En 2026, le Musée de la Romanité s’associe au musée du Louvre pour explorer la place de l’art dans la civilisation romaine. Rompant avec l’approche esthétisante héritée de l’époque moderne et des collectionneurs, le parcours invite à redécouvrir un art profondément ancré dans la vie quotidienne et les croyances. Les œuvres présentées ne sont pas seulement belles : elles sont porteuses de fonctions, d’usages et de significations.
À travers cette exposition, le Musée de la Romanité donne à voir une sélection exceptionnelle de chefs-d’œuvre issus de l’une des plus grandes collections d’art antique au monde.
La civilisation romaine se caractérise par l’importance qu’elle accorde à la sophistication de la culture matérielle. Dans les sphères publiques comme dans les espaces domestiques, funéraires ou religieux, l’art imprègne chaque dimension de la vie. De la vaisselle en verre à la statuaire en marbre, des mosaïques aux objets du quotidien, la maîtrise des formes, des styles et des techniques traduit une conception de la civilisation où le raffinement matériel est une expression des valeurs individuelles ou collectives de la société romaine.
L’exposition s’attache à montrer que l’art romain n’est pas un art « pour l’art » : les œuvres n’étaient pas créées pour leur seule beauté et leur esthétisme, mais répondaient à des fonctions concrètes et sociales. Elles servaient à honorer les dieux, à affirmer une identité collective, à célébrer la mémoire d’un individu ou à orner les lieux de la vie quotidienne.
L’esthétique, omniprésente, n’était pas une fin en soi, mais le langage d’une société qui se pense, se raconte et se met en scène à travers les images.
L’exposition s’ouvre sur un paradoxe : celui de notre regard muséal contemporain, qui tend à considérer toute production visuelle romaine comme une œuvre d’art, isolée de son contexte d’usage. Le parcours débute ainsi par une confrontation entre deux objets emblématiques : un casque de gladiateur de Pompéi, dont l’utilité n’empêche pas la richesse décorative, et un fragment de peinture murale dont le statut d’œuvre d’art résulte de sa présentation moderne, alors qu’il s’insérait à l’origine dans un décor architectural global. Ce deux pièces incarnent le décalage entre le regard esthétique actuel et les logiques d’usage antiques, invitant le visiteur à reconsidérer ce qu’il entend par « art ».
La première section explore la fonction utilitaire des créations romaines. Sculptures honorifiques, objets votifs, reliefs architecturaux ou vaisselle précieuse : tous témoignent d’une conception de l’art au service de croyances et de valeurs sociales, politiques ou religieuses. Ainsi, un portrait dynastique julio-claudien illustre la valeur civique du portrait impérial, élément central du paysage urbain romain.
Chaque œuvre est replacée dans son contexte d’origine et révèle comment l’esthétique répondait à des besoins. Cette section met en lumière un art profondément intégré à la vie, où l’objet n’est pas isolé mais participant d’un système de signes et de relations sociales.
Consacrée aux représentations, la deuxième section s’attache à montrer que l’art romain est un miroir de la société, non parce qu’il la reflète fidèlement, mais parce qu’il en exprime les structures symboliques et les hiérarchies. Les œuvres rassemblées dans cette section illustrent la diversité des usages sociaux de l’image : représentation collective de la cité, célébration des dieux, mise en scène de l’individu et du groupe familial.
Le relief dit « de Domitius Ahenobarbus » montre comment les rituels civiques (le cens) cimentent la communauté politique. La coupe en bronze de Césarée, quant à elle, relie mythe fondateur et culte local, incarnant l’unité symbolique de la cité. À travers bustes, mosaïques, sarcophages ou objets de luxe, le visiteur découvre comment l’image participe à affirmer le rang, la piété et la filiation du citoyen et plus largement la mémoire collective d’une société.
Le portrait, omniprésent, s’y déploie comme un langage social : figuration réaliste ou idéalisée, fixation du souvenir, expression d’une appartenance publique ou familiale.
Au-delà de la représentation, l’art romain est aussi un vecteur de discours. La troisième partie de l’exposition explore la façon dont les images portent des messages, parfois politiques, parfois moraux, mais souvent symboliques. Elles traduisent visuellement les valeurs de l’Empire : victoire, vertu, dignité, piété, culture. Les représentations de la Victoire impériale en offrent un exemple paradigmatique : elles constituent de véritables slogans visuels, célébrant la puissance et la légitimité du pouvoir.
D’autres œuvres évoquent la dignité sociale ou la culture des élites, qui s’affichent comme les héritières du monde grec. Cette section interroge la rhétorique de l’image dans la société romaine, où chaque objet, du bijou à la sculpture monumentale, participe à une communication visuelle codifiée et maîtrisée.
Enfin, la quatrième et dernière partie de l’exposition plonge le visiteur au cœur de la création artistique romaine. Elle examine les choix stylistiques et techniques et plus largement esthétiques qui donnent forme à cet art remarquablement diversifié, oscillant entre naturalisme et stylisation, virtuosité et rigueur formelle. Les Romains empruntent largement aux modèles grecs, mais les réinterprètent selon leur spécificité culturelle. La mimésis, héritée de l’hellénisme, traverse tous les genres : elle guide la représentation concrète de l’aspect perçu du monde dans la statuaire, la peinture ou la mosaïque.
À l’inverse, la stylisation et l’ornementation, omniprésentes, proclament la puissance d’invention des artistes romains, capables de transformer le réel en motif. Cette section souligne également le rôle du savoir-faire et de la virtuosité technique : maîtrise du marbre, de la dorure, de l’incrustation, travail des métaux ou du verre.
Ces procédés raffinés témoignent d’un art de la matérialité, où l’excellence artisanale fait pleinement partie du langage artistique. La monumentalité, enfin, traduit une conception politique du beau : la grandeur des formes devient l’expression visible de la civilisation.
Le parcours se conclut sur le remploi, pratique répandue qui éclaire la conscience romaine de la continuité artistique : réutiliser une statue grecque, resculpter un portrait impérial, détourner un vase égyptien en urne funéraire.
L’exposition se referme sur une réflexion contemporaine : que disent ces œuvres de notre propre rapport à l’art antique ? En invitant à repenser ce que les Romains entendaient par « art », cette exposition propose un regard inédit sur la fonction, la valeur et la signification des images dans la civilisation antique.
Conçue par le Musée de la Romanité en partenariat avec le musée du Louvre, elle met en lumière un patrimoine où le beau ne se dissocie jamais de l’usage, et où chaque œuvre témoigne d’une complémentarité de la création, de la technique et de la communication visuelle au sein de la société romaine.