Publié il y a 1 h - Mise à jour le 29.05.2026 - Thierry Allard - 3 min  - vu 77 fois

FAIT DU SOIR Un projet lancé pour irriguer 105 communes gardoises

Le vice-président de l'Agglomération du Gard rhodanien Cédric Clemente et l'ingénieur chargé du projet à l'Agglomération Xavier Picot

- Thierry Allard

C’est un projet d’envergure, qui concerne 105 communes, de Pont-Saint-Esprit à l'Uzège, des contreforts de l’Ardèche aux portes de Nîmes : le schéma directeur d’eau brute et d’irrigation, porté par l’Agglomération du Gard rhodanien et le Pôle d’équilibre territorial et rural Uzège-Pont du Gard avance, et des ateliers se tenaient ce vendredi à Laudun-l’Ardoise.

Les conséquences du réchauffement climatique se font déjà sentir dans notre département : sécheresses récurrentes et épisodes de canicule qui deviennent tout aussi récurrents, avec une conséquence visible sur la ressource en eau. « Au cours des dernières années, on a manqué d’eau à Saint-Marcel-de-Careiret, Laval-Saint-Roman, Saint-Michel-d’Euzet », rappelle le vice-président de l’Agglomération du Gard rhodanien délégué à l’Agriculture, à l’Alimentation et à la Forêt Cédric Clemente. Et, si l’approvisionnement en eau potable reste un sujet prégnant, pour les agriculteurs l’accès à l’eau brute et à l’irrigation est tout aussi sensible.

Alors l’idée est de sécuriser cet accès à de l’eau brute durablement. C’est la raison pour laquelle ce large territoire de 105 communes s’engage dans ce schéma directeur d’eau brute et d’irrigation. « L’étude a démarré il y a environ un an, explique Xavier Picot, ingénieur en charge du schéma à l’Agglomération du Gard rhodanien, qui regroupe à elle seule près de la moitié des communes engagées. Nous sommes en train de définir les grandes zones, les besoins et les attentes. »

L’étude doit être rendue en avril 2027. À l’issue, « nous aurons un document cadre, qui va définir les secteurs où on va amener l’eau, comment et à quel coût », poursuit-il. Le travail en est à la phase de l’extrapolation des besoins : « Nous avons fait une enquête auprès de 1 800 agriculteurs et des communes, nous leur avons demandé ce qu’ils font déjà, ce qu’ils aimeraient faire, et dans quelles conditions », développe l’ingénieur de l’Agglomération.

Ce vendredi après-midi, lors des ateliers autour du schéma directeur d'eau brute et d'irrigation, à Laudun-l'Ardoise • Thierry Allard

Un besoin de 35 à 40 millions de mètres cubes supplémentaires par an

Les estimations des besoins ont été matérialisées sous la forme de cartes. Et elles sont accompagnées d’un chiffrage, qu’il vaut mieux lire après s’être mouillé la nuque : « Nous en arrivons à une estimation de 35 à 40 millions de mètres cubes annuels supplémentaires de besoins », avance Xavier Picot. Qui rassure tout de suite en évoquant celui qui sera la clé du problème : le Rhône. « C’est un des plus gros fleuves d’Europe, le débit moyen est de 1 700 mètres cubes par seconde, et il rejette 55 milliards de mètres cubes d’eau chaque année dans la mer », relativise-t-il, accompagné par Cédric Clemente, qui estime que « nous aurions besoin de deux minutes de ce qui passe à Beaucaire. »

Pour autant, pas question de prélever dans le Rhône à tout va. Déjà pour respecter les règlementations, et surtout parce que « l’agriculture a besoin de prélever de mai à septembre, sur la période où le fleuve est plus faible, ce qui pose la question du stockage, de l’adaptation des cultures, de l’accompagnement de cette mutation, surtout sur un territoire où, contrairement aux Costières ou à la Vaunage, où il n’y a pas de culture de l’irrigation », explique Xavier Picot. Sachant que la réflexion englobe aussi l’eau potable, avec les cas cités plus haut par Cédric Clemente, qui ont rappelé que la perspective du robinet qui ne coule plus n’est pas de la science-fiction. « La réflexion doit être la plus globale possible, aussi sur le remplissage des citernes pour les pompiers, l’arrosage et le nettoyage des rues », rajoute l’élu.

Pour l’agriculture, ce qui ressort des ateliers, qui mêlaient élus, agriculteurs et techniciens, est la volonté d’avant tout préserver l’existant, en l'occurrence majoritairement la viticulture. « Commençons par ce qu’on sait faire, après il y a des parcelles où les vignes ont été arrachées, va se poser la question de ce qu’on va en faire », avance Xavier Picot. Avec un mot sur toutes les lèvres, la diversification, même si « ce ne sera pas la solution miracle », tempère l’ingénieur, tout en évoquant le manque de maraîchage sur ce vaste territoire. Reste qu’apporter l’eau sur des terres permettra d’ouvrir de nouvelles perspectives en termes de cultures. Des perspectives de moyen, voire long terme : il faut compter 8 à 10 ans au mieux d’ici à l’ouverture de la première vanne.

Quelques chiffres

Le schéma couvre 105 communes, 4 intercommunalités (Agglomération du Gard rhodanien, Communauté de communes Pays d’Uzès, Communauté de communes du Pont du Gard, Grand Avignon auxquelles s’ajoutent quatre communes de Nîmes Métropole : Saint-Chaptes, Dions, Sainte-Anastasie et Sernhac), 1 600 kilomètres carrés et environ 180 000 habitants.

5 bassins versants sont concernés : ceux des Gardons, de la Cèze, du Rhône, de l’Ardèche et du Vistre.

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