Publié il y a 1 h - Mise à jour le 25.03.2026 - Baptiste Petit - 5 min  - vu 318 fois

L'INTERVIEW Théo Guigue : "Je ferai deux mandats, pas plus"

Théo Guigue, 24 ans, et plus jeune maire du Gard dans la commune de Sauzet. 

- crédits : DR

Plus jeune maire du Gard élu, sans liste concurrente, à la tête de la commune de Sauzet, Théo Guigue (24 ans) dévoile sa feuille de route et ses projets. 

Objectif Gard : Comment en est-on arrivé à vous voir vous présenter à la mairie de Sauzet à 24 ans ?

Théo Guigue : Je m'intéresse depuis longtemps au milieu politique. Enfant, je regardais les débats à l'Assemblée ou au Sénat le mercredi après-midi. Dans mon travail d'économiste, je côtoie des problématiques nationales : l'énergie, le budget, le chômage, la croissance économique, la monnaie. L'idée c'était de voir l'autre côté, le côté local, comment on gère les problèmes au niveau d'une mairie, des routes, du quotidien d'une commune. Et je ne peux pas le cacher, c'était aussi apporter ma pierre à l'édifice à mon village. Quand j'ai vu des gens contents, qui avaient presque envie que je me présente, qui sont venus me chercher, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. Et j'y suis allé.

Le maire sortant est décédé en cours de mandat, saviait-il que vous alliez vous présenter ?

Oui. Joseph Hartal m'avait déjà approché, il m'avait demandé si je souhaitais me présenter. Il avait décidé de ne pas se représenter, mais il est décédé en novembre dernier, ce qui n'était évidemment pas prévu. C'est Sylvie Dumont, sa première adjointe, qui a pris le flambeau pour l'intérim jusqu'à aujourd'hui. Elle était déjà deuxième sur ma liste, elle va devenir première adjointe à l'issue du conseil municipal. C'était une situation complexe, mais on avance. Et c'est important pour moi d'avoir cette continuité, parce que dans un village comme Sauzet, les dossiers se transmettent, et la connaissance du terrain est précieuse.

Vous êtes une ancienne famille du village, ça vous a aidé dans la campagne ?

Mes grands-parents, mes arrière-grands-parents étaient déjà sur le village. Les anciens m'ont vu naître, m'ont vu grandir, m'ont vu évoluer. Finalement, j'ai eu autant de facilité avec les jeunes qu'avec les moins jeunes, parce que je les connais tous. Ce matin encore, il y avait la cérémonie du 19 mars. Mon grand-père a porté la gerbe, c'est moi qui ai fait le discours. J'ai senti un moment d'émotion en lui, parce que c'était lui qui posait la gerbe pour la FNACA, il a été combattant en Algérie, et c'est moi qui faisais le discours pour la commune. C'était un moment fort.

Comment avez-vous constitué votre liste ?

Je souhaitais d'abord assurer une continuité entre l'équipe sortante et l'équipe entrante. Trois membres de l'ancienne équipe sont avec moi, ce qui est important parce qu'ils ont la connaissance des dossiers. Ensuite on est allé chercher de nouveaux profils, pas seulement pour leur nom, mais pour leurs compétences. Dans une commune comme Sauzet, il n'y a pas d'administratif dédié, ce sont les élus qui portent directement les projets, les bilans, les comptes financiers. Donc on a cherché des domaines de compétences spécifiques, des gens qui ont aussi la disponibilité. Et je peux vous dire que les gens ne se poussent pas au portillon. On a reçu beaucoup de refus. Trouver des conseillers municipaux, c'est un sacerdoce.

"L'État ne suit plus"

Pourquoi selon vous cette fonction n'attire plus ?

Parce que les gens ont bien compris ce que c'est. On est des lieux à portée de baffe. Vous sortez dans la rue, on vous critique parce que vous n'avez pas bouché les trous d'une route. Vous allez en réunion jusqu'à minuit, les problèmes s'entassent, l'État ne suit plus. Et aujourd'hui, le gouvernement demande aux maires, même de 853 habitants, de régler des problèmes de sécurité, sans nous donner les moyens financiers pour y répondre. Nous sommes la dernière roue du carrosse. J'aimerais que les services de l'État comprennent qu'eux aussi ont des responsabilités, et qu'ils arrêtent de tout renvoyer vers les maires. Pour la reconnaissance qu'on en a, pour le salaire qu'on en a, car on n'est pas là pour faire de l'argent, il serait bien qu'on soit un minimum soutenus.

