Publié il y a 1 an - Mise à jour le 24.02.2023 - Propos recueillis par Thierry Allard - 5 min  - vu 455 fois

SAUVETERRE Jérémie Pichon, de la famille zéro déchet : « D’autres modèles sont possibles »

Jérémie Pichon zéro déchet

Jérémie Pichon sera en conférence ce vendredi à Montfavet et ce samedi à Sauveterre

- Photo : Laure Brioschi

Le co-auteur du best-seller « Famille zéro déchet - Ze Guide », Jérémie Pichon, sera en conférence ce vendredi à 19 heures à la salle polyvalente de Montfavet (Vaucluse) et ce vendredi à 18 heures au Pôle culturel Jean-Ferrat de Sauveterre, à l’invitation du Grand Avignon. L’occasion de poser quelques questions à ce militant de longue date de l’écologie, passé il y a neuf ans avec sa famille au zéro déchet.

Objectif Gard : Vous vous présentez comme la famille presque zéro déchet, vous produisez seulement un bocal de déchets par an. Comment faites-vous ? C’est un boulot à plein temps ?

Jérémie Pichon : Le boulot à plein temps c’est de changer d’habitudes. C’est l’enjeu de l’écologie depuis toujours et c’est pour ça qu’on n’y arrive pas, c’est que l’homme n’aime pas bien changer ses habitudes, il préfère aller vers sa zone de confort, de sécurité. Donc changer les habitudes ce n’est pas facile et ça, ça demande de l’énergie, effectivement. Après, une fois qu’on a changé ses habitudes, et qu’on est dans un autre système, il est bien plus agréable, à tous les niveaux. Votre poubelle de déchets, c’est pour un tiers des biodéchets, donc première décision, faire un compost. Le deuxième tiers, c’est tout l’emballage agroalimentaire, tout ce que vous ramenez de la grande surface. Donc, deuxième décision, sortir de la grande surface pour aller vers les circuits courts avec ses contenants. Et le troisième tiers, ce sont ces objets de consommation de la vie courante, les jouets des enfants, les stylos, les vêtements. Donc pour lutter, il faut changer ses habitudes d’achats, et appliquer les 4R : le premier R, c’est réduire, on est 8 milliards sur terre, on ne peut pas continuer à consommer comme on le fait aujourd’hui. Deuxième R : réutiliser, avec l’occasion, essayer de rallonger la durée de vie des objets plutôt que de les remplacer très vite. Le troisième R, c’est réparer, allonger la durée de vie des objets en les réparant, en commençant par tout ce qui est numérique. Et le dernier R c’est le recyclage, et quand on a fait tout ça, s’il reste quelque chose à recycler on le recyclera mais ce n’est pas la solution. Et on arrive à un bocal de déchets par an, on protège sa santé, son portefeuille, l’emploi puisqu’on va relocaliser des emplois, c’est un cercle vertueux, on sort de la société de croissance délocalisée pour aller vers quelque chose de plus local, de plus sobre et gagner en qualité de vie.

Le zéro déchet n’est-il pas un truc de militant ? Comment arriver à le rendre « mainstream », que tout le monde s’y mette ?

Alors c’est militant, car pour l’instant c’est uniquement lié à une décision personnelle, et ce sera insuffisant, j’en suis très conscient. Ce qu’il faudrait c’est qu’on s’y mette tous, et pour ça il faut une décision collective, donc politique. Aujourd’hui, les politiques nationale et européenne vont à l’inverse de la sobriété et de l’intérêt général, on est dans une logique de grands groupes, d’actionnaires, de marchés et de croissance illimitée, on est toujours sur ce pari là qu’on sait faux. Donc effectivement, ce n’est pas « mainstream », parce que les grands médias sont là pour servir la soupe à ce système là et pas pour changer. Aujourd’hui on nous parle de croissance verte, c’est-à-dire continuer dans une logique de croissance avec des voitures électriques, en disant qu’on va recycler tous les plastiques, que c’est la solution, ce qui est faux. Voilà ce que nous raconte le « mainstream », alors qu’il devrait nous raconter un autre récit, relocaliser l’alimentation, le textile, beaucoup d’activités qu’on a envoyé depuis 50 ans à l’étranger. C’est un autre projet de société.

Il y aussi des initiatives locales, je pense à l’Agglomération du Gard rhodanien, qui est en train de mettre en place la redevance incitative. Quel regard vous portez sur ce genre d’initiatives ?

