Sans surprise, la question de la démographie médicale occupe le haut de la liste. François Mengin Lecreulx entend s'appuyer sur la démarche France Santé pour structurer une réponse adaptée à chaque bassin de vie. "L'idée, c'est de travailler avec chaque structure pour trouver des leviers d'amélioration de l'offre qui sont propres aux besoins et aux attentes de chaque territoire", a-t-il expliqué. Sur les 875 structures pré-labellisées ou labellisées fin 2025, plus de 80 projets ont déjà été déposés. L'objectif est désormais de contractualiser le plus rapidement possible.
L'accès aux soins, priorité numéro un
Parmi les leviers évoqués : le recrutement d'assistants médicaux administratifs pour dégager du temps médical, le développement des soins non programmés, la reconstitution des visites à domicile, et la relance du dispositif de consultation solidaire, qui vise à faire venir des médecins de zones mieux pourvues dans des territoires sous-denses quelques jours par mois. Le nouveau directeur a également insisté sur la coopération ville-hôpital, qu'il juge indispensable pour fluidifier la prise en charge des urgences non vitales.
Sur la santé mentale, François Mengin Lecreulx souhaite passer à la phase opérationnelle après la refonte des plans territoriaux. L'enjeu principal est le continuum de soins : "La santé mentale, ce n'est pas que l'offre de nos grands hôpitaux psychiatriques. C'est l'ensemble du réseau, des CMPP à la médecine de ville, qui doit fonctionner de la façon la plus fluide possible."
Trois dossiers hospitaliers en urgence absolue
Sur l'offre hospitalière, le nouveau directeur a identifié trois dossiers comme priorités absolues de court terme : Tarbes-Lourdes, dont la programmation est stabilisée autour de 330 millions d'euros mais dont la trajectoire financière reste à boucler, Montauban, et surtout Millau-Saint-Affrique, dossier très sensible sur lequel il s'est rendu dès sa première semaine de prise de poste. "L'enjeu, ce n'est pas tant la programmation de l'hôpital médian, c'est de savoir ce qu'on garde comme offre sur Millau et sur Saint-Affrique, et comment on orchestre la transition." Il se dit prudemment optimiste à l'issue de ses premiers contacts, et annonce une grande réunion de concertation dans la première quinzaine de juin, avec conférence de presse à la clef. La région Occitanie a bénéficié de plus d'un milliard 600 millions d'euros dans le cadre du Ségur de la Santé, dont 67 projets sont aujourd'hui validés et contractualisés, soit plus des trois quarts de la programmation.
Sur les urgences, le sujet des fermetures ponctuelles de services, notamment dans des hôpitaux comme Cassières ou Auch, est clairement identifié comme préoccupant. La réponse passe selon lui par la mutualisation de la ressource médicale entre établissements via les équipes médicales de territoire, et par une meilleure régulation des flux via le 15 pour éviter une saturation injustifiée des services d'urgence. Des expérimentations de tenues paramédicales, avec des infirmiers formés à l'urgence vitale, sont déjà en cours dans quelques établissements occitans et pourraient être développées.
Sur le dossier des docteurs juniors, environ 300 étudiants en quatrième année de médecine générale doivent être déployés à l'échelle de la région d'ici la rentrée prochaine. François Mengin Lecreulx se montre satisfait de la répartition géographique obtenue, avec une présence dans les zones sous-denses supérieure aux craintes initiales. Il cite en exemple la Lozère, qui devrait accueillir entre 6 et 8 docteurs juniors sur les 150 attendus sur la subdivision de Montpellier. Les internes doivent se positionner sur leurs terrains de stage avant l'été.
Soins palliatifs, cancer et transition écologique
Pour les soins palliatifs, le directeur a tenu à souligner le retard de la France par rapport à ses voisins européens, et son souhait de faire de l'Occitanie une région en pointe sur ce sujet. Il reste encore des départements sans unité dédiée, et de nouveaux moyens mobiles doivent être développés. Un ou deux projets de maisons d'accompagnement de soins palliatifs sont en cours sur le territoire.
Concernant la cancérologie, une stratégie régionale de lutte contre le cancer sera publiée avant fin juin. Elle portera notamment sur la détection précoce et sur les autorisations de chirurgie carcinologique complexe, que François Mengin Lecreulx entend rouvrir en 2027 pour les établissements qui atteignent les seuils d'activité requis.
La transition écologique du système de soins fait également partie de ses préoccupations : performance énergétique des bâtiments, réduction des déchets, optimisation des consommations médicamenteuses. "Il y a de très beaux exemples d'établissements qui ont fait de ces questions-là le cœur de leur projet", a-t-il dit, souhaitant les valoriser.
La proximité comme fil conducteur
En conclusion, François Mengin Lecreulx a insisté sur sa volonté de rapprocher l'ARS du terrain, dans la continuité du travail engagé par son prédécesseur Didier Jaffre. Il prévoit de sillonner régulièrement la région pour aller contractualiser directement dans les structures labellisées France Santé, rencontrer les élus locaux et les acteurs médico-sociaux. "La réalité du cœur de la métropole toulousaine n'est pas celle des plateaux de la Lozère. Pour passer de cette évidence à la réalité, il faut que les acteurs en charge des dossiers soient capables d'adapter les réponses en autonomie."