ne pas trop réfléchir. On est comme on est, on y va, et on fait ce qu'on a envie, parce que ça mène toujours à de belles expériences.”