À quelques heures du conseil municipal devant voter le budget primitif 2026, les trois élus ont dressé un état des lieux financier de la commune qu'ils qualifient de situation "extrêmement dégradée".
Des indicateurs financiers en chute libre
Les chiffres présentés par Daniel Santamatilde sont sans appel. En 2025, l'épargne brute a été divisée par deux par rapport à 2024, tandis que l'épargne nette est devenue négative, à moins 585 000 euros. "C'est assez rare pour une collectivité territoriale", a souligné l'adjoint aux finances. Le ratio de désendettement est passé de 8,6 ans en 2020 à 25,7 ans aujourd'hui, bien au-delà du seuil critique fixé à 11 ou 12 ans. La dette totale s'élève à 19,2 millions d'euros, soit environ 90 % au-dessus de la moyenne des villes de même strate, tandis que la pression fiscale sur les habitants est déjà supérieure de 25 % à cette même moyenne.
Des dépenses en haussent et des recettes en baisse
Entre 2020 et 2025, les dépenses de fonctionnement ont augmenté de 2,8 millions d'euros, soit une hausse de près de 35 %. Sur la seule année 2025, elles ont progressé de 970 000 euros supplémentaires par rapport à 2024, quand les recettes ont reculé de 250 000 euros. Les charges de personnel sont passées de 8,1 millions d'euros en 2020 à 11 millions en 2025, avec une projection à 11,6 millions pour 2026. La nouvelle équipe pointe notamment la mise en place d'une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences par la précédente municipalité. "Cette démarche a rajouté des strates bureaucratiques dans les services, créé une certaine inefficience et engendré des coûts cachés qu'on découvre au fur et à mesure", a expliqué Daniel Santamatilde.
La préfecture en alerte
La situation a été soumise au préfet du Gard, accompagné du secrétaire général de la préfecture et de la directrice départementale des finances publiques. "Les chiffres que nous avons présentés ont été validés à l'euro près par la direction des finances publiques", a insisté Nicolas Meizonnet. Le préfet aurait qualifié la situation de zone orange, juste en dessous du seuil de mise sous tutelle fixé à 14 millions de déficits. Un accompagnement via le dispositif de conseiller aux décideurs locaux a été proposé par la direction générale des Finances publiques. Et accepté par la commune.
Par ailleurs, le Grand Temple de Vauvert, monument historique de la commune, ne peut plus accueillir de public en raison de l'état de sa charpente. "On a reçu l'avis de l'architecte qui nous a dit qu'à partir de maintenant, on ne peut plus accueillir le public", a indiqué le maire. Des travaux d'urgence devront être engagés dans les prochaines semaines, avant une rénovation plus profonde.
Un budget de transition, sans hausse d'impôts
La nouvelle municipalité a présenté ce qu'elle qualifie de "budget de transition vers le redressement", élaboré en moins d'un mois. Les taux de taxes locales ne seront pas augmentés. "Contrairement à ce que fit mon prédécesseur dès son arrivée aux manettes, nous maintiendrons les taux à l'identique", a déclaré Nicolas Meizonnet. Les secteurs de l'éducation, de la jeunesse, des sports et de la solidarité sont sanctuarisés et n'essuient aucune coupe. Des économies ont en revanche été demandées à la quasi-totalité des autres services. “Il n’y a plus de petites économies, tout va être source d’économie, on a demandé à tout le monde de faire des efforts.”
Parmi les premières mesures concrètes, la climatisation de deux écoles a été obtenue pour 35 000 euros, contre un devis initial de 75 000 euros. "On a demandé à nos services de multiplier les devis avant toute prise de décision et de se tourner vers les entreprises locales dans la mesure du possible", a précisé le maire. Des investissements sont également prévus sur la voirie, l'accessibilité, les bâtiments communaux, la sécurité et la police municipale. Un audit financier rétrospectif portant sur les exercices 2021 à 2025 sera lancé à l'issue du vote du budget, afin, selon les mots du maire, de "renforcer la confiance entre la collectivité et les citoyens en faisant œuvre de transparence".
L'opposition défend son bilan
Interrogés à l'issue du conseil municipal, Magali Nissard et Christian Sommacal ont tenu à apporter leur lecture des faits. Ils reconnaissent la situation financière tendue, mais la replacent dans un contexte qu'ils estiment occulté par la nouvelle majorité. "Pendant 12 ans, on a dû gérer une ville difficile, avec des ressources limitées, mais ça ne nous a pas empêché d'investir au service des Vauverdois", a déclaré Magali Nissard, citant notamment l'agrandissement de la gendarmerie et la création d'une maison de santé pluridisciplinaire, soit 60 millions d'euros investis en douze ans.
Sur la dette, Christian Sommacal se veut clair. "La dette, ce n'est pas une fatalité, c'est un outil", a-t-il affirmé, précisant que certains emprunts sont remboursés par l'État ou par les professionnels de santé, et non par la commune. Il rappelle également que la zone orange a déjà été traversée par le passé, avant un retour à l'équilibre.
Magali Nissard a enfin contesté la hausse des tarifs de la piscine, estimant qu'une augmentation de 40 % ne représenterait que 4 500 euros de recettes supplémentaires sur un budget annuel de 130 000 à 140 000 euros. "Aller chercher 4 500 euros sur des familles déjà en difficulté, ça ne correspond à rien", a-t-elle conclu.