Éducation
Publié il y a 3 mois - Mise à jour le 30.11.2023 - Marie Meunier - 3 min  - vu 329 fois

UZÈS Le MIP, une main tendue pour aider les parents à retrouver "leur pouvoir d'agir"

collectif au bonheur des liens éducateurs experts mip module d'intervention précoce

Le collectif "Au bonheur des liens" est constitué d'éducateurs experts et a été incubé par le tiers-lieu Le 21, à Uzès. 

- photo Marie Meunier

Au sein des familles, la situation est parfois compliquée et les liens entre parents et enfants se distendent. À Uzès, s'est monté depuis trois ans un collectif d'éducateurs experts qui proposent un accompagnement novateur pour intervenir avant que la crise explose. 

Ce collectif dénommé "Au bonheur des liens" est composé de cinq éducateurs indépendants experts, ayant chacun au moins 20 ans d'expérience dans le métier. Ce collectif a été "incubé" au sein du tiers-lieu uzétien Le 21 qui existe depuis 4 ans. C'est Martial Jourdan, l'un des deux cofondateurs, lui-même éducateur de métier, qui en a eu l'idée : "On a l'habitude de travailler historiquement en groupe. (...) On a mis en place un outil qui répond à un besoin non pourvu exprimé par les familles." Cet outil, c'est le MIP (Module d'intervention précoce), élaboré en soutien étroit avec le Département du Gard.

En quoi consiste ce MIP ? Il s'agit d'un accompagnement, d'une guidance parentale sur six mois pour les familles qui rencontrent des difficultés dans l'éducation de leurs enfants. Martial Jourdan décrit : "Ce module est innovant car on change de paradigme. Dans tous les dispositifs d'action sociale, on ouvre des dossiers au nom des enfants même parfois que d'un seul qui se retrouve pointé comme l'enfant à problèmes. Nous, notre champ est tourné autour des parents. On veut leur redonner du pouvoir d'agir.

130 familles accompagnées en trois ans

Entre juillet 2020 et juillet 2023, 130 familles de l'Uzège, du Gard rhodanien, du bassin de Nîmes et du Grand Avignon gardois, ont été accompagnées dans ce cadre, soit 275 enfants. Dans 75 % des cas, ce sont des familles monoparentales ou séparées, bien souvent épuisées. Les familles bénéficiaires ont elles-mêmes fait la démarche ou alors ont été adressées par divers prescripteurs (assistantes sociales scolaires, CCAS, CMPP, CAF...). Bientôt cela s'élargira à la gendarmerie et aux médecins (*). Tous ces partenaires qui sont en lien direct avec les familles constituent autant de chances de repérer au plus tôt les situations difficiles. 

Jusqu'à présent en phase d'expérimentation, le collectif d'éducateurs experts aimerait étendre le MIP à l'ensemble du Gard, peut-être jusque dans le Vaucluse. Ce module présente un vrai intérêt alors que beaucoup de dispositifs existants comme l'AED (Aide éducative à domicile) ou l'ASE (Aide sociale à l'enfance) ne sont pas sollicités. "Beaucoup de parents ne poussent pas la porte du Conseil départemental pour être aidés parce que ça charrie énormément de représentations négatives. Ils se demandent quel risque ils encourent s'ils appellent à l'aide. Si à cause d'un dérapage un soir, ils ne vont pas perdre la garde de leurs enfants", analyse Martial Jourdan. 

Intervenir en amont

Avec le MIP, le collectif d'éducateurs veut vraiment intervenir en amont des problèmes et que la crise explose. "On n'est pas face à de grosses pathologies ou des situations judiciarisées. On est bien avant. Mais souvent ces situations ne sont pas prises en compte et le temps fait que les choses se dégradent", précise Dominique Gonzalez, éducatrice spécialisée. Elle et ses confrères ont mis au point une méthodologie de guidance parentale qui mêle rencontres, écoute, concertation, rétablissement de l'autorité des parents, rappel des droits et devoirs de chacun, mise en place des temps d'écran...

Mais l'accompagnement est différent pour chaque famille. Cela peut aller d'une situation conflictuelle liée à une séparation, à un enfant haut potentiel qui ne s'entend pas avec son beau-père, à un parent qui s'inquiète de l'alcoolisme de l'autre conjoint, des parents qui se déchirent devant leurs enfants ou qui au contraire, les étouffent... "Toutes ces situations passent entre les mailles du filet. Nous, on est là pour accompagner ces parents qui mériteraient de l'être mais qui ne le peuvent pas dans l'état des dispositifs actuels", insiste Martial Jourdan. 

Cette expérimentation "unique en France", née à Uzès, vient juste d'être retenue comme objet d'étude par Sciences Po Rennes qui travaille avec l'association de France des tiers-lieux. L'enjeu sera aussi d'élargir l'assiette des financeurs pour faire bénéficier même les familles qui ont peu de moyens et ne peuvent pas payer entièrement leur part dans le dispositif. 

Les familles intéressées par le MIP (Module d'intervention précoce) peuvent appeler le tiers-lieu Le 21 au 04 66 03 00 00 ou par mail à famille@le21-asso.fr. Elles peuvent aussi se rendre sur place au 21, place aux Herbes.

(*) Avec le tiers-lieu Le 21, a été conçu un modèle de transmission d'informations sécurisé afin que les données des familles accompagnées ne soient pas vulnérables.

Des ateliers de remise en confiance scolaire

Isabelle Tortat, praticienne en psychopédagogie positive et sophrologue, ancienne professeure agrégée de lettres classique, propose aussi un atelier de remise en confiance scolaire (ARCS). "Souvent les problèmes scolaires amènent un déficit de confiance et plein d'émotions associées comme le découragement, la colère, la tristesse...", livre-t-elle. Elle mélange sophrologie, cohérence cardiaque et outils pédagogiques. Une approche transversale pour "apprendre à apprendre". Cet atelier est mis à disposition des collectivités qui souhaitent le développer dans les écoles primaires. 

Marie Meunier

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