Surprise du premier tour à Alès avec sa 2ᵉ place et ses 26,42% (3480 voix), Anthony Bordarier a chamboulé les plans des autres listes de la capitale cévenole, trois d'entre elles s'étant désistées en quelques heures. Résultat : un duel avec le maire sortant Christophe Rivenq, causé par "un manque de courage", aux yeux de la tête de liste, qui n'imaginait pas un tel scénario : "Les opposants d'hier sont les alliés d'aujourd'hui, Ils laissent le tapis rouge à M. Rivenq, c'est un manque de courage. Au fur et à mesure, les masques sont tombés. C'est à se demander s'il n'y a pas eu une entente antérieure aux élections, si ce ne sont pas des comédiens qui nous mènent en bateau. On retourne à l'UMPS, Alès est pris en otage par des magouilles politiciennes".
Le député de la 4ᵉ circonscription Pierre Meurin en rigole presque : "Nous nous gaussons des adversaires qui ont déclaré forfait, qui font disparaitre la gauche du paysage politique alésien et laissent leurs électeurs orphelins. Le désistement de M. Planque est le plus surprenant, il a été si acide contre M. Rivenq au conseil municipal et sous prétexte d'un 'risque de l'extrême droite', il renonce à peser sur Alès sur les six - sept prochaines années".
"Je suis Cévenol, protestant et je le revendique"
Au moment d'évoquer les critiques et les attaques sur la "crédibilité", le torse se bombe : "J'ai grandi à Bosset-et-Gaujac, étudié au collège à Anduze et au lycée Jean-Baptiste Dumas. Oui, je suis parti douze ans à Marseille pour ma carrière de policier, mais je revenais régulièrement le week-end. J'ai toujours eu mes racines ici, ce pourquoi je m'y suis réinstallé dès que je l'ai pu. Je suis Cévenol, protestant et je le revendique. Ce sont des attaques basses. Quand on n'a plus d'arguments, on attaque la personne."
Le manque d'expérience politique lui est aussi reproché par d'autres candidats, ce à quoi le responsable de la 5ᵉ circonscription répond : "J'organise les actions militantes sur le terrain depuis presque trois ans. J'aime cette proximité, je suis un militant de terrain, un citoyen engagé. Je pars en campagne parce que j'aime cette ville".
"Le RN est le parti des travailleurs et des classes populaires"
Pierre Meurin complète, avec un point de vue plus global : "Ces attaques en disent beaucoup plus long sur eux que sur nous. Aujourd'hui, ce n'est pas un hasard si l'ancien électorat communiste s'est massivement reporté sur le Rassemblement National. Ces électeurs sont la France du travail, et aujourd'hui le parti des travailleurs et des classes populaires, c'est le Rassemblement National, on le voit depuis plusieurs élections."
Le candidat ajoute : "On n'a pas de leçon d'extrémisme à recevoir d'un communiste. Voir un communiste, allié à La France Insoumise, soutenir un macroniste... On se croirait aux législatives 2024 !" Pour rappel, autrefois étiqueté LR et issu du RPR, Christophe Rivenq n'est aujourd'hui investi par aucun parti. Mais il est accompagné par des colistiers issus de la société civile et des Républicains, mais aussi par une ancienne députée Renaissance et un ancien responsable du Parti Socialiste.
"Je préfère perdre la tête haute que quitter le navire"
Critiqué sur son programme, diffusé en dernière semaine, l'équipe parle d'une "tactique" : "Dans cette société où tout va très vite, le temps de cerveau disponible des gens se réduit. Le fait de le présenter au dernier moment a permis aux gens de s'en souvenir, même si bien sûr notre étiquette a fortement joué, assume le député. J'ose croire que notre score fleuve est aussi indexé sur la lecture de ce programme très sérieux. Ce n'est pas parce qu'il arrive un peu tard qu'il n'est pas sérieux et n'a pas été le fruit de plusieurs semaines de travail."
Déclaré aussi tardivement en campagne, le candidat a été questionné sur son niveau d'implication. Questions qu'ils rejettent : "Même si je finis dans l'opposition, je siègerai. Je ne fais pas campagne pour qu'on ne me voie plus après. Je veux me battre pour l'intérêt général, donc je ne vais pas déclarer forfait comme tous les autres et ne laisser aucune opposition à la mairie d'Alès, ce n'est pas ça la démocratie. Je préfère perdre la tête haute que quitter le navire. Même si j'avais été troisième ou quatrième dimanche, je serais resté." Il rappelle par ailleurs être candidat à la présidence d'Alès Agglo.
