Ce n’est pas une nouvelle ligne aérienne, mais c’est certainement l’un des décollages les plus stratégiques pour l’Aéroport Montpellier Méditerranée (AMM). Ce mardi 16 juin, la plateforme a présenté la montée en puissance de son Aéropole Logistique et Fret, une zone dédiée à la messagerie express, à la logistique et aux activités industrielles.
Sur le papier, les chiffres donnent le ton. En effet, c'est près de 160 millions d’euros investis au total dont 8 M€ par l'AMM, environ 2 000 emplois attendus à terme et 100 000 m² de bâtiments livrés d’ici 2030. « Il s’agit d’offrir à notre territoire le poumon économique que doit être l’aéroport de Montpellier », résume Emmanuel Brehmer, président du directoire de l’aéroport.
Une zone qui se remplit vite
Dix ans après les premières réflexions autour de la transformation de la zone de fret, le projet entre désormais dans le concret. La première entreprise s'est installée en juin 2021, Chronopost est arrivé en septembre 2024, suivi par STEF Transport en février 2025, puis EMA, EvoluSolar, BIT Group et XPO. D’autres acteurs doivent suivre : Intersport, DPD, Iveco, Bleu Mercure ou encore IDEC/Faubourg Promotion. À terme, l’aéroport vise 20 bâtiments sur 376 000 m² d’emprise foncière. Une montée en puissance qui doit permettre de consolider la présence de grands noms déjà implantés ou attendus sur la zone.
« Ce que nous mettons en valeur aujourd’hui, c’est une nouvelle manière de penser le rôle de l’aéroport dans son environnement économique », appuie André Deljarry, vice-président du conseil de surveillance de l'AMM et président de la CCI Hérault, avant d’ajouter que l’aéroport n’est plus seulement une infrastructure tournée vers les passagers, mais aussi un outil « capable de soutenir et d’accompagner les transformations des entreprises ».
Les recettes du fret pour soutenir l’aérien
Derrière ces entrepôts et ces nouvelles implantations, demeure aussi un important enjeu financier. Les revenus des loyers issus de ces activités sont indispensables pour venir soutenir l’équilibre économique de l’aéroport. Les revenus des parkings, des commerces et désormais des recettes domaniales permettent de continuer à financer les investissements nécessaires au développement du trafic aérien, très coûteux. La direction voit plus grand encore. Avec l’arrivée annoncée d’une base Volotea et de onze nouvelles destinations, l’aéroport veut s’imposer comme une plateforme majeure à l’est de l’Occitanie. « Ce sont près de 7 000 personnes qui seront demain salariées ou étudiantes sur la plateforme aéroportuaire », avance le président du directoire.
"L'enjeu est assez simple. À terme, pour que ces deux zones Est et Ouest se développent de manière harmonieuse, et que l'on est pas un basculement de la capitale régionale vers Toulouse, il est indispensable que l'aire urbaine de Montpellier soit forte politiquement, économiquement et dans sa dynamique", abonde le Nîmois Patrice Canayer, conseiller régional délégué à l'attractivité économique.
L’accessibilité, chantier indispensable
Sur les 45 hectares disponibles au total, seulement quatre sont encore à pourvoir. Un emplacement stratégique pour ces entreprises à proximité de l'aéroport. Pour parfaire leur installation et être desservi dans les meilleures conditions, il faut construire un barreau routier. Un pôle économique, aussi prometteur soit-il, ne peut pas se développer au mieux sans un accès digne de ce nom. Le futur barreau routier est estimé à 5,43 millions d’euros. Les fouilles archéologiques et les procédures d’expropriation sont terminées. Place désormais aux études techniques, avant une consultation des entreprises début 2027 et des travaux attendus entre fin 2027 et mi-2028.
Pour Pierre-Martin Chazot, maire de Mauguio-Carnon, le message est clair : cette zone représente « un enjeu économique stratégique » pour sa commune. Même son de cloche du côté du Pays de l’Or et son président Stéphan Rossignol, où l’on sait que la croissance de l’aéroport ne pourra pas se faire sans des aménagements routiers solides.
L’aéroport, lui, veut aussi rassurer sur le volet environnemental. Une compensation écologique est engagée avec le Conservatoire d’espaces naturels d’Occitanie sur cinquante ans. Histoire de rappeler que le développement économique, aujourd’hui, se fait de concert avec le respect des ressources écologiques.
Avec cette Aéropole Logistique et Fret, Montpellier Méditerranée veut donc changer d’échelle. Moins spectaculaire qu’une nouvelle ligne aérienne, ce développement devrait pourtant peser lourd dans l’avenir économique de la plateforme.