Il est passé des matières dangereuses à la matière vivante. Ancien directeur commercial pour une société de transports sur Béziers et Montpellier, Sébastien Vinclaire a pris la clé des champs, avec un profond désir de changer de vie. "Je me suis installé pour une reconversion, il y a quatre ans, confie-t-il. J'avais postulé à la Grange des Prés, puis j'ai récupéré des terres."
Sébastien pose ainsi les jalons d'un "rêve de gosse", celui d'élever, un jour, des chèvres en Ardèche, dont Barjac est la porte d'entrée naturelle. Un rêve tel qu'il commence "en voyant trop grand, avec des chèvres et des cochons. Mais ici, si vous soulevez un caillou, il y a un éleveur de chèvres." Sébastien se limitera donc aux porcs, en élevage extensif, "de la naissance à la transformation", avec des races gasconnes, très rustiques, "à croissance très lente".
Le rôle fondateur de l'association Terre de Liens
"Il faut entre un an et un an et demi pour qu'il atteigne 100 à 120 kilos, quand il faut six mois pour un porc rose", résume l'éleveur. Mais pour offrir à l'animal ce début de vie luxueux, "il faut trouver des terres, et c'est très difficile. Parce que les paysans touchent de la PAC (politique agricole commune, NDLR) sur les jachères. D'où la chance d'avoir Terre de Liens."
Cette association agit pour sauver les terres agricoles et permettre aux agriculteurs de trouver du foncier. "Ils ont acheté la Grange des Prés et ont fait des baux pour les paysans en manque de foncier." Dans la lignée de la réputation faite au village par le documentaire Nos enfants nous accuseront de Jean-Paul Jaud, la création de la Grange aux Prés a été difficile. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. "On y trouve deux paysans-boulangers, un éleveur de brebis, un maraîcher, un éleveuse de chèvre qui fait aussi du fourrage et moi", détaille Sébastien Vinclair,
Les productions exécutées, il fallait bien trouver un lieu pour les écouler. "Le projet, on l'avait depuis trois ans, on était deux ou trois paysans à vouloir faire ça. Puis, on a trouvé le local." Au 1 de la rue des Glycines, au coeur de Barjac, à deux pas du marché. "Au départ, on avait monté un tiers-lieu, avec la boutique, un bureau pour le Secours populaire, de l'aide aux devoirs sur place, et une assistante sociale indépendante qui venait régulièrement."
"Aucun produit ne vient de plus de 30 kilomètres"
Sébastien Vinclaire, éleveur de porcs et président de l'association qui gère la boutique la Ferme de Barjac
Ouverte en décembre dernier, la boutique la Ferme de Barjac réunit surtout vingt-deux producteurs, même s'ils ne sont que trois à assurer les permanences. "Aucun produit ne vient de plus de 30 kilomètres", enfonce Sébastien Vinclaire. Les bières sont de la brasserie Laskar, de Saint-Jean-de-Maruéjols, ou de Cornillon ; les vins nature d'Orgnac sont au prix du domaine ; la ferme de Bruguerolle de Saint-Ambroix y étale ses productions ; les olives de la maison Campani ont rejoint les étagères en juin.
Sébastien Vinclaire y vend aussi sa viande fraîche, lui qui fait abattre environ deux porcs par semaine. "Ça part plutôt bien", reconnaît l'éleveur, qui doit néanmoins faire face à l'explosion du prix des céréales. La boutique, même si elle accapare du temps, ne l'empêche pas d'être présent sur le marché de Barjac, sur celui de Vagnas (Ardèche) le lundi soir, ainsi qu'à la boutique la Clé des champs, à Bagnols-sur-Cèze. Aucune excuse, donc, pour ne pas se rendre accessibles des produits agricoles et alimentaires de proximité, et surtout de qualité.
La boutique est ouverte tous les jours de la semaine, entre 10h et 13h, sauf le jeudi. Elle ouvre aussi les lundis et mardis, entre 16h et 19h.