Conseil municipale d'installation.  • Crédits : Mairie de Sauzet

Quelles sont vos priorités concrètes pour ce premier mandat ?

Le plus gros projet, c'est la rénovation de la traversée de l'entrée du village côté Saint-Geniès-de-Malgoirès. Mais depuis lundi, on commence par les bases : moderniser les adresses mail, réorganiser les services au niveau numérique. C'est tout bête, mais sans ça on ne fait plus rien. Viendra ensuite très rapidement la création du conseil municipal des jeunes, que nous avions promis. Et en termes de quotidien, j'espère en un an avoir amélioré l'entretien des espaces verts et le respect des places de stationnement. Ce sont des choses simples, mais visibles, que les habitants attendent.

Vous souhaitez aussi ouvrir la commune vers l'extérieur ?

Oui. Notre premier attracteur vers Nîmes, c'est Saint-Geniès-de-Malgoirès. Avec le nouveau maire Florian Deluca, avec qui je m'entends très bien et qui était mon binôme dans cette aventure, on a avancé ensemble pendant la campagne et on va continuer à avancer ensemble sur les décisions à venir. Et je souhaite m'impliquer pleinement dans l'intercommunalité, que ce soit au syndicat mixte Lens-Gare de Nîmes ou au niveau intercommunal. La commune doit s'ouvrir, totalement. Un village ne peut pas vivre en vase clos.

Vous avez aussi un message à faire passer sur la présidence de Nîmes Métropole ?

Oui, et j'assume de le dire. J'appelle de mes vœux que le futur président de Nîmes Métropole connaisse un minimum son agglomération, pas forcément en termes d'expérience, mais en termes de territoire. La métropole, ce n'est pas que Nîmes, c'est 39 communes. C'est un grand point d'interrogation pour nous tous en ce moment, et une grande préoccupation pour les maires des petites communes qui composent cette agglomération.

"Si vous voulez avoir de la légitimité, il faut travailler"

Qu'est-ce qui vous inquiète le plus dans cette fonction ?

Ma plus grande appréhension, c'est d'aller annoncer un décès. On est associé par les gendarmes aux annonces de décès, et ce sont souvent des gens qu'on connaît quand on est maire d'un petit village. Ça, je le redoute vraiment. C'est humainement très lourd à porter.

Et à l'inverse, qu'est-ce qui vous donne le plus envie d'y aller ?

L'idée d'avoir un minimum de clés en main pour faire changer les choses, pour faire avancer le village. C'est cette idée d'avoir un levier concret pour agir. C'est ça qui me donne envie, au quotidien.

Vous avez parlé de deux mandats maximum. Vous envisagez une suite en politique ?

Je ferai deux mandats, pas plus. Je pense qu'après, on n'est plus dans l'air du temps, on a du mal à avancer, et je ne veux pas faire le mandat de trop. Cela dit, mon engagement dans l'intercommunalité et les métropoles, je le vois se prolonger. J'espère que des discussions s'engageront rapidement à ce sujet. Pour la suite, on verra bien en fonction des opportunités.

Un conseil pour les jeunes qui hésitent à s'engager ?

Travailler. Lire, travailler, apprendre, écouter. Quand je dis que la jeunesse doit s'engager, je ne dis pas n'importe comment. Il ne faut pas s'engager pour les paillettes ou pour frimer. Il faut que ce soit un engagement réfléchi et intelligent, avec une vraie connaissance de ce que c'est réellement. Dans les petites communes, on n'est pas là que pour faire des discours politiques, on doit savoir mettre la main à la pâte. Tout à l'heure encore, je lisais des délibérations, des articles de loi, parce qu'on est en train de constituer une commission d'appel d'offres et il faut trancher. Si vous voulez avoir de la légitimité, il faut travailler. C'est ce que les gens attendront de vous.

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