Bien malin celui qui aurait pu prédire ce résultat. À Alès, comme dans l'ensemble du Gard, le Rassemblement National a réalisé un score défiant tous les pronostics. Anthony Bordarier (réaction ICI) réalise ainsi la belle opération de cette élection municipale, bien qu'il reste derrière le maire sortant Christophe Rivenq (réaction ICI).
Là où le RN a plus que quadruplé ses voix et triplé son score entre 2020 et 2026 (8,68% pour 738 voix en 2020, 26,42% pour 3480 voix en 2026), la majorité sortante a, elle, vu ses chiffres prendre un sacré coup. Elle perd 24 points et 300 votes (56,80% pour 4827 voix en 2020, contre 32,61% pour 4293 voix en 2026). Et ce, malgré une augmentation de la population de quelque 6000 habitants et une participation passant de 33,4% à 50,46%, avec 13163 votes exprimés cette année et 8767 à l'époque Covid.
Des chiffres qui peuvent s'expliquer, à la fois, par la montée nationale du parti à la flamme, qui se traduit désormais au niveau local, mais aussi par le changement de visage à la mairie. Christophe Rivenq ayant pris, comme annoncé, la succession de Max Roustan, premier édile pendant 30 ans il y a un an jour pour jour.
Une difficile union de la gauche virtuellement et mathématiquement devant le RN
Sur un second plan se trouvent trois listes. Dans l'ordre des résultats : 'Alès c'est Vous', 'Alès, Moderne et Authentique' et 'Alès Commun'. Comme le veut la tradition en Cévennes, terre historiquement minière, les Communistes restent la première force de gauche. Alliés avec les Insoumis, ils récoltent 1982 voix, soit 41 de plus qu'il y a six ans, mais presque 8% de moins - 15,06% contre 22,84%.
Un score stable mais une proportion donc en baisse, qui devrait recevoir un coup de pouce avec le report habituel et logique des voix des 195 militants Lutte Ouvrière cette année, représentant 1,48%. Mais il pourrait drastiquement remonter si l'union de la gauche venait - enfin - à se faire sur Alès, avec le ralliement, appelé encore par Paul Planque ce dimanche soir, de la liste socialiste et écologiste 'Alès Commun', titulaire de 1420 voix, soit 10,79% des totaux.
Problème : la tête de liste Basile Imbert avait été clair avant le premier tour : "Pas d'alliance avec LFI". Reste à voir si le résultat du RN force la main du benjamin du scrutin, qui voit trois autres options s'offrir à lui : 1) Se maintenir tel quel ; 2) Se désister et laisser ses partisans libres de choisir au second tour ; 3) Rallier ou se désister en faveur de Christophe Rivenq, avec lequel l'entente a toujours été cordiale et les visions d'Alès proches. Réponse probable dès ce lundi soir ou mardi matin.
L'arbitre Marc Infantès "attend les appels"
Au milieu de cela, la liste 'Alès, Moderne et Authentique' tient de nombreuses cartes en main. Bénéficiaire de 13,62% des voix (1793), son chef de file Marc Infantès (réaction ICI) pourrait bien changer la donne. Proche du Rassemblement National sur le programme et loin d'être élogieux envers le maire sortant, un désistement ou un ralliement offrirait, numériquement et théoriquement, la victoire à Anthony Bordarier, un scénario encore inenvisagé par beaucoup d'observateurs il y a quelques jours.
Néanmoins, selon nos observations sur place, un rapprochement initié par la tête de liste Divers Droite a été repoussé par le jeune candidat. De quoi calmer tout désistement et offrir à Christophe Rivenq une bouffée d'oxygène et une victoire quasi assurée en ce cas ?
Participation à 50/50, Christophe Rivenq en tête de 24 des 28 bureaux
L'autre arbitre de ce scrutin reste, comme souvent, l'abstention. À Alès, elle a été cette année de 49,54%, probablement en deçà de la moyenne dans le Gard, le taux départemental de participation à 17h étant alors déjà de 50,36%. L'absence grandissante d'intérêt des électeurs pour ce qui est traditionnellement leur deuxième scrutin préféré, après la présidentielle, s'est particulièrement ressenti dans les quartiers populaires, notamment à La Royale, les Cévennes et les Prés-Saint-Jean, où le taux d'abstention atteint jusqu'à 72%, alors que les pics de participation sont côté Prairie et Prés-Rasclaux, à presque 60%.
C'est d'ailleurs au bureau de vote Prés-Saint-Jean 2 que Paul Planque a remporté son seul bureau, prouvant que sa campagne et sa méthode y ont porté leurs fruits, et se détachant de Basile Imbert, qui n'y réalise pas de grands scores pour un mouvement de gauche.
Anthony Bordarier arrive lui en tête aux bureaux Clavières 1, Croupillac et Montée de Silhol 2, mais jamais plus de cinq points devant Christophe Rivenq, qui s'adjuge les 24 bureaux restants. Il ne passe sous la barre des 30% qu'à cinq reprises mais ne dépasse les 40% qu'à l'Hôtel de Ville. Le détail des votes est à retrouver ICI.
Et maintenant ?
Les candidats ont passé une bonne partie de la nuit à réfléchir avec leurs équipes pour décider de la marche à suivre. Ils ont, en pratique, jusqu'à ce soir pour changer de stratégie ou non, les listes devant être déclarées au plus tard ce mardi soir, avec les propagandes et bulletins de votes imprimés par un professionnel. Les évènements devraient donc prendre une nouvelle tournure dès ce soir, sur Alès comme partout dans le Gard et en France.