Ça marche plutôt bien, on a aujourd’hui des retours d’expériences plutôt bons sur différents territoires, qui arrivent à baisser de 40, 50 % la production de déchets sur le territoire en un ou deux ans. C’est la carotte, on incite les gens à réduire leurs déchets. Il y a aussi le versant coercitif, il faut les deux pour arriver à changer les habitudes, mais la redevance incitative est plutôt quelque chose qui fonctionne bien. Et contrairement à ce qu’on pense, les gens ne vont pas jeter leurs poubelles dans la forêt.

Et il y a aussi Sauveterre, qui a lancé un défi avec des familles qui tendent vers le zéro déchet. Une mairie qui s’empare d’un sujet comme celui-là, ça peut être une clé ?

Clairement, c’est aujourd’hui la politique qui fonctionne à peu près, c’est-à-dire une politique locale, avec des élus qui sont proches de leurs citoyens, qui quand ils sont motivés arrivent à mettre en place des actions, passer la cantine en bio, faire des défis zéro déchets, réinstaller du maraîchage. La politique locale est une clé qui fonctionne et peut permettre d’enclencher un changement, mais qui sera insuffisant si on n’a pas des décisions au niveau national et surtout européen, qui décident de 80 % de notre vie quotidienne.

Vous avez aussi sorti un livre destiné aux enfants. Sur des changements de comportements, on a tendance à penser que ça passe souvent par eux, l’idée est-elle d’en faire des ambassadeurs au sein des foyers ?

Il y a plusieurs choses : quand on regarde le marketing, les enfants sont prescripteurs, c’est à eux qu’on vend le « way of life » de consommation, ils sont un levier de décision dans la famille, y compris pour le zéro déchet, ça ouvre les esprits des parents. Deuxièmement, ils ont beaucoup moins de freins psychologiques au changement que les adultes. Et la troisième chose, c’est que les enfants sont directement concernés par la perte de la biodiversité, le changement climatique, l’épuisement des ressources, c’est la génération future qui va être le plus impactée. Donc évidemment qu’il faut tout de suite les embarquer. Ce qui n’empêche pas les parents, les grands-parents et les seniors de s’y mettre aussi. L’action c’est maintenant.

Êtes-vous un promoteur du modèle Amish, du retour à la lampe à huile, comme on peut l’entendre ?

(Rires) J’ai été accusé de tous les maux, j’ai commencé il y a plus de 25 ans à parler de tout ça et quand on parlait de changement climatique à l’époque on ne voulait pas nous croire, on était des étudiants enfumés, j’ai été khmer vert, ayatollah, amish, complotiste… Toutes les personnes qui remettent en question le système sont forcément pointées du doigt. Je promeus un changement chiffré scientifiquement. Je travaille depuis 20 ans avec des bureaux d’études et des ingénieurs, tous mes livres sont sourcés, validés, je suis très pragmatique dans mes changements. On peut avoir une société qui vit mieux, et qui n’impacte pas son écosystème comme aujourd’hui, c’est largement possible sans revenir à la lampe à huile ni être amish.

Le principal problème ne reste-t-il pas globalement le modèle capitaliste ?

Et la croissance, bien sûr. On est dans une crise d’un modèle qui est destructeur. La croissance, c’est une logique linéaire, extraction, transformation, consommation, avec le marketing qui est là pour créer le besoin et pour que cette pompe soit la plus active possible pour ramener un maximum de profits à ces grandes entreprises qui nous vendent tout ça. Voilà la logique dans laquelle on est aujourd’hui. Et en bout de ligne, on a les déchets. Et quand je m’attaque aux déchets, je me rends compte que tout ça est généré par une démarche de profit, par les grandes boîtes, au mépris de la ressource, de l’Homme, de l’écosystème, de l’eau, de l’énergie, donc oui, c’est une remise en question de notre modèle économique, qui est un modèle destructeur, on le sait aujourd’hui. Il faut qu’on arrive à sortir de la croissance, et pas pour la croissance verte, ce ne sont pas les voitures électriques ni le tri des déchets qui vont nous faire aller mieux. Il faut qu’on change de modèle, d’autres modèles sont possibles, c’est ça la transition écologique. On sait ce qu’il faudrait faire pour aller mieux.

Les deux conférences sont gratuites, mais sur réservation ici.

Propos recueillis par Thierry Allard

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