"Le seul bulletin utile pour changer les choses à Alès"
Le premier tour et la première journée de l'entre-deux-tours digérés, il se projette sur ce dimanche 22 mars : "Ce sera un référendum pour ou contre Rivenq. Les Alésiens ont deux choix : Voter pour le renouveau après trente ans de règne. Ou bien élire le collaborateur macroniste de Max Roustan et qui se compromet avec les communistes et insoumis du fiché S Raphaël Arnault. Il est le candidat du système, la gauche ne peut pas voter pour un maire macroniste."
Pierre Meurin parle lui, en face, d'un "risque macrono-extrême gauche" : "Mais vous avez une alternative avec Anthony Bordarier et son équipe pour changer d'air, investir sur une vision avec plus de sécurité, un cadre de vie amélioré, une attractivité économique et un désenclavement d'Alès. Le bulletin d'Anthony est le seul utile pour changer les choses à Alès." Au-delà de ces retraits, appréciés et respectés, mais non demandés par Christophe Rivenq, le parlementaire est aussi critique sur la personne : "J'ai du respect pour lui, c'est quelqu'un qui travaille, un homme de dossiers. Mais beaucoup se demandent s'il n'est pas resté le directeur général de Max Roustan. On bénéficie partiellement d'un rejet de sa personne, c'est certain, on l'entend régulièrement en campagne. Le score qu'il réalise est aussi un pouls de la société alésienne, le fait qu'il ne l'ait pas vu venir est signe d'une certaine déconnexion."
Nouvelle configuration, nouvelle campagne
Pierre Meurin le rappelle : "Les reports de voix ne sont pas arithmétiques et les électeurs sont libres". Mais là où, aux yeux de l'échiquier politique, Christophe Rivenq devrait bénéficier des retraits de Basile Imbert et Paul Planque, la liste 'Rassemblés pour Alès' pourrait profiter de celui de Marc Infantès, avec qui il y a eu un "contact téléphonique lundi, pour savoir ce qu’il comptait faire". La liste appelle les électeurs de ce dernier à "se reporter sur nous, s’ils veulent réellement s’opposer au maire sortant". Tout en intimant à la gauche qu'elle "ne peut pas voter pour un maire macroniste".
Afin de capter d'autres électeurs, le collectif va mener des réunions de quartier cette semaine : au parc de la Tour Vielle ce mercredi, et devant le Cratère jeudi, en plus d'une réunion publique à l'espace Cazot, ce mercredi à 18h. Mais aussi "deux actions symboliques sur des liens emblématiques de la ville".
Les colistiers seront aussi plus amplement mis en avant, à commencer par Claude Soltane, prévu aux finances en tant qu'inspecteur des finances publiques honoraire. L'octogénaire a été payeur régional en région PACA, où il gérait 2,2 milliards d’euros et a travaillé à la chambre régionale des comptes. L'Alésien depuis 10 ans, aux racines nîmoises et saint-chaptoises dénonce une "gestion du budget de l’État ‘catastrophique'" et les "contraintes mises sur les collectivités territoriales", pour lesquelles "il faudra s'adapter". Il privilégiera l'autofinancement, s'appuiera sur les subventions, le levier fiscal et les emprunts.
Pierre Meurin sur le succès et les projets du RN dans le Gard :
Les scores des municipales nous permettent de revoir à la hausse nos ambitions locales, mais aussi nationales, les élections ne sont pas cloisonnées. On a cette vision d'enjamber, chaque élection en prépare une autre. On a déjà on a déjà gagné à Vauvert ; Bagnols, c'est plus que quasi certain ; Ce sera serré à Nîmes ; à Alès, on a une chance. Tout ça est positif pour les sénatoriales. Il y a clairement un objectif d'aller chercher un siège dans le Gard et monter un groupe RN au Sénat. Même pour les élections départementales de 2028, pour lesquelles je serai probablement moi-même candidat. Le département du Gard est prenable pour le RN.
Nadia El Okki, responsable de Renaissance Alès, appelle à voter Christophe Rivenq :
"Le mouvement Renaissance à Alès prend acte du score particulièrement élevé du Rassemblement National lors du premier tour des élections municipales du 15 mars. Ce résultat traduit un mécontentement réel d’une partie des citoyens alésiens, ainsi qu’une forme de découragement perceptible à travers le niveau important de l’abstention.
Récemment structuré à l’échelle locale, Renaissance Alès n’a pas été en mesure de présenter une liste pour ce scrutin. Néanmoins, notre mouvement poursuit activement son implantation et son organisation, avec la volonté de construire une offre politique claire, cohérente et pleinement ancrée dans les valeurs républicaines, en tenant compte des attentes exprimées par les habitants.
À l’approche du second tour du 22 mars, et au regard des enjeux majeurs liés à la progression de l’extrême droite dans notre territoire, nous faisons le choix de la responsabilité. Dans cet esprit, nous apportons notre soutien à la seule liste relevant de l’arc républicain et intégrant l’une de nos membres : la liste « Alès » conduite par Christophe Rivenq."