Un dossier pour mettre à plat les besoins et attaquer la dernière ligne droite. Ce lundi 23 février, le numéro 2 de l'ambassade de Cuba était accueilli en Cévennes pour tenter d'apporter une réponse au manque de médecins sur le territoire. Justo Rodriguez a ainsi reçu un dossier fignolé par le Comité de défense de l'hôpital du bassin alésien et une quarantaine d'élus cévenols : "Tous les partis sont d'accord, ce dossier garantit le sérieux de notre démarche et nos besoins", appuie Jean-Michel Suau. Le dossier prévoit l'arrivée de 84 médecins, dont plus de la moitié à Alès, ainsi que des manipulateurs radio et des spécialistes dans les Cévennes.
Le gouvernement cubain n'a posé "aucune condition préalable" pour faire naitre le projet, son ministère de la Santé y étant "tout à fait ouvert", assure Justo Rodriguez. Même son de cloche du côté de l'Élysée. Il faut donc désormais "construire, élaborer et signer une convention" d'État à État pour "lever les obstacles". Rendez-vous est pris le 11 mars prochain avec le ministre des Affaires étrangères.
"Il faudra pousser jusqu'au bout"
"Je suis positif sur le fait d'aboutir, même s'il ne faut pas créer d'illusions. Il faudra pousser jusqu'au bout et convaincre l'ordre des médecins", rappelle André Chassaigne, chargé de mission en Caraïbes, et qui insiste : "Ce dispositif est une partie de réponse, il ne s'agit pas de résoudre tous les problèmes. C'est seulement transitoire pour combler les trous dans la raquette", en attendant les effets de la suppression du numerus clausus, espérés à partir de 2035.
Les bassins sanitaires de Guingamp et Digne-Sisteron devraient bénéficier du même dispositif, mais Alès tient "quelques mesures d'avance", selon l'ancien député, qui invite les parties prenantes à créer des fiches de poste pour matérialiser et accélérer davantage le processus. Pour rappel, 16 000 personnes sont sans médecin traitant sur Alès Agglo et 180 000 personnes dépendent du bassin sanitaire alésien.
Cuba, entre blocus d'importation matérielle et expertise en exportation médicale
Pour l'île, c'est là l’opportunité d’accéder à des technologies médicales modernes. Malgré l'allocation de 30 % de son budget national à la santé, le pays aux 100 000 médecins, autant qu'en France, manque de moyens technologiques, notamment à cause du blocus américain, qui empêche l'achat de machines construites avec 20 % ou plus de composantes américaines : "Ils cherchent à asphyxier Cuba. Tout est fait depuis 1960 pour que le régime s’effondre et Trump a mis un coup d’accélérateur il y a un mois en arrêtant toute importation de pétrole, alerte André Chassaigne. Heureusement la convention de Genève empêche tout blocus sanitaire. Il n'y aura donc aucun obstacle, à condition que l'État français assume sa responsabilité, c'est une question de courage politique."
L'île, qui gère à elle seule un hôpital entier au Qatar, n'en reste pas moins habituée à exporter son savoir-faire médical : "Nous avions déjà envoyé une vingtaine de praticiens en Algérie en 1963 et une quinzaine en Martinique pour lutter contre le Covid. 24 000 médecins cubains sont déployés à ce jour dans une cinquantaine de pays", énumère le secrétaire général cubain.
"L’enjeu fondamental : avoir un médecin proche et accessible"
Le temps politique une fois terminé, il faudra alors répartir les médecins sur le territoire. Une vingtaine de maires se sont déjà engagés à mettre des locaux à disposition, notamment dans les Ehpad et les maisons de santé, pour accueillir cette venue toujours appréciée dans une commune. Ce qui pourrait causer des frictions et des regrets chez les villages oubliés.
Mais "peu importe le lieu, ce qui compte, c'est avoir des médecins quelque part", insiste Jean-Pierre de Faria, maire de Saint-Ambroix, qui a transformé son EHPAD en maison de santé pluriprofessionnelle. Il est rejoint par Sylvain André, maire de Cendras et président de l'association des maires ruraux du Gard : "Il faut raisonner à l'échelle du bassin sanitaire alésien, l’enjeu fondamental, c'est d'avoir un médecin proche et accessible."
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